Un partenariat pour mieux partager les images médicales

Les sociétés Xperthis et Osimis collaborent désormais pour permettre aux hôpitaux utilisateurs d'une solution dossier patient Informatisé (DPI) de Xperthis de partager plus facilement les examens d'imagerie médicale. A l'heure des réseaux hospitaliers, cette amélioration de la transmission est une bonne nouvelle pour les médecins et leurs patients.
En 2019, l'échange d'images médicales entre hôpitaux reste encore difficile. "Au sein d'un hôpital, la transmission des images médicales se fait de manière harmonieuse mais quand on quitte le Picture Archiving and Communication System (PACS) de l'institution, on a des soucis pour entrer dans le PACS d'un autre hôpital", explique Sebastien Jodogne, chief innovation oficer d'Osimis. "Pour rappel, jusqu'il y a encore quelques années, les échanges se faisaient via des CD-Roms, parfois ceux-ci se perdaient en chemin. Pour régler ce problème, des hôpitaux avaient mis sur pied des systèmes VPN, qui travaillent de point à point et sont fort coûteux. Cette solution fonctionne sur le plan technique mais n'est pas très efficace. Nous avons proposé un standard international qui permet de tout faire transiter à travers internet. Nous avons été les premiers chez Osimis à l'implémenter."
De leur côté, les réseaux santé wallon (RSW) et bruxellois (Abrumet) ont défini des standards pour permettre une meilleure interopérabilité des PACS. "Il restait encore à ce que les acteurs du terrain s'entendent, c'est chose faite depuis aujourd'hui", expliquent les partenaires. "D'un côté, la start-up Osimis a développé des implémentations de ces standards d'interopérabilité dans sa plateforme Lify (qui permet l'utilisation sécurisée d'Orthanc : NDLR) et, de l'autre, les solutions DPI de Xperthis disposent de connecteurs avec cette même plateforme Lify pour permettre aux hôpitaux de se servir de ces fonctionnalités."
" Notre plateforme Lify a déjà été installée dans 22 institutions. Aujourd'hui notre volonté est d'aller encore plus loin dans notre expansion. Xperthis étant l'acteur incontournable du DPI en Belgique francophone, ce partenariat nous offre un accès privilégié à des milliers de praticiens ", explique Frédéric Lambrechts, CEO d'Osimis. " La mise en réseaux des hôpitaux est bien sûr un momentum important pour notre développement. Les réseaux incitent la collaboration entre institutions de soins et, dans le domaine l'imagerie médicale, nous facilitons cette collaboration. "
" Notre ambition est d'enrichir nos plateformes de solutions très spécifiques, développées par des spécialistes en la matière, toujours dans le souci d'une amélioration du trajet patient ", explique Melchior Wathelet, CEO de Xperthis. " Ce que nous recherchons c'est d'offrir aux 60.000 utilisateurs quotidiens d'une solution Xperthis la meilleure expérience possible. C'est pourquoi nous sommes à la recherche des outils performants que nous pouvons intégrer à nos plateformes. Nous voulons nous affirmer en tant qu'écosystème de l'IT de toute institution hospitalière et ainsi les accompagner dans la réalisation de leurs nombreux défis ".
Logiciel open source
"Chez Osimis, nous avons un laboratoire, qui a créé le logiciel open source Orthanc", explique Sébastien Jodogne, son créateur. 'Il est déjà utilisé dans de très nombreux pays (192 : NDLR). Après, il fallait qu'il soit utilisable dans un outil professionnel qui pouvait être déployé dans les hôpitaux belges en respectant les standards de qualité élevé. C'est pour cela que nous avons créé la plateforme Lify depuis la mi-2017. "
Orthanc a reçu de nombreuses distinctions. Il a notamment remporté le prix de la Free Software Foundation au MIT à Boston. Il a été téléchargé plus de 220.000 fois depuis sa mise à disposition en 2012.
Osimis est déjà présent dans quatorze hôpitaux belges, à Bruxelles et en Wallonie, et compte bien pouvoir étendre cette collaboration à d'autres institutions. Actuellement, plusieurs hôpitaux wallons ont implémenté une interface qui permet aux médecins de consulter à distance, via le RSW et Abrumet, des images médicales qui sont hébergées dans les institutions. Un autre standard permet également de rapatrier l'examen chez le médecin pour bénéicier de la meilleure qualité d'image. "Tout part de la plateforme de Xperthis. soit l'image est rapatriée chez le médecin qui la consulte, soit elle peut être visionné à distance dans le serveur de l'hôpital", explique Frédéric Lambrechts. " Nous réalisons les standards définis par le RSW et Xperthis permet de mettre le patient au centre grâce à ses DPI." "Tout cela est possible grâce à Orthanc mais aussi au RSW qui a défi ni ce standard", ajoute Melchior Wathelet. "Dans cet exemple, le RSW a défi ni le cadre. Ensuite des initiatives privées apportent des composantes présentant une plus-value pour que cela fonctionne. C'est un bon partage des rôles. "
Changement de paradigme
Il y a vingt ans les images médicales se présentaient encore essentiellement sur des films. L'informatisation permet de mieux échanger les images médicales et, sous la pression des utilisateurs et des autorités, elle a aussi obligé les hôpitaux à partager les informations pour éviter la redondance des examens. "La première révolution a été de faire entrer l'image médicale dans un fi chier informatique pour pouvoir l'échanger au sein du même hôpital", commente Sebastien Jodogne. "Ensuite, il a fallu régler la question des grosses unités d'imagerie qui produisent beaucoup d'images. Cela a ajouté une couche de complexité pour l'échange. Depuis cinq ans, les acteurs ont vraiment pris conscience que pour le bénéfice du patient, il est important d'échanger les informations entre les différents hôpitaux pour rendre le système des soins de santé plus cost-effective, pouvoir réduire les examens redondants et offrir une meilleure prise en charge du patient dans les différents hôpitaux où il se rend. Changer de paradigme en si peu de temps est clairement problématique."
