Impact de la douleur sur le vécu des patients VIH

Une enquête, menée en Irlande et au Royaume Uni, vient nous rappeler que la douleur fait partie intégrante du vécu quotidien des patients vivant avec le VIH, surtout chez les 'survivants', et qu'elle a des conséquences non négligeables sur leur mental, leur qualité de vie et leur vie professionnelle sans oublier les dépenses de santé.
Douleur et VIH
On a tendance à l'oublier mais vivre avec le VIH est synonyme de vivre avec la douleur au quotidien malgré les fantastiques progrès des traitements antirétroviraux. En tête de liste viennent les neuropathies, les plaintes digestives et celles de la sphère buccale ou, plus largement, oro-pharyngée suivies de près par les myalgies, les céphalées et migraines et, bien évidemment, les douleurs ostéo-articulaires. Quelle est leur prévalence exacte et leurs conséquences? Peu d'études sérieuses se sont penchées sur le sujet d'où l'intérêt pour cette vaste étude observationnelle qui a réuni plus de 1300 patients répartis en trois groupes équipotents, des patients VIH+ de 50 ans et plus, des patients non VIH de 50 ans et plus et des patients VIH+ âgés de moins de 50 ans.
Prévalence
Le premier volet de cette étude concerne la prévalence de la douleur. Elle est significativement plus élevée chez les patients VIH+ de 50 ans et plus (49%) que chez les patients VIH+ plus jeunes (38%) ou les patients non VIH de 50 ans ou plus (40%). Il s'agit principalement de femmes et de patients hétérosexuels. Pour les investigateurs, les problématiques liées à l'âge et l'exposition aux traitements antirétroviraux de premières générations beaucoup plus agressifs et délétères pour la santé ne sont certainement pas étrangers à cette prévalence élevée de la douleur chez les 50 ans et plus.
Impacts multiples
Quant à l'impact de ces douleurs, il est important à plusieurs niveaux.
Sur le plan professionnel, 14% des patients reconnaissent un absentéisme fréquent, surtout au sein du groupe des VIH+ de 50 ans ou plus. De plus, environ 1/3 des patients sont en chômage prolongé, en pension anticipée et/ou bénéficient d'une allocation de handicap ce qui est deux fois plus qu'au sein de la population globale de même âge.
Sur le plan de la qualité de vie, toutes les évaluations menées lors de cette étude montrent une diminution généralisée du bien-être surtout pour les patients VIH les plus âgés.
Enfin, la santé mentale est elle aussi impactée par la souffrance au quotidien puisque 60% des patients VIH+, jeunes ou plus âgés, présentent des symptômes dépressifs contre seulement 37% des patients non infectés par le VIH.
En conclusion, la douleur occupe une part importante du tableau clinique des patients vivant avec le VIH, surtout chez les plus de 50 ans, d'où l'importance d'un meilleur dépistage et prise en charge de ces syndromes douloureux lors des consultations dans le cadre des centres VIH, chez les différents spécialistes impliqués dans le suivi des patients ou chez les généralistes.
Sabin CA et al. AIDS, octobre 2018, publication en ligne sur le site de la revue.