PremiumLe journal du médecin

Un ado décède après avoir reçu une tranche de fromage dans le cou

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Allergique aux produits laitiers, un jeune garçon de 13 ans a succombé dix jours après avoir été atteint par un bout de fromage lancé par un camarade de classe. Il a fait un choc anaphylactique. Selon un pédiatre, le drame est sans précédent.

30 mai 2019

C'exceptionnel, qui s'est produit le 28 juin 2017 à l'école secondaire William Perkin de Greenford, dans la banlieue de Londres, au Royaume-Uni. Ce jour-là, Karanbir Singh Cheema, surnommé Karan, a reçu une tranche de fromage dans le cou, lancée par un camarade de classe loin de se douter des conséquences dramatiques que son geste en apparence anodin allait entraîner.

Dix minutes plus tard, l'adolescent de 13 ans, alors en pleine santé, est en effet tombé inconscient, victime d'un choc anaphylactique dû à une allergie aux produits laitiers et il a perdu la vie dix jours plus tard, le 9 juillet 2017, à l'hôpital de Great Ormond Street.

Il a ensuite fallu attendre plus d'un an après les faits pour qu'une enquête préliminaire sur ce cas incroyable soit ouverte et, à l'heure actuelle, les investigations se poursuivent encore, l'affaire étant examinée devant le tribunal londonien de Saint-Pancras.

Choc anaphylactique

Quand il est question d'intolérance ou d'allergie aux produits laitiers, on croit généralement que le danger réside dans leur absorption par voie orale. Le fait d'ingérer un aliment auquel une personne est allergique peut en effet provoquer un choc anaphylactique.

Cette réaction allergique immédiate, grave et généralisée, qui affecte l'organisme dans son ensemble, a des effets cutanés (démangeaisons, urticaire, gonflements), respiratoires (resserrement des bronchioles), digestifs (nausées, vomissements, douleurs abdominales) et cardiovasculaires (tachycardie, chute de la pression sanguine) qui sont néfastes pour la victime.

Sachant que le choc anaphylactique se caractérise aussi par une éventuelle perte de conscience et que son issue peut être fatale, un traitement en urgence s'impose. Il faut avoir recours à une injection d'adrénaline (vasoconstricteur) et à un bronchodilatateur pour lutter contre les effets graves de l'histamine qui, lors du choc, est libérée dans différentes régions de l'organisme.

Sans précédent

Le drame qui s'est déroulé il y a bientôt deux ans outre-Manche amène toutefois à considérer qu'un simple contact cutané avec certaines substances, et non pas seulement leur absorption, peut entraîner un choc anaphylactique. Ce que n'a pas manqué de faire le Dr Adam Fox, un pédiatre consultant de l'enquête, dont les propos exprimés devant le tribunal sont rapportés par le Guardian.

" Si c'est uniquement le contact avec la peau qui a causé une anaphylaxie mortelle, je pense que ce serait sans précédent (...) je n'ai jamais vu cela auparavant. "

Le Dr Fox précise qu'il a consulté des publications internationales et nationales, ce qui lui a permis de découvrir des exemples antérieurs de contact avec un allergène par la peau, entraînant des "bronchospasmes", mais pas de décès.

D'autres facteurs en jeu ?

Poursuivant son témoignage, Adam Fox s'est demandé, compte tenu de la rareté de l'événement qu'il venait d'évoquer, si d'autres facteurs n'ont pas pu entrer en jeu dans le cas du décès de Karan. Et il a invoqué le fait que le jeune adolescent, qui souffrait également d'asthme et d'eczéma chronique, n'arrêtait pas de se gratter le cou après que le fromage lui ait été jeté. Certains témoins de la scène ont observé que les griffures de Karan étaient si fortes qu'elles saignaient. De quoi aggraver la réaction allergique.

" Des égratignures barrière cutanée ont pu conduire à un contact ultérieur avec l'allergène, " a indiqué le pédiatre, qui a aussi mis en cause le nombre élevé de pollen le jour du drame et le fait que Karan soit asiatique, un garçon et un adolescent. "

Propos accablants

Même s'il s'est défendu de vouloir critiquer le personnel de l'établissement scolaire qui a essayé d'aider la victime, le Dr Fox a tout de même tenu des propos accablants lorsqu'il a considéré que l'EpiPen, à savoir l'auto-injecteur d'adrénaline, aurait dû être remis beaucoup plus rapidement à Karan.

" Si quelqu'un vous dit qu'il a besoin de son inhalateur, c'est un signe très clair que vous devez l'utiliser ", a-t-il dit.

L'ambulancière Alexandra Ulrich a été également mise sur la sellette mais cette fois par la médecin légiste, Mary Hassell. " Elle était comme un peu pani-quée. J'en veux pour preuve le fait qu'elle ait déclaré qu'elle aurait fait les choses différemment si elle avait été mise au courant plus tôt du contact avec un allergène. Elle a reconnu ne pas avoir pu établir qu'il s'agissait d'une réaction allergique avant d'avoir sorti Karan de l'ambulance, à l'hôpital "

Un avis que ne partage cependant pas le Dr Andrew Jones, consultant en pédiatrie à l'hôpital Great Ormond Street. " Je ne pense pas que les chances de survie de l'écolier auraient été différentes ", a-t-il considéré.

Souvenir douloureux

Quoiqu'il en soit, Karan est finalement décédé après que ses parents aient accepté de supprimer progressivement les médicaments qui le maintenaient en vie. Officiellement, la cause de sa mort est une grave lésion cérébrale hypoxique globale et une anaphylaxie.

Et s'il est important, au vu de la rareté de ce cas, que l'enquête se poursuive pour déterminer les circonstances exactes du décès, quelles qu'en soient les conclusions, pour les proches du jeune garçon, l'événement qui s'est produit le 28 juin 2017 restera à jamais une tragédie.

Quant au camarade de classe qui a jeté la tranche de fromage et un autre élève qui lui a passé le fromage, ils ont certes fait savoir aux enquêteurs qu'ils n'étaient pas au courant de l'allergie au lactose dont souffrait Karan, mais ils devront eux aussi vivre avec le souvenir du drame causé par leur geste...

Source : The Guardian, 3 mai 2019

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