Prédire la perte d'efficacité du traitement par anti-TNF dans la maladie de Crohn ?

Les pertes d'efficacité des anti-TNF sont fréquentes dans la maladie de Crohn. Les données de l'étude britannique observationnelle prospective PANTS (personalised anti-TNF therapy in Crohn's disease study) ont été utilisées pour rechercher les facteurs cliniques et pharmacocinétiques associés à l'échec du traitement.
Ce travail a concerné 955 patients traités par infliximab (original 753 et biosimilaire 202) et 655 par adalimumab. Etaient considérés comme échecs une non-réponse primaire à la semaine 14, une non-rémission à la semaine 54 et des effets indésirables conduisant à l'arrêt du traitement. Il a été documenté
• Une non-réponse primaire chez 295 des 1.241 patients évaluables à la semaine 14 (23,8%).
• Une non-rémission chez 764 des 1.211 patients évaluables à la semaine 54 (63,1%)
• Un arrêt de traitement pour effets indésirables chez 126 patients (7,8%).
Ce travail met en exergue les points ci-après:
• Les concentrations optimales d'anti-TNF à la semaine 14 associées à l'existence d'une rémission à la semaine 14 et la semaine 54 étaient de 7 mg/l pour l'infliximab et de 12 mg/l pour l'adalimumab.
• En analyse multivariée, le seul facteur associé de manière indépendante à la non-réponse primaire était une faible concentration de l'anti-TNF. Le maintien ultérieur d'une posologie standard est rarement utile, seuls 14 patients sur 113 (12,4%) étaient en rémission à la semaine 54.
• La concentration de l'anti-TNF à la semaine 14 est également associée de manière indépendante à la non-rémission à la semaine 54.
• Une immunogénicité (développement d'anticorps anti-TNF) a été constatée dans 62,8% des cas avec l'infliximab et 28,5% avec l'adalimumab. Pour les deux anti-TNF, les concentrations sous-optimales à la semaine 14 prédisaient l'immunogénicité et le développement d'anticorps anti-TNF prédisait de faibles concentrations ultérieures de l'anti-TNF.
• Un traitement par immunomodulateur (thiopurine ou méthotrexate) permet d'atténuer le risque d'immunogénicité (HR 0, 39 pour l'infliximab et 0,44 pour l'adalimumab; p<0,001 dans les 2 cas).
Au total, ce travail confirme que les échecs du traitement par anti-TNF sont fréquents, qu'ils sont prédits par de faibles concentrations d'anti-TNF et met en évidence le rôle joué par l'immunogénicité dans leur survenue.
NA Kennedy et al. Lancet Gastroenterol Hepatol. 2019 Feb 26. [Epub ahead of print]. https://www.thelancet.com/journals/langas/article/PIIS2468-1253(19)30012-3/fulltext?rss=yes