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Des asticots pour traiter les plaies !

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Là où les accès aux premiers soins restent limités, le gouvernement britannique prévoit de favoriser la guérison des blessures de guerre en appliquant des larves de mouches directement sur les plaies, comme le faisaient nos ancêtres. Leur salive agit comme un désinfectant naturel et elles constituent un moyen simple et peu coûteux d'éviter toute contamination.

Luc Ruidant - 28 février 2019

Certes, l'asticothérapie, également appelée larvothérapie ou luciliathérapie, est un remède inhabituel au premier abord et surtout peu ragoûtant, du genre à vous donner la chair de poule. Mais il s'avère redoutablement efficace. D'où d'ailleurs son retour en grâce dans des centres hospitaliers de quelques pays, dont la Grande-Bretagne où il est expérimenté depuis plusieurs années, sous une stricte réglementation.

Détersion, désinfection et cicatrisation

L'asticothérapie désigne le soin apporté à une plaie des tissus mous par les asticots de diptères, principalement les larves de la mouche verte (Lucilia sericata), une espèce très commune dans la plupart des régions du monde et dont la culture est relativement simple. Elle a trois intérêts essentiels : la détersion, la désinfection et la promotion du tissu de granulation.

Étape essentielle de la prise en charge des plaies chroniques, la détersion consiste à débarrasser la surface des plaies des tissus nécrosés et de la fibrine. Or, contrairement aux asticots d'autres espèces, les Lucilia sericata ont la particularité de ne manger que la chair morte, sans toucher à la chair vivante. Et ils nettoient la plaie avec une très grande précision.

En plus, ces asticots sécrètent des sucs qui les aident à digérer les chairs nécrosées, et qui ont pour effet de tuer un grand nombre de bactéries, comme les staphylocoques, ce qui évite que la plaie ne se réinfecte et qu'il y ait d'autres maladies.

Enfin, ils facilitent la cicatrisation des plaies en stimulant la production d'un tissu de granulation de bonne qualité.

Flacons ou sachets

Les médecins utilisent des asticots stériles, c'est-à-dire qui ne portent pas de micro-organismes, et ne peuvent donc pas transmettre de maladies.

Les larves sont conditionnées selon deux techniques : soit elles sont enfermées dans des flacons pour être utilisées " en liberté " sur la plaie, soit elles sont maintenues dans des sachets stériles relativement opaques, les " biobags ", qui sont déposées au creux des plaies.

L'utilisation des sachets augmente l'acceptabilité de ce traitement aussi bien par les patients que par les soignants, sachant que la vue des asticots peut faire un peu peur ou susciter le dégoût.

Outre ce désavantage, quelques effets secondaires indésirables ont déjà été rapportés : inconfort, démangeaisons, odeurs désagréables, douleurs...

Un vieux remède

En réalité le recours médical aux larves de mouches pour nettoyer les tissus nécrosés présents dans les plaies chroniques est une pratique ancienne à laquelle les aborigènes australiens, par exemple, sont habitués depuis des milliers d'années.

Ambroise Paré (1509-1590), chirurgien en chef auprès de Charles IX et d'Henri III, est le premier à en comprendre le bénéfice thérapeutique. En 1557, lors de la bataille de Saint-Quentin, il remarque que les plaies des soldats blessés qui ont été envahies par des asticots guérissent plus rapidement et du coup, il imagine un médicament à base d'asticots bouillis.

La première application clinique des larves est proposée par les médecins militaires Zacharias et Jones pendant la guerre de sécessions aux États-Unis.

Regain d'intérêt

William Baer (1872-1931), professeur de chirurgie orthopédique à l'Université de Médecine Johns Hopkins dans le Maryland, est considéré comme le père de la larvothérapie moderne dont il a pu mesurer les effets positifs après avoir soigné des soldats blessés dans les tranchées durant la première guerre mondiale.

L'utilisation de larves de mouches pour le traitement d'ostéomyélites ou de plaies infectées se développe rapidement pendant les années 1930 mais après la deuxième guerre mondiale, l'asticothérapie est abandonnée en raison de l'essor des techniques chirurgicales et d'hygiène, et de l'utilisation plus large des antibiotiques. Elle disparaît presque totalement, sauf en dernier recours pour des plaies compliquées et résistantes aux soins classiques.

Au début des années 90, plusieurs facteurs convergents donnent lieu à un regain d'intérêt pour l'asticothérapie : l'émergence de souches bactériennes résistantes aux antibiotiques, les progrès en matière de production " stérile " de larves, et le développement de nouveaux conditionnements plus pratiques pour les soignants et plus acceptables pour les patients.

Jusqu'à 250 plaies par jour

En 2004, la Food and Drug Administration approuve l'asticothérapie pour le débridement des plaies. Les larves médicales deviennent ainsi les premiers organismes invertébrés vivants autorisés par cette même FDA pour mise sur le marché à fin médicale.

Du coup, les asticots suscitent à nouveau l'engouement. A tel point d'ailleurs que le gouvernement britannique vient donc de décider d'allouer un budget d'un peu plus de 200 000 euros dans le but de soigner avec des larves de mouches les blessés de guerre en Syrie, au Yémen, ou encore dans le Sud-Soudan. (*)

Il est vrai qu'il existe encore des zones, souvent reculées, où le simple fait de traiter une plaie reste une entreprise compliquée.

L'armée britannique va demander aux hôpitaux de campagne d'élever des larves sur place. Elles seront placées directement sur les plaies pendant deux à quatre jours, ou bien dans des " biobags " qui seront ensuite enveloppés autour de blessures.

