PremiumGastro-entérologie

Le microbiote intestinal impliqué dans la maladie du foie gras

photo

Une équipe internationale montre comment certaines bactéries intestinales provoquent l'accumulation de graisse dans le foie et jouent un rôle majeur dans la stéatose hépatique non alcoolique (NASH - nonalcoholic steatohepatitis), également appelé " maladie du foie gras ". Une preuve supplémentaire de l'impact considérable du microbiote sur notre santé.

Luc Ruidant - 7 août 2018

Depuis plusieurs années, des chercheurs tentent de trouver des moyens de diagnostiquer la stéatose hépatique non alcoolique de manière plus précoce, afin que cette maladie qui touche un adulte sur trois dans le monde et qui affecte 70 à 80% des personnes souffrant d'obésité et de diabète puisse être traitée le plus rapidement possible.

Un consortium européen (FLORINASH) y est peut-être parvenu en colligeant les données issues de deux cohortes de 800 hommes et femmes souffrant d'obésité, et en séparant les groupes en fonction de la présence ou non de "foie gras".

Puis les chercheurs ont examiné les données médicales de 100 femmes obèses ayant une stéatose hépatique non alcoolique mais pas de diabète. Des analyses moléculaires ont pu être réalisées à partir de biopsies du foie, de prélèvements d'urine, de plasma et de selles, le but étant de repérer le chemin biologique par lequel l'insuffisance hépatique se déclare et de repérer des marqueurs permettant de prédire les risques qu'elle se développe chez les personnes obèses. Les échantillons prélevés ont par ailleurs été comparés avec d'autres similaires recueillis auprès d'individus sains.

Après avoir passé au crible plus de trois millions de gènes bactériens, les scientifiques ont fait deux constats. Premièrement, la NASH peut faire évoluer la composition du microbiote intestinal. Quand la maladie est constatée, le nombre de gènes codés par les bactéries intestinales diminue progressivement au fur et à mesure de sa progression, ce qui suggère une réduction de la composition du microbiote avant même que les premiers symptômes n'apparaissent. D'après les auteurs, un microbiote moins diversifié peut causer des problèmes métaboliques tels que l'inflammation du foie et la résistance à l'insuline.

Deuxièmement, les chercheurs ont découvert que l'acide phénylacétique, un des composés spécifiques du microbiote, accentue l'accumulation de graisses dans le foie. À la suite de quoi, ils ont poursuivi leurs travaux. Ils ont transféré chez des souris saines le microbiote de donneurs humains présentant une maladie du foie gras. Le taux de triglycérides a alors augmenté drastiquement dans le foie de ces souris. Ils ont également constaté que l'acide phénylacétique administré aux souris déclenchait l'accumulation de graisses dans leur foie.

Tout ce travail montre bien que le microbiote a un réel effet sur la stéatose hépatique non alcoolique. Si l'acide phénylacétique est effectivement un biomarqueur de la stéatose hépatique, cela laisse espérer la mise au point d'un diagnostic précoce de cette affection hépatique.

L'idée est aussi de pouvoir aboutir au développement d'une nouvelle génération de probiotiques et à une stratégie pharmacologique interférant avec les mécanismes bactériens responsables de la maladie du foie gras, sachant qu'à l'heure actuelle il n'existe pas de médicament pour la combattre. Les seules solutions résident dans un contrôle strict du régime alimentaire et, dans les cas les plus extrêmes, consistent à proposer une greffe de foie.

(référence : Nature Medicine, 25 juin 2018, doi :10.1038/s41591-018-0061-3, et Inserm, communiqué de presse, 11 juillet 2018)

https://www.nature.com/articles/s41591-018-0061-3

https://presse.inserm.fr/obesite-combattre-les-effets-deleteres-dun-foie-trop-gras-grace-au-microbiote/31980/

Wat heb je nodig

Accès GRATUIT à l'article
ou
Faites un essai gratuit!Devenez un membre premium gratuit pendant un mois
et découvrez tous les avantages uniques que nous avons à vous offrir.
  • accès numérique aux magazines imprimés
  • accès numérique à le Journal de Médecin, Le Phamacien et AK Hospitals
  • offre d'actualités variée avec actualités, opinions, analyses, actualités médicales et pratiques
  • newsletter quotidienne avec des actualités du secteur médical
Vous êtes déjà abonné? 

En savoir plus sur

Partagez votre histoire (d'actualité)

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles

Articles connexes

Mieux comprendre les facteurs de rémission des MICI

Les liens de causalité entre alimentation et risque de développement de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin ont déjà été largement étayés. Une récente étude multicentrique franco-belge permet de mieux comprendre dans quelle mesure l’alimentation entretient l’activité inflammatoire, que ce soit dans la maladie de Crohn ou dans la rectocolite ulcéro-hémorragi

Gastrites, gastropathies : comment les distinguer ?

La surprescription des IPPs, l’un des chefs de bataille de notre actuel ministre de la santé, doit s’inscrire dans le cadre d’une meilleure compréhension des mécanismes physio-pathologiques sous-jacents. Cet article, fondé sur les propos du Pr Pierre Deprez (Cliniques universitaires Saint-Luc), propose une révision des principales causes de gastrites et de gastropathies.

Amazon Pharmacy lance la distribution du comprimé Ozempic à domicile et en point de retrait

Amazon Pharmacy poursuit son offensive dans la pharmacie en ligne. La plateforme de livraison de médicaments d’Amazon annonce étendre, aux États-Unis, l’accès à la version orale d’Ozempic, le GLP-1 de Novo Nordisk destiné aux patients atteints de diabète de type 2.

Polyarthrite rhumatoïde : pourquoi et comment décroître la corticothérapie ?

Dans la polyarthrite rhumatoïde (PR), l’EULAR positionne les corticostéroïdes (CS) comme un traitement d’appoint, l’ACR les déconseille si possible. Là où les 2 sociétés se rejoignent, c’est sur l’absolue nécessité d’un sevrage à 3 mois. Malgré ces recommandations, 80% des patients sont toujours sous CS à 1 an avec les risques intrinsèques. Dans ce contexte, il faut se poser 3 questions1. Les CS sont-ils nécessaires ? Quels sont les risques ? Comment réaliser le sevrage dans de bonnes conditions ?

Des nouvelles à partager ?

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles
Magazine imprimé

Édition Récente
02 juin 2026

Lire la suite

Découvrez la dernière édition de notre magazine, qui regorge d'articles inspirants, d'analyses approfondies et de visuels époustouflants. Laissez-vous entraîner dans un voyage à travers les sujets les plus brûlants et les histoires que vous ne voudrez pas manquer.

Dans ce magazine