Impact de la durée de suppression de la charge virale sur le risque de cancer

Les patients vivant avec le VIH dont la charge virale est inférieure à 500 copies/ml depuis au moins deux ans (suppression au long cours) bénéficient d'une réduction significative du risque de développer un cancer par rapport aux patients sans suppression virale (> 500 copies/ml) ou dont la suppression virale est plus récente (< 500 copies/ml depuis moins de 2 ans). Attention cependant au fait que les patients vivant avec le VIH présentent malgré tout un risque plus élevé de présenter un cancer comparativement aux personnes non porteuses du VIH.
Un lien étroit entre VIH et cancer
Que les patients vivant avec le VIH présentent un risque plus important de développer un cancer est un fait établi depuis longtemps. A cela quatre raisons principales. Premièrement, il y a l'immunosuppression sévère associée à l'infection par VIH qui favorise le développement de cancers VIH spécifiques tels le sarcome de Kaposi, les lymphomes non Hodgkiniens et les cancers du col utérin. Deuxièmement, il y a la présence plus fréquente de certains facteurs favorisants au sein de la population des patients vivant avec le VIH comme le tabagisme, les hépatites virales ou les infections par HPV. Troisièmement, il y a l'inflammation chronique liée à la présence du virus.
Et enfin, il ne faut pas perdre de vue que, grâce aux évolutions thérapeutiques récentes, les patients porteurs du VIH bénéficient actuellement d'un allongement important de leur espérance de vie moyenne laquelle se rapproche de celle de la population générale ce qui augmente le risque de développement de cancers davantage liés à l'âge. Ainsi, de récentes études projettent qu'en 2030 le cancer de la prostate sera le type de cancer le plus communément diagnostiqué chez les patients vivant avec le VIH.
Par contre, ce qui demeure nébuleux, est l'impact potentiel du traitement ARV au long cours et de la suppression virale prolongée sur le risque de développement d'un cancer. Réponse avec une étude publiée dans la revue Annals of Internal Medicine par les investigateurs de l'étude de cohorte Veterans Aging Cohort Study qui compare, entre 1999 et 2015, l'incidence des cancers au sein d'une cohorte de 42.000 patients vivants avec le VIH à celle d'une cohorte contrôle constituée de 104.712 sujets non affectés par le VIH mais aux caractéristiques démographiques comparables.
Impact positif de la suppression virale prolongée sur le risque cancéreux
Les participants ont été suivis durant 7,4 ans pour le groupe vivant avec le VIH et durant 10 ans pour le groupe contrôle. Au cours de cette période, 4.169 cancers ont été diagnostiqués chez 3.821 patients vivant avec le VIH dont 616 étaient des cancers VIH spécifiques. Comparativement à la cohorte contrôle, le risque de développer un cancer est certes plus élevé chez les patients vivant avec le VIH mais, et c'est là le message principal de cette étude, ce risque est fortement modulé en fonction de la durée de la suppression virale. Ainsi, le risque de développer un cancer n'est augmenté que de 52% chez les patients bénéficiant d'une suppression prolongée (<500 copies/ml depuis plus de 2 ans) alors qu'il est doublé pour les patients présentant une suppression récente (<500 copies/ml depuis moins de 2 ans) et multiplié par un facteur 2,5 chez les patients sans suppression virale (>500 copies/ml).
En version chiffrée et pour 1000 patients suivis, 7 cancers/an ont été diagnostiqués chez les patients contrôles, 11 cancers/an chez les patients VIH avec suppression prolongée, 14 cancers/an chez les patients VIH avec suppression récente et 17 cancers/an chez les patients VIH sans suppression. On observe principalement une diminution des cancers VIH spécifiques ainsi que des cancers de la sphère oro-pharyngée, de l'anus, du foie et des lymphomes Hodgkiniens mais dans une moindre mesure. A présent, les investigateurs mènent une nouvelle étude pour évaluer l'impact d'une charge virale indétectable (<50 copies/ml) sur le risque de développement d'un cancer.
Ref : Parks LS et al. Ann Int Med, publication en ligne sur le site 12/06/2018.