D'ici un an, les responsables du projet espèrent qu'il y aura assez de larves pour traiter jusqu'à 250 plaies par jour...

(*) Source : The Telegraph, 10 janvier 2019

Certes, l'asticothérapie, également appelée larvothérapie ou luciliathérapie, est un remède inhabituel au premier abord et surtout peu ragoûtant, du genre à vous donner la chair de poule. Mais il s'avère redoutablement efficace. D'où d'ailleurs son retour en grâce dans des centres hospitaliers de quelques pays, dont la Grande-Bretagne où il est expérimenté depuis plusieurs années, sous une stricte réglementation.Détersion, désinfection et cicatrisationL'asticothérapie désigne le soin apporté à une plaie des tissus mous par les asticots de diptères, principalement les larves de la mouche verte (Lucilia sericata), une espèce très commune dans la plupart des régions du monde et dont la culture est relativement simple. Elle a trois intérêts essentiels : la détersion, la désinfection et la promotion du tissu de granulation.

Étape essentielle de la prise en charge des plaies chroniques, la détersion consiste à débarrasser la surface des plaies des tissus nécrosés et de la fibrine. Or, contrairement aux asticots d'autres espèces, les Lucilia sericata ont la particularité de ne manger que la chair morte, sans toucher à la chair vivante. Et ils nettoient la plaie avec une très grande précision.

En plus, ces asticots sécrètent des sucs qui les aident à digérer les chairs nécrosées, et qui ont pour effet de tuer un grand nombre de bactéries, comme les staphylocoques, ce qui évite que la plaie ne se réinfecte et qu'il y ait d'autres maladies.

Enfin, ils facilitent la cicatrisation des plaies en stimulant la production d'un tissu de granulation de bonne qualité.Flacons ou sachetsLes médecins utilisent des asticots stériles, c'est-à-dire qui ne portent pas de micro-organismes, et ne peuvent donc pas transmettre de maladies.

Les larves sont conditionnées selon deux techniques : soit elles sont enfermées dans des flacons pour être utilisées " en liberté " sur la plaie, soit elles sont maintenues dans des sachets stériles relativement opaques, les " biobags ", qui sont déposées au creux des plaies.

L'utilisation des sachets augmente l'acceptabilité de ce traitement aussi bien par les patients que par les soignants, sachant que la vue des asticots peut faire un peu peur ou susciter le dégoût.

Outre ce désavantage, quelques effets secondaires indésirables ont déjà été rapportés : inconfort, démangeaisons, odeurs désagréables, douleurs...Un vieux remèdeEn réalité le recours médical aux larves de mouches pour nettoyer les tissus nécrosés présents dans les plaies chroniques est une pratique ancienne à laquelle les aborigènes australiens, par exemple, sont habitués depuis des milliers d'années.

Ambroise Paré (1509-1590), chirurgien en chef auprès de Charles IX et d'Henri III, est le premier à en comprendre le bénéfice thérapeutique. En 1557, lors de la bataille de Saint-Quentin, il remarque que les plaies des soldats blessés qui ont été envahies par des asticots guérissent plus rapidement et du coup, il imagine un médicament à base d'asticots bouillis.

La première application clinique des larves est proposée par les médecins militaires Zacharias et Jones pendant la guerre de sécessions aux États-Unis.Regain d'intérêtWilliam Baer (1872-1931), professeur de chirurgie orthopédique à l'Université de Médecine Johns Hopkins dans le Maryland, est considéré comme le père de la larvothérapie moderne dont il a pu mesurer les effets positifs après avoir soigné des soldats blessés dans les tranchées durant la première guerre mondiale.

L'utilisation de larves de mouches pour le traitement d'ostéomyélites ou de plaies infectées se développe rapidement pendant les années 1930 mais après la deuxième guerre mondiale, l'asticothérapie est abandonnée en raison de l'essor des techniques chirurgicales et d'hygiène, et de l'utilisation plus large des antibiotiques. Elle disparaît presque totalement, sauf en dernier recours pour des plaies compliquées et résistantes aux soins classiques.

Au début des années 90, plusieurs facteurs convergents donnent lieu à un regain d'intérêt pour l'asticothérapie : l'émergence de souches bactériennes résistantes aux antibiotiques, les progrès en matière de production " stérile " de larves, et le développement de nouveaux conditionnements plus pratiques pour les soignants et plus acceptables pour les patients.Jusqu'à 250 plaies par jourEn 2004, la Food and Drug Administration approuve l'asticothérapie pour le débridement des plaies. Les larves médicales deviennent ainsi les premiers organismes invertébrés vivants autorisés par cette même FDA pour mise sur le marché à fin médicale.

Du coup, les asticots suscitent à nouveau l'engouement. A tel point d'ailleurs que le gouvernement britannique vient donc de décider d'allouer un budget d'un peu plus de 200 000 euros dans le but de soigner avec des larves de mouches les blessés de guerre en Syrie, au Yémen, ou encore dans le Sud-Soudan. (*)

Il est vrai qu'il existe encore des zones, souvent reculées, où le simple fait de traiter une plaie reste une entreprise compliquée.

L'armée britannique va demander aux hôpitaux de campagne d'élever des larves sur place. Elles seront placées directement sur les plaies pendant deux à quatre jours, ou bien dans des " biobags " qui seront ensuite enveloppés autour de blessures.

D'ici un an, les responsables du projet espèrent qu'il y aura assez de larves pour traiter jusqu'à 250 plaies par jour...(*) Source : The Telegraph, 10 janvier 2019Luc Ruidant

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