Nathalie Noël (Défi): "On ne plus accepter que les gouvernements stigmatisent le secteur hospitalier"

A l'invitation du 54e Cycle de perfectionnement en sciences hospitalières de l'UCL, les partis politiques ont présenté leurs visions pour le secteur de la santé, et particulièrement pour celui des hôpitaux. Le jdM a publié dans ses éditions précédentes les priorités des différents partis pour l'après 26 mai, jour des élections régionale, fédérale et européenne. Nous terminons ce décryptage des programmes électoraux avec Défi, représenté par Nathalie Noël.
Nathalie Noel, directrice de Cabinet adjointe Santé, Fonction publique, Budget du ministre bruxellois Didier Gosuin, a présenté lors du colloque, un bilan de l'action menée en santé par le Gouvernement bruxellois et les priorités du programme de santé de Défi.
" Nous avons participé à de multiples conférences interministérielles santé au sein desquelles nous avons discuté plusieurs fois des réseaux hospitaliers et de la réforme des hôpitaux. Nous avons adhéré à de nombreux sujets avec des objectifs bien précis. Ce ne sont malheureusement pas ceux qui sont rencontrés aujourd'hui dans la réalité de terrain ", commente la directrice adjointe. " Les objectifs étaient que la réforme soit axé sur la qualité, sur l'offre de soin... Trop souvent, cette réforme hospitalière a visé les économies et la maîtrise budgétaire. Nous avions marqué notre accord pour collaborer à cette réforme " réseaux " à condition de travailler sur l'ensemble des autres points : le financement, une vision " planificatrice " du secteur, redonner de l'attractivité à nos institutions hospitalières et remettre le patient au coeur du système. "
Défi avait réclamé, à nstar des hôpitaux, un dre plus stable et plus évisible et la réinjection ns le secteur hospitalier s économies réalisées ns les hôpitaux.
Sur le financement, Défi avait réclamé, à l'instar des hôpitaux, un cadre plus stable et plus prévisible et la réinjection dans le secteur hospitalier des économies réalisées dans les hôpitaux. " Cette demande n'a pas été rencontrée ", regrette Nathalie Noël. " Nous avions demandé que cette réforme des réseaux s'inscrive dans une vision programmatique permettant d'expliquer aux gestionnaires hospitaliers les objectifs de la collaboration qui doit se mettre en place. "
Nathalie Noël reconnaît à Maggie De Block le mérite d'avoir lancé la réforme hospitalière. " Mais il faut, une vision plus large pour l'ensemble de soins de santé ".
Quant à l'attractivité du secteur, Défi demande l'abandon du numerus clausus. " Pas pour des raisons idéologiques mais parce qu'il est inefficace. La démonstration a été faite que ce numerus clausus n'a pas régulé l'offre médicale. Il faut passer à autre chose. La France vient de le faire. Ce changement va peut-être inspirer les futurs ministres fédéraux. "
Un pacte de confiance
Nathalie Noël estime que la marque de fabrique de Défi est sa méthodologie. " On ne peut plus accepter que les gouvernements et les politiques stigmatisent le secteur hospitalier en ne parlant des hôpitaux que en tant que surconsommateurs. Ce discours n'est plus audible. Il faut recréer un pacte de confiance entre le secteur et les politiciens. Récemment Jacques de Toeuf, rappelait que par le passé on parlait des médecins et des hôpitaux comme des partenaires sociaux. Aujourd'hui, on parle de nous, au mieux, comme des stakeholders, voire des lob-byistes. Ce n'est plus acceptable. "

Défi conçoit ce partenariat comme un engagement mutuel vers une plus grande efficience, entre autres pour revoir la répartition de l'offre de soins et de la gouvernance. Du côté du politique, il doit y avoir un engagement de réinvestissement dans le système. " Nous ne voyons pas le secteur hospitalier uniquement comme un secteur de coût. A Bruxelles et en Wallonie, ce secteur est une activité économique fondamentale pour nos régions tant en termes d'emploi que de valeurs ajoutées. Ce n'est pas seulement le budget des soins de santé qui doit intervenir. Nous pouvons aller chercher des moyens dans le Pacte d'investissement lancé par le gouvernement fédéral qui a identifié des investissements prioritaires dans la transition numérique, l'offre de soins... Nous devons activer ces possibilités avec les régions, qui ont désormais une responsabilité dans le financement des infrastructures. "
Sept mesures fortes
Pour Défi, la garantie des soins de santé pour tous doit s'accompagner de mesures fortes pour maintenir leur niveau d'excellence. Celles-ci sont présentées dans son programme www.defi.eu
1. Améliorer l'accessibilité financière des soins de santé pour tous et, en particulier, pour les personnes précarisées souffrant de maladies chroniques, en leur permettant de ne plus payer de ticket modérateur au-delà de 300 3 euros par an de dépenses médicales.
2. Développer une offre de soins et services à domicile suffisante, efficace et accessible, notamment grâce à une assurance dépendance.Privilégier le maintien du patient à domicilen'est pas une mesure budgétaire. C'est surtoutla solution la plus appréciée du patient. Certes, 5c'est souvent la solution la moins coûteuse,mais les économies qu'elle permet de réaliserdans le budget "Hospitalisation" doivent êtreréinvesties dans les soins à domicile. 6
3. Supprimer le numerus clausus d'agrément Inami pour les médecins afin de lutter contre la pénurie de généralistes réelle en Wallonie et à venir à Bruxelles.
4. Couvrir tout le territoire (un poste pour environ 400.000 habitants - passés à 300.000 dans l'accord médico-mutualiste) en termes de postes médicaux de garde.
5. Modifier certaines habitudes de prescription et de consommation, notamment par la vente de médicaments à l'unité ou le service de visiteurs médicaux indépendants.
6. Octroyer un statut social spécifique à l'aidant proche avec maintien des droits à la sécurité sociale durant toute la période de soins et prestations valorisées, notamment pour l'ouverture du droit à la pension.
7. Garantir un revenu propre à la personne en situation de handicap. C'est un droit individuel qui ne peut être subordonné aux revenus des parents ou du conjoint. Son montant doit être calculé sur la base du degré de handicap et des besoins spécifiques de la personne. Ce revenu propre, sous forme d'allocation unique, doit être complété par la garantie d'accès à des prestations d'assistance (budget d'assistance personnelle). Il ne s'agit pas là d'un revenu supplémentaire pour la personne en situation de handicap, mais de la prise en charge de dépenses de prestations qui doivent être justifiées.