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Expérimentation animale : " Révisionnisme scientifique "

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Sous la pression de scientifiques, la Région bruxelloise a abandonné début avril l'idée de voter un arrêté et une résolution visant à limiter l'expérimentation sur les animaux de laboratoire. Non par manque d'empathie mais parce que les deux textes seraient scientifiquement et juridiquement biaisés.

Nicolas de Pape - 10 avril 2019

Les 4 avril, le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a tenté de faire voter un arrêté concernant la protection des animaux d'expérience. Son objectif était de réduire de 30% d'ici 2025 le nombre d'expérimentations animales. Mené par la députée Bianca Debaets (CD&V), le texte était en porte-à-faux avec les avis du Conseil de la politique scientifique (CPS) et de la Commission bruxelloise de l'expérimentation animale (CBEA), ces deux instances s'inquiétant des conséquences de l'arrêté bruxellois sur la qualité de la recherche scientifique et partant, sur l'économie bruxelloise, étant donné l'existence dans la Capitale de plusieurs centres de recherche privés.

Suppression progressive des expériences sur animaux

Un jour plus tard, étant donné que la Région de Bruxelles est compétente en matière de bien-être animal, était déposée au Parlement bruxellois une proposition de résolution " relative à l'élaboration d'un plan bruxellois pour la suppression progressive des expériences sur animaux ". Elle s'inspire de la Directive européenne 2010/63/UE qui a pour objectif le remplacement et la réduction de l'utilisation d'animaux dans les procédures et le raffinement des conditions d'élevage. La proposition souligne que " les législateurs européen et belge ont souhaité éviter au maximum la souffrance animale sans toutefois empêcher la recherche biomédicale en Europe, en Belgique et à Bruxelles " et que l'expérimentation animale n'est pas forcément prédictive.

L'équilibre à trouver se situe ici entre les impératifs de progrès médical et d'économie régionale d'une part et la protection des animaux d'autre part.

Selon la proposition de résolution, près de 100.000 animaux ont été utilisés (ou réutilisés c'est-à-dire soumis à plusieurs expériences) à Bruxelles en 2014, l'immense majorité (95.813) étant des rongeurs. On recense également 437 animaux de ferme, 1.537 oiseaux et 8 chiens. La résolution, inspirée par Gaïa, demande de privilégier les méthodes alternatives in vitro (culture cellulaire) et in silico (modélisation mathématique). Mais elle fait mine d'oublier que les tests sur animaux sont d'ores-et-déjà limités à des méthodes alternatives préalables.

Sous la pression de plusieurs professeurs de médecine (1), cette proposition de résolution a été renvoyée aux oubliettes. L'arrêté n'a pas non plus été voté.

Un argumentaire biaisé

Ces professeurs estiment en effet que " l'argumentaire de cette résolution scientifiquement inexacte comporte nombre d'éléments de motivation qui s'apparentent à du révisionnisme scientifique. La confidentialité des projets de recherche et le respect du secret d'affaires sont à nouveaux mis à mal. Les conséquences des demandes faites au gouvernement qui sont reprises dans cette résolution sont graves, non seulement pour le secteur de la Recherche et du Développement bruxellois mais également pour les deux autres Régions en tant que source d'inspiration ".

Les professeurs rappellent aussi deux avis émis par l'Académie royale de médecine de Belgique à ce propos (juillet 2017 et mars 2018) lesquels précisent notamment que " s'il est exact que dans de nombreux domaines thérapeutiques, le monde scientifique manque de modèles cellulaires et animaux parfaitement prédictifs, il est faux de dire que les modèles animaux peuvent être remplacés par des modèles moléculaires, cellulaires ou tissulaires in vitro voire par des modèles in silico. La complexité d'un être vivant est telle que beaucoup d'effets biologiques ne peuvent pas être observés avec ces modèles mais seulement chez l'animal ou bien sûr chez l'homme ".

Indispensable à l'écologie

En outre, la proposition de résolution est portée par Groen/Ecolo " alors qu'il est pourtant évident que l'expérimentation animale est indispensable en écologie notamment dans la contamination des cours d'eau par des polluants. On estime que plus de 100.000 substances chimiques sont déversées dans nos rivières (pesticides, engrais, métaux lourd, antibiotiques, contraceptifs, etc..). Il est virtuellement impossible d'interdire toutes ces substances. Il est donc indispensable d'identifier expérimentalement en laboratoire les plus nocives et ce, sur des animaux témoins présents dans nos rivières. On peut affirmer qu'il n'y aurait pas de normes environnementales sans expérimentation animale. L'exemple récent du Glyphosate illustre la pertinence de ces vérifications ".

Relativement au projet d'arrêté bruxellois lui aussi abandonné entre-temps, " le fait de fixer un objectif quantitatif linéaire, même non contraignant, dans cette matière est non conforme à la directive européenne". En outre, le Centre belge des méthodes alternatives à l'expérimentation animale n'a jamais vu le jour. " Nous sommes donc avec une proposition de réduction quantitative non motivée et qui 'est accompagnée d'aucune perspective de disponibilité (ou de développement porté par le gouvernement) de méthodes alternatives légalement validées. "

(1) Pierre Drion, Rudi Cloots, Fabrice Bureau, Vincent D'Orio, Bernard Rogister, Eric Haubruge, Jacques Balthazart , Régis Radermecker, Brigitte Malgrange, Julie Bakker, Laurent Nguyen, Alain Vanderplasschen, Laurent Gillet, Georges Daube, Agnes Noel, Bernard Rentier, Didier Cataldo, Vincent Seutin avec le renfort de Alban de Kerchove et Eric Muraille

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