Le diesel nuit au développement pulmonaire des enfants

Selon une étude britannique, l'introduction de la zone à faibles émissions à Londres n'a contribué qu'à une réduction modeste de l'exposition aux oxydes d'azote des véhicules diesel, et cela a eu peu d'effet sur la santé respiratoire des enfants dont les poumons sont gravement impactés par la pollution atmosphérique due au diesel.
Il s'agit d'une étude observationnelle portant sur 2 064 enfants âgés de 8 à 9 ans et ayant fréquenté des écoles primaires entre 2009-2010 et 2013-2014 dans le centre de Londres à la suite de l'introduction de la zone à faibles émissions dans la capitale anglaise en février 2008. Mise en place progressivement, cette zone a imposé aux véhicules diesel entrant dans le Grand Londres de respecter certaines normes d'émissions ou de payer des frais quotidiens.
Les enfants ont été soumis à des contrôles de santé hivernaux annuels comprenant la mesure de la taille et de la fonction pulmonaire (spiromètre). Les parents devaient également remplir un questionnaire sur les antécédents médicaux de leur enfant, entre autres sur les symptômes respiratoires et allergiques.
Les concentrations moyennes annuelles d'exposition aux oxydes d'azote, y compris le dioxyde d'azote (NO2), et à la pollution par les particules (PM 10 et PM 2,5) ont été mesurées aux adresses domestique et scolaire de chaque enfant. Les expositions à la pollution pour les 3 heures (6h00-09h00), 24 heures et 7 jours ont été modélisées avant le bilan de santé annuel de chaque enfant, ce qui a permis d'isoler les effets à long terme de ceux à court terme. Les auteurs ont également pris en compte d'autres facteurs pouvant affecter la santé respiratoire.
Les résultats montrent que l'introduction de la zone à faibles émissions a peu d'impact sur la réduction des niveaux de particules ultrafines (PM2,5) ou de particules en suspension (PM10). En revanche, les niveaux de dioxyde d'azote (NO2) à la fois sur le bord de la route et sur les sites de surveillance dans et autour de la zone d'étude ont diminué d'environ 1 µg / m³ par an. En outre, la proportion d'enfants exposés à la limite annuelle fixée par l'Union européenne pour le NO2 (40 μg / m³) est passée de 99% en 2009 à 34% en 2013.
Néanmoins, les niveaux d'exposition moyens au NO2 au cours des cinq années de l'étude sont restés élevés (mediane de 40.7 μg / m³) et les chercheurs estiment que les capacités pulmonaires des enfants ont été réduites d'environ 5%. Ils ont également noté des signes de réduction de la rhinite, mais pas des symptômes d'asthme.
Les auteurs constatent que, malgré les politiques européennes en matière de qualité de l'air et les mesures prises localement locales, la pollution de l'air à Londres peut exposer les enfants à des problèmes de santé tout au long de leur vie, et même à un "risque de mort précoce", selon les termes de Chris Griffiths, professeur à l'Université Queen Mary de Londres.
Ce dernier et ses collègues soulignent la nécessité de solutions plus radicales pour lutter contre les niveaux élevés de pollution atmosphérique qui impactent les poumons des enfants de manière irréversible.
Au début de 2019, Londres introduira une zone à "ultra" faibles émissions qui devrait permettre d'améliorer considérablement la qualité de l'air et par conséquent la capacité pulmonaire des enfants.
(référence : The Lancet Public Health, 14 novembre 2018, DOI : 10.1016/S2468-2667(18)30202-0)