Réservoirs de VIH: une nouvelle piste oriente vers les macrophages

Une équipe de chercheurs français de l'Institut Cochin, un centre de recherche biomédicale à la pointe de la lutte contre les infections et le VIH en particulier, ont découvert récemment que les macrophages, localisés au sein du tissu urétral, pourraient constituer un nouveau type de réservoirs de VIH. Une nouvelle piste dans la quête du Saint Graal pour éradiquer le VIH et espérer guérir définitivement les patients porteurs du virus.
Les réservoirs, dernière barrière pour la guérison du VIH
Actuellement, il est possible, grâce aux traitements ARV, de contenir l'infection mais pas encore de la guérir. Principale barrière, les réservoirs du virus logés dans les cellules immunitaires du patient qui, sous l'emprise des ARV, ne produisent plus de virus mais qui se réactivent dès que cette poigne de fer thérapeutique se relâche ou cesse d'où l'importance de la bonne observance thérapeutique et d'un traitement à vie. Jusqu'à présent, la recherche concernant ces réservoirs s'est exclusivement focalisée sur les lymphocytes T, cibles préférentielles bien connues du virus. Des techniques, dénommées Shock and Kill, ont été mises au point et sont actuellement testées. Elles consistent à réactiver le virus latent au sein des réservoirs dans un premier temps puis de détruire le virus en stimulant de façon adéquate le système immunitaire du patient. Mais, force est de constater qu'en l'état, ce concept intéressant ne donne pas encore de résultats bien probants. Heureusement, la recherche continue tous azimuts.
Les macrophages en point de mire
Ainsi, une équipe française s'est dit que la cible des lymphocytes T, actuellement privilégiée, n'est peut-être pas la bonne ou, plus exactement, pas la seule. Dans leur recherche de nouvelles pistes, ils se sont intéressés aux cellules urétrales, des cellules auxquelles les scientifiques ont rarement accès et qu'ils ont obtenus auprès de 20 patients opérés pour changement de sexe et dont la charge virale était indétectable sous ARV, le but étant d'identifier et de caractériser les réservoirs présents dans ces cellules et tout particulièrement au sein des macrophages. Leurs motivations à s'aventurer dans cette voie se base sur les résultats d'études antérieures montrant que tant du matériel génétique viral que nombre de virus réapparaissant après, par exemple, interruption du traitement, proviennent de réservoirs cellulaires différents, autres que les lymphocytes T, et encore non identifiés. De plus, on suspecte fortement les macrophages car ce sont les premières cellules immunitaires cibles du virus VIH lors de la transmission sexuelle.
Nouvelle cible, nouvelles stratégies
Nos confrères français ont bien retrouvé du génome viral au sein des macrophages présents dans le tissu urétral mais pas au sein des lymphocytes T comme on aurait pu s'y attendre. Ensuite, en stimulant les cellules de leurs échantillons pour réveiller le virus latents, seule la réactivation des macrophages libère du virus. Rien de la stimulation des lymphocytes T. Dernière observation, le tissu urétral est particulièrement riche en ce nouveau type de réservoir que sont les macrophages. Avec cette mise en évidence que les lymphocytes T ne sont pas les seuls réservoirs de VIH, la recherche repart vers une nouvelle cible, les macrophages, et donc vers de nouvelles stratégies thérapeutiques.
Prochaine étape, confirmer la présence des macrophages comme réservoirs dans les tissus lymphatiques ainsi que muqueux.
Réf: Ganor Y. et al. Nature Microbiology, mise en ligne sur site, février 2019.