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Étudiants, stages et empathie : une relation compliquée

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L'UNamur propose depuis la rentrée 2015 un stage aux étudiants de médecine dès la 3e bac. Hélène Givron, doctorante en psychologie au sein de l'université namuroise, propose une analyse de ce stage, à travers le prisme de son impact sur l'empathie des étudiants et des tuteurs.

Laurent Zanella - 31 mai 2019

Pourquoi mesurer l'empathie des étudiants en médecine ? " Malheureusement, la littérature indique un déclin de l'empathie au fur et à mesure des études en médecine. Particulièrement entre la deuxième et la troisième année ", indique Hélène Givron, dont la thèse porte sur l'apprentissage de la communication et la relation médecin/patient.

Comment expliquer ce déclin ? " Différentes causes sont avancées, mais c'est surtout l'apparition des stages qui semblent influer sur l'empathie des étudiants en médecine. C'est un peu fourre-tout car les stages impliquent également le premier contact avec le patient, des contraintes pratiques, temporelles, et les modèles de rôles. Sur ce dernier point, il semblerait qu'en stage, les étudiants tombent tantôt sur un tuteur passionné, tantôt sur un tuteur qui véhicule des valeurs plus négatives concernant l'empathie, concernant le temps que l'on a à accorder à ce domaine précis. "

L'apport du stage en bac 3

Hélène Givron a analysé plusieurs cohortes à différents moments dans le temps. Sur 250 étudiants ayant suivi le stage de médecine en bac 3, 225 ont répondu à des questionnaires en ligne, évaluant ces stages. 123 tuteurs, médecins généralistes accueillant les étudiants pendant trois semaines, ont également répondu à l'enquête.

La mesure de l'empathie est prise par un questionnaire IRI (indice de réactivité interpersonnelle). " Il s'agit d'un questionnaire auto-rapporté qui mesure l'empathie cognitive et affective ", spécifie la psychologue namuroise. Le questionnaire est soumis en trois temps : avant le stage en bac 3, après le stage, et en master 1.

Quatre sous dimensions de l'empathie sont évaluées : l'imagination (s'imaginer ce que ressent l'autre), la prise de perspective (essayer de prendre en compte la perspective de l'autre avant de prendre une décision), le souci de l'autre (la tendance à être en compassion avec autrui) et la détresse personnelle, davantage dysfonctionnelle (être submergé face à quelqu'un qui exprime des émotions négatives).

Résultats : il y a bel et bien une légère perte d'empathie après la réalisation du stage (voir graphique). " Mais quand on creuse, on observe que si les dimensions de l'imagination et du souci de l'autre sont diminuées, la détresse personnelle également. Ce qui est positif puisqu'une fois le stage réalisé, les étudiants se sentent davantage confiants dans leur capacité à gérer leurs émotions face à la souffrance d'autrui" , analyse Hélène Givron.

Après le stage, seule la dimension " imagination " a une remontée significative. " Une explication réside dans le fait que le master 1 se déroule dans diverses universités puisque le cursus n'inclut pas la spécialisation à Namur ", commente la psychologue. L'impact de l'analyse se voit donc dilué dans les différentes pratiques instaurées par les différentes facultés. Autre élément : le fait que le questionnaire soit auto-rapporté. " Des études indiquent que mesurer l'empathie lors d'une interaction et non via un questionnaire auto-rapporté pourrait apporter des résultats plus nuancés ", suggère Hélène Givron.

Apport pour le tuteur

Que gagne le médecin généraliste à être tuteur ? La reconnaissance des étudiants certes, mais pas uniquement. " En moyenne, les tuteurs témoignent d'une légère augmentation de leur empathie depuis le début de leurs études en médecine ", analyse Hélène Givron. "Ce qui sert leur pratique, puisqu'ils rapportent que cela a contribué à la qualité et à la finesse de leur examen clinique."

Selon les tuteurs, ce qui modèle l'empathie, au-delà des stages et des études, ce sont les interactions avec le patient une fois médecin (pour 100% des répondants !). " Cela nous indique l'intérêt des pédagogies actives, comme la simulation ou les jeux de rôles, incluant des patients réels ou standardisés. Les patients peuvent alors donner un retour à l'étudiant sur leur ressenti suite à la prise en charge simulée et ainsi le former à la relation médecin-patient, même dans les années pré-cliniques"., note la psychologue.

Enfin, Hélène Givron fait remarquer que les tuteurs se positionnent comme relais entre apprentissage théorique et pratique clinique. " Mais le plus surprenant, c'est que peu de tuteur se considère comme un "modèle de rôle" de médecin. La littérature indique pourtant que les tuteurs de stage influencent fortement leurs stagiaires par le phénomène d'apprentissage par observation, de "modeling".

Des nuances

Hélène Givron conclut de son analyse que le déclin de l'empathie recensé dans la littérature semble être à nuancer. Surtout à la lumière de ce stage implémenté en Bac 3. " De manière rétrospective, la majorité des médecins généralistes ne rapportent pas avoir vécu un déclin d'empathie, que du contraire, ils constatent une légère hausse, ce qui sert leur pratique. Pour eux, c'est le contact avec les patients qui fait fluctuer le degré d'empathie. "

Laurent Zanella

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