VIH, cannabis et barrière hémato-encéphalique

Seattle, où se déroulait la CROI cette année, est un véritable paradis de la fumette. Vraisemblablement gagnés par ce mode de vie très tolérant, les responsables scientifiques du congrès n'ont pas hésité à glisser au programme nombre d'études concernant les effets d'une consommation régulière de cannabis sur différents aspects de l'infection par le VIH. L'une des plus intéressantes concerne son effet bénéfique sur la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique souvent mise à mal par le virus lui-même.
Pour bien apprécier toute la portée de cette étude, il importe de se rappeler que le virus du VIH est associé à une augmentation de la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique avec pour conséquence la facilitation de la pénétration de nombre de toxines, source tant de lésions cérébrales que de toxicité liée au traitement. Comme les patients vivant avec le VIH sont reconnus comme consommateurs réguliers de cannabis lequel a déjà démontré, sur modèle animal, sa propension à stabiliser la barrière hémato-encéphalique, les investigateurs de cet essai ont recruté 45 fumeurs récents de cannabis vivants ou non avec le VIH et les ont réparti en deux groupes équipotents.
Dans le liquide céphalo-rachidien de ces sujets, ils ont procédé au dosage de l'urokinase plasminogène activator (UPA) ainsi qu'à celui de son récepteur, UPAR. Pourquoi? Parce qu'il s'agit d'une enzyme protéolytique puissante dont nombre de récepteurs sont situés au niveau de la paroi des vaisseaux de la barrière hémato-encéphalique. En cas d'augmentation de l'activité de l'enzyme UPA et de son récepteur, comme c'est le cas lors de l'infection par le VIH, une altération structurelle plus au moins importante de la paroi vasculaire s'installe qui augmente la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique.
Les résultats de l'étude montre une réduction très significative de la concentration en UPAR au sein du liquide céphalo-rachidien des patients VIH fumeurs ainsi qu'une importante réduction, mais non significative, du ratio liquide céphalo-rachidien/sérum pour l'albumine, deux signaux importants que le cannabis a un effet bénéfique sur la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique des patients vivant avec le VIH ainsi que sur la neuro-inflammation. Ces résultats supportent un effet thérapeutique potentiel du cannabis, ce qui pourrait avoir un débouché thérapeutique en cas de confirmation par des études plus peuplées et plus solides sur le plan statistique.
Réf: Ellis R.J. et al. Session P-F5, Abstract 459, CROI 2019, Seattle