Cancer et VIH: cancer de la prostate et du poumon en hausse

L'Institut National du Cancer américain prédit un changement de tendance de l'origine des principaux cancers diagnostiqués chez les personnes vivant avec le VIH. D'ici 2030, les experts américains prédisent une poursuite de la décroissance des cancers spécifiques au VIH associée à une augmentation des cancers non dépendants du VIH avec, en tête de liste, le cancer de la prostate et celui du poumon. Les 'privilèges' de l'âge en quelque sorte!
Entre 2000 et 2012, l'Institut National du Cancer a observé une importante réduction des cancers spécifiques liés à la présence d'une infection par le VIH comme les sarcomes de Kaposi, les lymphomes non Hodgkiniens et les cancers du col de l'utérus, ceci sous l'influence conjuguée du diagnostic plus précoce du VIH, de la mise sous traitement ARV immédiate ainsi que de l'efficacité accrue des nouveaux traitements ARV et cette tendance baissière devrait perdurer jusqu'en 2030 avec une diminution estimée de 80% de l'incidence de ces cancers.
Mais, d'autres cancers vont malheureusement prendre le relais dans les années à venir. Alors que le risque de présenter un cancer de la prostate était moindre pour les personnes vivant avec le VIH par rapport à la population générale, la tendance est en train de changer. L'incidence du cancer prostatique chez les hommes, entre 35 et 64 ans, vivant avec le VIH a fortement augmenté au cours de cette décennie. Elle est actuellement proche de celle observée au sein de la population générale d'âge équivalent. Basées sur ces données, des projections effectuées par nos confrères américains prédisent qu'en 2020 le cancer de la prostate sera le cancer le plus fréquent chez les patients VIH + (1340 cas estimés) et qu'à l'aube de 2030 le trio de tête des cancers au sein de cette population s'établira comme suit: cancer de la prostate (1600 cas), cancer du poumon (1030 cas) et cancer anal (450 cas).
Enfin, on estime que l'incidence des autres cancers devrait se stabiliser et celle du cancer du colon devrait même diminuer chez les 65 ans plus. Cette montée en puissance des cancers indépendants du VIH est en ligne directe avec l'importante modification structurelle observée, ces dernières années, au sein de la population vivant avec le VIH dont l'espérance de vie a fortement augmenté et se rapproche peu à peu de celle de la population générale. Alors que 8,5% des américains vivant avec le VIH avait 65 ans et plus en 2010, ils seront 21,5% en 2030. La population des 45-64 ans passera, elle, de 39,4% à près de 50%. Ces estimations soulignent donc toute l'importance à apporter au dépistage du cancer chez les patients VIH +.
Ref: Shiels M. et al. Annals of Internal Medicine, publication en ligne sur le site, 08/05/2018.