"Dans le système belge actuel, les hôpitaux n'ont pas toujours intérêt à partager l'information pour des raisons financières.", analyse Melchior Wathelet. "Les hôpitaux ne sont pas particulièrement heureux d'échanger des informations médicales -, parce qu'ils préfèrent toujours que les actes soient réalisés chez eux que chez leurs concurrents - mais plus personne ne se dit que le chemin à suivre c'est de garder l'information pour soi. A un moment, il faut se demander comment on transforme ces outils technologiques en opportunités. Ce que je trouve fabuleux dans le développement d'Osimis et d'Orthanc c'est qu'il y un développement précurseur et que ce modèle casse certaines barrières liées au non-partage de l'information. C'est l'avenir. Il faudra sans doute que les manières de financer les hôpitaux et les institutions de soins s'adaptent à ces nouveaux paradigmes. C'est le sens de l'histoire. Il faut encore déterminer le timing, mais, par le passé, changer les paradigmes prenait des dizaines d'années, actuellement, cette transformation est plus rapide parce que la technologie le permet. Elle nous pousse à changer rapidement notre manière de penser"."
Partenariat
Xperthis et Osimis vont travailler main dans la main. Un beau coup de pouce pour la start-up wallonne. Celle-ci compte d'ailleurs engager du personnel pour mieux répondre aux besoins des utilisateurs. "Xperthis nous met le pied à l'étrier. On se rend un service de valeur équivalente. En plus, c'est win-win-win pour la communauté. Nous permettons de faire le trait d'union entre le DPI et le Réseau santé wallon et le Réseau santé bruxellois. Il fallait mettre en place cette collaboration et cette centralisation des données. Pour la partie imagerie, on est parvenue à l'intégrer aux réseaux", commente Frédéric Lambrechts. "Il n' y aura pas d'actionnariat croisé", précise Melchior Wathelet. " Chaque structure reste indépendante."

Prévention : l'exemple finlandais
En 1993, l'asthme coûtait 330 millions d'euros par an à la Finlande. Malgré une augmentation du nombre de patients asthmatiques de 135.000 à 256.000 en 2015, les coûts ont diminué pour atteindre 191 millions d'euros en 2013. Comment ce " miracle " est-il possible ?
Le Lancet estime que l'approche finlandaise de l'asthme est un exemple pour le monde entier. Cela vaut donc la peine de se pencher sur ce cas. C'est ce qu'a fait Jan De Belie, Professional Affairs Advisor chez Pharmaceutical Group of the European Union (PGEU). Lors du dernier congrès annuel de l'Association européenne des étudiants en pharmacie (EPSA) à Sofia, l'expert a détaillé le programme finlandais pour le contrôle de l'asthme. " Dans les années '90, la Finlande s'est rendue compte qu'il existait un sous-diagnostic important de l'asthme. De nombreux patients présentaient des symptômes graves ou incontrôlés, ce qui entraînait des coûts élevés en soins de santé ", explique Jan De Belie. En 1993, la prévalence de l'asthme s'élevait à 6,5%.
Le gouvernement finlandais, en collaboration avec la Lung Health Association finlandaise (Filha), a alors pris le taureau par les cornes et élaboré un programme national. " L'accent était mis sur les soins de première ligne : les médecins, les pharmaciens et les infirmières ont suivi la formation 'Local Asthma Champions' pour coacher les patients sur le mode de vie, la gestion des médicaments, le suivi du renouvellement d'ordonnance, etc. " Après un certain temps, plus de 94% des pharmacies disposaient d'un pharmacien qui avait suivi la formation. " Une plus-value du programme finlandais est l'approche intégrée au niveau local avec, outre le rôle essentiel des pharmaciens, une structure de réseau claire vers les pneumologues, un aspect parfois négligé dans d'autres pays. " A terme, le nombre de visites aux urgences pour des plaintes liées à l'asthme a diminué de 46%. Le programme, combiné à des campagnes de sensibilisation, a donné d'excellents résultats. Entre 1994 et 2015, le nombre de diagnostics d'asthme est passé de 135.000 à 256.000 patients. Au début, un patient sur cinq souffrait de symptômes sévères ou incontrôlés - un chiffre qui est passé à 2,5%. Le coût des soins de santé est passé de 330 millions à 191 millions par an. Pour Jan De Belie, " le programme finlandais est certainement un exemple à suivre comme approche intégrée pour l'ensemble de la première ligne, avec un accent sur la collaboration et une bonne communication, et où le patient occupe une place centrale. "