La PrEP instantanée: expérience positive à New-York

Afin de simplifier et accélérer le processus de mise sous PrEP, surtout pour les populations marginalisées et sans grands moyens financiers, les autorités sanitaires de la ville de New-York ont installé des dispensaires où la prescription de PrEP est instantanée après anamnèse, examen physique et test VIH rapide sans attendre les résultats d'examens sanguins plus approfondis concernant le statut HIV, hépatite B et/ou rénal.
Présentée lors de la CROI 2019 à Seattle, une étude montre la faisabilité et l'intérêt de cette stratégie pour endiguer la propagation de l'infection VIH au sein de ces populations à très haut risque.
A virus agressif, stratégie agressive
A l'instar d'autres grands centres urbains comme San Francisco ou Chicago, les autorités sanitaires de la ville de New York ont mis sur pied une politique agressive pour tenter de juguler au plus vite l'infection par le VIH et sa propagation. Dans cette optique, 8 NYC Sexual Health Clinics ont été ouvertes au cours de ces dernières années. Il s'agit de dispensaires qui permettent à toute personne de 12 ans et plus, sans nécessité d'un accord parental, de se faire tester pour le VIH ou les MSTs, d'initier un traitement ARV ou une PrEP, de se faire vacciner contre l'HPV, la méningite ou les hépatites A et B ou de recevoir la pilule du lendemain et ce gratuitement et sans rendez-vous.
Depuis 2017, ces centres ont mis en place une stratégie de prescription immédiate de la PrEP sur base d'une anamnèse, d'un examen physique et d'un test VIH rapide sans attendre les résultats d'examens sanguins plus approfondis. Menée par des investigateurs des services de santé de New-York, une étude a évalué le bien-fondé de cette stratégie.
PrEP instantanée, une stratégie d'avenir
Lorsqu'il se présente au dispensaire, le patient subit une première évaluation. Elle consiste, d'une part, en une anamnèse approfondie concernant son mode vie, son état de santé ainsi que d'éventuels antécédents de problèmes rénaux ou en relation avec l'hépatite B et, d'autre part, en un examen physique complet visant à exclure tout signe d'infection aiguë par le VIH. Cette évaluation est complétée par un test VIH rapide. Si tout est négatif et que rien de suspect n'est mis en évidence, le patient est placé sous PrEP instantanée et des prélèvements sanguins sont obtenus pour permettre une évaluation plus complète de son statut VIH, rénal et hépatique.
Si ces examens sont eux aussi négatifs, le patient (dont les coordonnées ont été enregistrées) est averti qu'il peut poursuivre son traitement. Dans le cas contraire, il doit l'interrompre. Lors de l'étude, basée sur 1437 patients, 97% des patients répondaient aux critères pour une mise en place instantanée de la PrEP et seuls 0,7% de ces patients ont dû l'interrompre par la suite sur base d'éléments négatifs issus des analyses complémentaires.
De plus, on constate une bonne adhérence thérapeutique puisque seuls 0,2% des patients mis sous PrEP instantanée ont abandonné le traitement. Pour 3% de la population de l'étude, la mise sous PrEP a été retardée jusqu'à l'obtention des résultats complémentaires (test VIH NAAT, évaluation fonction rénale et recherche Ag hépatite B). Suite à cela, 86% ont été recontactés pour mise sous PrEP, les examens complémentaires étant rassurants, mais, et ce chiffre est important, seuls 36% ont effectivement entamé leur traitement prophylactique. Le constat d'un maintien sous PrEP > 99% si le traitement est initié instantanément vs seulement 36% en cas de PrEP différée confirme bien que la mise sous traitement instantanée constitue une stratégie d'avenir pour faciliter, accélérer et surtout garantir le bon suivi de la prophylaxie.
Réf: Mikati T. et al. Session TD-14, Abstract 962, CROI 2019, Seattle.