VIH et cancers cutanés

Les personnes vivant avec le VIH présentent une forte augmentation de l'incidence et du risque de présenter un cancer basocellulaire ou épidermoïde par rapport à la population générale. Tel n'est cependant pas le cas pour le plus redoutable des cancers de la peau, le mélanome, dont l'incidence et le risque sont équivalents dans les deux populations étudiées.
Si l'incidence de certains cancers cutanés en relation directe avec le VIH comme le sarcome de Kaposi ou les lymphomes non Hodgkiniens est en très nette diminution depuis l'avènement des nouvelles générations d'ARV, qu'en est-il de celle des cancers de la peau plus 'communs' comme les basocellulaires, les épidermoïdes et le mélanome? Réponse avec une étude danoise qui a comparé les taux d'incidence et risque de survenue de ces trois cancers cutanés sur base de deux groupes de patients, l'un composé de 4.280 patients HIV + issus du registre VIH danois et 21.399 personnes contrôles recrutées au sein du registre national danois.
Le taux d'incidence du cancer basocellulaire était de 2.43 pour 1.000 personnes-années dans le groupe VIH+ comparé à 1.43 pour 1.000 personnes-années dans le groupe contrôle. Globalement, le VIH augmente de 79% le risque de survenue d'un cancer basocellulaire. Mais la plus forte augmentation de risque s'observe au sein du sous-groupe spécifique des HSH chez qui le risque de cancer basocellulaire est multiplié par un facteur 2.3.
Le taux d'incidence du cancer épidermoïde est de 0.50 pour 1000 personnes-années dans le groupe VIH+ vs 0.10 pour 1.000 personnes-années dans le groupe contrôle. Ici, le VIH multiplie par 5.3 le risque de développement d'un cancer épidermoïde. Le facteur de risque principal étant la présence d'un niveau élevé d'immunosuppression attesté par un taux bas en CD4.
Enfin, concernant le mélanome, l'étude ne trouve aucune différence entre les deux groupes, qu'il s'agisse du taux d'incidence ou du risque de survenue. Tous les cas de mélanomes observés dans le groupe VIH+ étaient le fait de patients dont le compte de CD4 était inférieur à 350.
Ref: Omland SH et al. Journal of the American Academy of Dermatology 2018, édition en ligne sur le site de la revue.