Insuffisance cardiaque et VIH: un lien évident mais la causalité reste à définir

Selon les résultats de l'étude HIV-HEART, la présence du virus VIH augmente de 50% le taux d'incidence de survenue d'une insuffisance cardiaque mais cette augmentation n'est pas liée à la présence d'une pathologie artérioscléreuse. La cause reste donc à découvrir pour pouvoir prévenir la survenue d'une insuffisance cardiaque chez les patients vivant avec le VIH.
Pour cette étude, les investigateurs ont fait appel à trois des plus importantes bases de données Kaiser Permanente, celles de Californie du Nord et du Sud ainsi que celle des états de la côte atlantique. Les données de 38.868 patients infectés par le VIH mais sans insuffisance cardiaque à l'inclusion ont ensuite été analysées et comparées à celles de 386.586 patients non infectés par le VIH (groupe placebo). Sur 17 ans de suivi, on retrouve un taux d'incidence de survenue d'une insuffisance cardiaque de 0,24 par 100 patients-années au sein du groupe des patients VIH vs 0,16 par 100 patients-années pour le groupe de référence sans infection VIH, soit une augmentation de 50% environ du taux de survenue de l'insuffisance cardiaque en cas d'association avec une infection VIH.
Les investigateurs ont ensuite procédé à plusieurs analyses multivariées pour affiner les résultats en évaluant l'association entre l'infection par le VIH et la survenue d'une insuffisance cardiaque et de potentiels facteurs contributifs. Qu'il s'agisse de facteurs socio-démographiques, des antécédents cardiovasculaires ou autres, de la prescription de traitements à visée cardiovasculaire ou des infarctus survenus durant la période de suivi de l'étude, le taux d'incidence de l'insuffisance cardiaque reste stable et ne varie jamais de façon significative.
Conclusion, il existe bien un lien manifeste entre la présence du virus VIH et la survenue d'une insuffisance cardiaque mais ce risque accru ne paraît pas lié aux pathologies athéroscléreuse ou à l'usage de traitements préventifs. Pour élucider les causes de cette association et pouvoir prendre des mesures préventives, il faut à présent orienter les recherches futures vers l'impact du choix de la thérapie antirétrovirale sur ce risque d'insuffisance cardiaque ainsi que des mécanismes potentiels liés au virus VIH. Enfin, il faudra élaborer et tester des stratégies thérapeutiques pour la prise en charge et la prévention de l'insuffisance cardiaque chez des patients vivant avec le VIH.
Ref: Go AS et al. Abstract THAB0103, International AIDS Conference 2018, Amsterdam.