Les jeunes générations en désamour avec le préservatif

Basée sur le suivi longitudinal de trois cohortes ayant recruté des HSH âgés de 18 ans en moyenne en 2007, 2010 et 2015, cette analyse publiée récemment dans la revue Archives of Sexual Behavior dresse un historique très intéressant de l'évolution au fil du temps du recours au préservatif chez les HSH. Principal enseignement: si les jeunes générations (cohorte de 2015) recourent d'avantage au préservatif à l'âge de 18 ans, ils ont malheureusement tendance à le délaisser très rapidement en prenant de l'âge d'où l'intérêt de la PrEP pour contrer ce mouvement haussier des rapports non protégés et éviter ainsi une possible flambée des seroconversions dans les années futures.
Les jeunes HSH suivis au RADAR
Les données utilisées pour cette étude proviennent de RADAR, une étude de cohorte longitudinale sur le risque d'infection par le VIH chez les jeunes HSH de la ville de Chicago. Trois cohortes de HSH âgés de 16 à 20 ans ont été recrutées en 2007, 2010 et 2015. L'étude est toujours en cours et la collecte des données se fait par vagues, à intervalle de 6 à 18 mois. Actuellement, les participants les plus âgés ont 26 ans. A chaque vague, les participants fournissent des données démographiques ainsi que des informations sur leurs pratiques sexuelles et leurs partenaires durant les six derniers mois.
Pour cette étude, les investigateurs se sont focalisés sur l'évolution des relations sexuelles anales et le recours au préservatif.
Cohorte de 2007
Honneur aux anciens avec l'analyse de l'évolution au fil du temps des participants de la cohorte 2007. A 17 ans, ils déclarent 10,2 relations sexuelles anales dont 57% sans protection ce qui nous donne une moyenne de 5,8 rapports sans préservatif. A 26 ans, on constate que, si l'activité sexuelles augmente avec 20 relations sexuelles anales, le recours au préservatif augmente lui aussi puisque seuls 30% de ces rapports sont reconnus non protégés ce qui nous donne une moyenne de 5,9 rapports non protégés. Au final, pour la génération 2007, le risque sexuel demeure stable même si l'activité sexuelle augmente puisque le recours au préservatif augmente de concert.
Cohorte 2015
Pour connaître l'évolution historique du recours au préservatif, analysons à présent les données déjà disponibles pour la plus récente cohorte, celle de 2015. À 17 ans, lors de l'inclusion, les participants déclarent moins de relations sexuelles anales non protégées que leurs aînés au même âge mais, fait majeur et capital, la croissance des rapports non protégés augmente drastiquement. En effet, si la moyenne des rapports non protégés est de 3,24 à 17 ans pour cette cohorte, elle grimpe déjà à 8,71 rapports non protégés à seulement 23 ans. Si la tendance observée se perpétue, les investigateurs estiment qu'à 26 ans cette cohorte aura en moyenne 12 actes non protégés ce qui est plus du double de la moyenne observée à 26 ans dans les cohortes antérieures.
La PrEP à la rescousse
La poursuite de la tendance actuelle prévue dans ce modèle (jusqu'à 12 rapports non protégés), si elle se produit, pourrait laisser supposer des taux d'infection beaucoup plus élevés pour les HSH âgés de 25 à 34 ans comparativement à la situation actuellement observée. Face à une nouvelle flambée possible, l'adoption accrue de la PrEP prise conformément aux directives actuelles pourrait atténuer ce risque potentiel. Par contre, ce recours à la PrEP ne pourra rien contre la flambée tout aussi prévisible des MST qui demeure une préoccupation majeure.
Réf: Swann G et al. Archives of Sexual Behavior 2019; 48: 1099-1110.