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La démocratie contribuerait à la santé de la population

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Lorsqu'elles s'imposent par des élections libres et équitables, les démocraties sont plus susceptibles que les autocraties de générer des gains en matière de santé. La gouvernance démocratique est liée à la baisse de mortalité par maladies cardiovasculaires et des décès sur les routes, entre autres, ainsi qu'à l'augmentation des dépenses de santé domestiques.

Luc Ruidant - 4 avril 2019

Les précédents travaux portant sur la démocratie et la santé de la population se sont concentrés sur des indicateurs généraux (espérance de vie à la naissance et mortalité des nourrissons et des enfants) mais leurs résultats étaient contradictoires. Ici les auteurs ont voulu évaluer dans quelle mesure la démocratie est associée à la mortalité en fonction des causes de cette mortalité et ils ont exploré les voies qui relient la règle démocratique aux gains en matière de santé.

Les chercheurs ont utilisé la Global Burden of Diseases, Injuries, and Risk Factors Study pour en extraire des estimations de la mortalité par type de maladie et de l'espérance de vie hors VIH et ils se sont basés sur le projet Varieties of Democracy pour obtenir des informations sur le type de régime politique. Ces données portent sur 170 pays et couvrent 46 années.

À partir d'une autre base de données, la Financing Global Health, ils ont recueilli le produit intérieur brut (PIB) par habitant, sur la même durée de 46 ans, ainsi que des estimations de l'aide au développement pour la santé à partir de 1990 et des dépenses de santé domestiques à partir de 1995. En outre, ils ont eu recours à diverses méthodes empiriques qui ensemble fournissent une analyse robuste du lien entre démocratisation et santé de la population.

Une première analyse a montré que l'espérance de vie moyenne à 15 ans hors VIH s'est améliorée de manière significative au cours de la période d'étude (1970-2015) dans les pays ayant bénéficié d'une "transition démocratique" comparativement à ceux qui sont restés autocratiques. Elle a augmenté en moyenne d'environ 3% après 10 ans.

Les auteurs ont aussi déterminé les causes de la variation de la mortalité par maladie entre 1995 et 2015. L'expérience démocratique explique 22,27% de cette variation pour les maladies cardiovasculaires, 16,53% pour la tuberculose et 17,78% pour les accidents de transport. Le pourcentage est plus faible pour les autres maladies incluses dans l'étude.

Pour les maladies cardiovasculaires et les accidents de transport, deux causes majeures de mortalité, l'effet du PIB est plus modeste : respectivement 11,83 % et 6,65 %.

Un effet supérieur de l'expérience démocratique par rapport au PIB sur la variation de la mortalité est également constaté pour les cancers (9,50% contre 6%), la cirrhose (6,14% vs 2,18%) et d'autres maladies non transmissibles telles que les cardiopathies congénitales et les malformations congénitales (12,68% vs 9,14%).

Au cours des 20 années de l'analyse, l'augmentation de l'expérience démocratique dans un pays "moyen" a eu des effets directs et indirects sur la réduction de la mortalité par maladie cardiovasculaire, par d'autres maladies non transmissibles, et par la tuberculose.

Des augmentations de "l'expérience démocratique" dans un pays n'ont pas été corrélées au PIB par habitant entre 1995 et 2015 mais elles l'ont été à des reculs de la mortalité par maladie cardiovasculaire et à une augmentation des dépenses de santé domestiques. L'élimination d'élections libres et équitables de la variable "expérience démocratique" a entraîné une perte d'association avec la mortalité - normalisée selon l'âge - des suites de maladies non transmissibles et de blessures.

Pour les auteurs de cette étude, les agences sanitaires internationales et les donateurs pourraient avoir de plus en plus besoin de prendre en considération les implications du type de régime politique d'un pays dans le cadre de leurs efforts pour maximiser les gains en matière de santé, en particulier dans le contexte du vieillissement de la population et de la charge croissante des maladies non transmissibles.

(référence : The Lancet, 13 mars 2019, DOI : 10.1016/S0140-6736(19)30235-1)

https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(19)30235-1/abstract

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