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Greffe de trachée : une première mondiale en France !

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Fruit de dix ans de recherches, une technique de greffe novatrice consistant à fabriquer une trachée à partir de tissus aortiques a permis à douze patients qui vivaient avec une trachéotomie de respirer normalement. Un succès éclatant à mettre au crédit du service de chirurgie thoracique et vasculaire de l'hôpital universitaire Avicenne de Bobigny.

Luc Ruidant - 31 mai 2018

En 2009, alors qu'il cherchait une solution pour un patient ayant subi une trachéotomie à la suite d'un cancer du poumon, le Pr Emmanuel Martinod et son équipe ont eu l'idée de remplacer les tissus malades au niveau de la trachée, un des organes qui résistaient à la transplantation, par l'aorte abdominale prélevée sur un donneur décédé et conservée par cryogénie (température de - 80°C). L'intérêt majeur est que ce tissu n'induit que très peu de réactions immunologiques et qu'il n'est donc pas nécessaire de soumettre le patient à une immunosuppression.

L'aorte greffée a été maintenue par un stent sur mesure jusqu'à la repousse de nouveaux cartilages et la recolonisation cellulaire par l'épithélium du patient. Quelques mois après l'opération, la matrice aortique implantée est devenue une structure proche de la trachée et des bronches, se mettant d'elle-même à assurer les fonctions respiratoires.

Originellement, 20 patients âgés de 24 à 79 ans, présentant des lésions trachéales en phase terminale ou des tumeurs pulmonaires proximales nécessitant une pneumonectomie, ont été recrutés dans le cadre de cette étude prospective monocentrique. Au final, 13 d'entre eux ont bénéficié entre 2009 et 2017 d'une reconstruction des voies aériennes avec des allogreffes aortiques cryoconservées après une résection définitive. Pour les 7 autres, le traitement a finalement été conventionnel, sans implantation de l'organe artificiel.

Un seul patient opéré est décédé au cours des 90 jours qui ont suivi l'opération, soit 5 % des 20 patients inclus dans l'étude et 7,7 % des 13 patients opérés. Aucune complication grave liée au greffon ou au stent n'a été relevée au cours de cette même période. Ce dernier a pu être enlevé chez la majorité des malades en moyenne à 18,2 mois.

Au bout de près de 4 ans de suivi médian, 76,9% (10 sur 13) des patients étaient en vie et 80% (8 sur 10) respiraient normalement. Certains patients, pour lesquels aucun traitement n'était envisageable, sont aujourd'hui considérés comme guéris par les médecins.

Ces résultats ont été présentés au congrès de l'American Thoracic Society de San Diego.

(référence : JAMA, 20 mai 2018, doi : 10.1001/jama.2018.4652)

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