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VIH: des conseils avant tout

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Même s'il existe un médicament pour se protéger du VIH, des conseils en matière de comportement restent nécessaires. Entretien avec Christiana Nöstlinger, professeur à l'Institut de médecine tropicale d'Anvers.

Carole Stavart - 30 novembre 2018

A l'occasion de la journée Mondiale de la lutte contre le Sida ce 1er décembre, Christiana Nöstlinger, professeur à l'Institut de médecine tropicale d'Anvers est interviewée sur son étude des comportements préventifs en la matière. Rattachée à l'Institut de médecine tropicale d'Anvers, elle étudie avec son équipe comment encourager les personnes à utiliser le médicament préventif de la manière la plus efficace possible. Une étude qui bénéficie de l'appui du Fonds de recherche scientifique contre le sida, géré par la Fondation Roi Baudouin.

"Les statistiques récentes prouvent le succès d'une prévention associant différentes stratégies préventives, adaptées à l'individu, au stade de vie dans lequel il se trouve, à ses besoins en matière de sexualité", explique Christiana Nöstlinger. En effet, le nombre de nouvelles infections au VIH diminue d'année en année dans notre pays ; à peine 900 personnes par an sont concernées - selon les chiffres les plus récents.

"Mais insister uniquement sur les efforts en matière de comportement, notamment sur l'utilisation de préservatifs, n'a pas donné de résultats concluants. Tant que nous n'avions rien de mieux à proposer, le nombre d'infections augmentait - et c'est encore le cas dans de nombreux pays. Puis sont apparus les médicaments antirétroviraux, qui réduisent la charge virale - la quantité de virus dans le sang - en cas d'infection au VIH. Les personnes qui prennent ce médicament correctement ne transmettent plus le virus" ajoute la professeure.

Cependant, certaines personnes ignorent (encore) qu'elles sont porteuses du VIH et qu'elles peuvent donc le transmettre. En outre, le virus est plus agressif et, par conséquent, plus contagieux au début de l'infection. D'où l'importance du PrEP (prophylaxie pré-exposition), un médicament vraiment préventif, qui protège du VIH.

Application sur smartphone

"Une adhésion thérapeutique suffisante n'est pas évidente chez les personnes dont la vie est peu structurée", explique Christiana Nöstlinger. "Dans un groupe d'hommes qui ont des relations sexuelles avec d'autres hommes, nous étudions de quel soutien complémentaire ils ont besoin pour favoriser une prise optimale. L'outil que nous avons développé, en collaboration avec l'IMEC de la Vrije Universiteit Brussel, est une application qui fournit des informations. Les utilisateurs peuvent la personnaliser et recevoir des messages qui leur rappellent de prendre la PrEP. L'application dispose aussi d'une sorte de journal. Nous étudions en outre les résultats que nous pourrions obtenir avec deux séances de conseils, donnés par un thérapeute professionnel d'un centre de référence sida. Ces entretiens se fondent sur une forme adaptée de thérapie d'acceptation et d'engagement ; on y aborde les valeurs de l'individu, ses objectifs dans la vie, ses idées en matière de santé sexuelle, les obstacles qui pourraient l'empêcher de prendre correctement ses médicaments préventifs et un plan par étapes pour l'aider à atteindre ses objectifs."

Effet secondaire

Des conseils sur mesure, destinés à modifier un comportement, sont nécessaires non seulement pour favoriser la protection contre le VIH, mais aussi pour pallier d'éventuels effets secondaires. Christiana Nöstlinger : "Avec la PrEP, il existe pour la première fois un médicament vraiment préventif qui élimine l'angoisse d'une infection au VIH. Cependant, nous déconseillons aux utilisateurs de la PrEP d'abandonner totalement le préservatif. Pourtant, beaucoup y renoncent dans la pratique, avec comme conséquence qu'ils ne sont pas protégés contre d'autres maladies sexuellement transmissibles, non négligeables, comme la syphilis ou l'hépatite C. C'est pourquoi un préservatif reste bénéfique pour la santé sexuelle générale, qui va au-delà du fait de se protéger du VIH.""

Le professeur conclut sur une question qui sort du cadre de l'étude et porte sur la manière d'introduire la PrEP dans d'autres groupes à risque élevé, notamment chez les personnes originaires de pays où le VIH est très fréquent. "Actuellement, elle est surtout utilisée par des hommes homosexuels, mais nous devons éviter qu'elle soit perçue comme un médicament réservé aux homosexuels. De nombreuses questions subsistent, si nous voulons encourager une utilisation optimale de la PrEP."

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