Résistances aux ARV aux USA: situation stable mais red flags à surveiller

Véritable vigie sanitaire pour les USA mais aussi pour le reste du monde, le Center for Disease Control ou CDC (le 1er cas suspect de VIH, c'est lui!), a profité de la CROI pour communiquer des données récentes permettant de dresser un instantané des tendances actuelles concernant l'évolution des résistances aux ARV au pays de l'oncle Sam.
Les tests génotypiques, réalisés en majorité par séquençage de l'ARN viral, ont pour finalité de détecter la présence de mutations de résistance présentes dans les gènes codant pour la transcriptase inverse, la protéase ou l'intégrase, autant de cibles capitales pour l'action thérapeutique des molécules actuellement utilisées pour traiter les patients vivant avec le VIH. Ces données relatives aux résistances sont importantes pour le choix du traitement initial dès le diagnostic mais aussi pour guider les modifications de traitement en cas d'échec virologique survenant au décours du traitement.
L'étude présentée lors de la CROI se propose d'évaluer la prévalence et l'évolution des résistances aux ARV sur la période courant de 2013 à 2016. Sur les quelques 113.121 patients diagnostiqués porteurs du VIH au cours de cette période dans les 23 états pris en compte pour l'étude, on ne dispose de séquençage valables que pour 32%. Mauvais point et amélioration à envisager puisqu'il est normalement recommandé d'effectuer un test génotypique pour chaque nouveau patient diagnostiqué. La première tendance qui se dégage est une augmentation des séquençages, de 3,7% à 23%, concernant le gène de l'intégrase, une augmentation à mettre en parallèle avec la forte augmentation de la prescription des inhibiteurs de l'intégrase durant la période observée.
Du coup, sur ces trois années, la prévalence des résistances aux inhibiteurs de l'intégrase a effectivement augmenté mais reste faible, à 0,8%. Une nouvelle évaluation sera très intéressante lorsque la situation des inhibiteurs de l'intégrase se sera stabilisée. Seconde tendance observée, l'augmentation de la prévalence des résistances aux NNRTI qui atteint 12%, la plus élevée pour les différentes classes. Pas d'inquiétude mais surveillance recommandée.
Troisième tendance et drapeau rouge, les tests génotypiques concernant les protéases et la transcriptase réverse sont en diminution au profit de l'augmentation des tests centrés exclusivement sur l'intégrase ce qui réduit notre visibilité sur l'évolution des mutations de résistance concernant notamment les NRTI, backbone essentiel de toutes les combinaisons efficaces pour traiter le VIH. Au final, une situation globalement stable mais la vigilance est de mise, des améliorations de la surveillance aussi d'ailleurs !!!
Réf: McClung R.P. et al. Session P-I 1, Abstract 526, CROI 2019, Seattle