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La Chine veut des preuves

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Dans l'ICD-11, l'Organisation mondiale de la santé consacre pour la première fois un chapitre aux médecines traditionnelles. The Lancet approuve, Nature s'inquiète des conséquences pour la politique sanitaire chinoise.

20 juin 2019

Il y a un an, l'OMS parlait déjà de l'ICD-11, mais l'outil a seulement été approuvé lors de l'assemblée générale des états-membres, fin mai. Le code TM1 comprend un chapitre dédié aux maladies décrite par la médecine traditionnelle pratiquée en Chine, au Japon, en Corée... et partout dans le monde. The Lancet qualifie globalement l'ICD-11 d'amélioration substantielle par rapport à la version précédente. " Il est tout à fait justifié que les services proposés par la médecine traditionnelle trouvent leur place aux côtés de la médecine mainstream ", a publié assez vaguement la revue à l'occasion de l'introduction du code TM1.

Au cours de l'année passée, la Chine a ouvert des centres de médecine traditionnelle dans plus de vingt villes étrangères, dont Barcelone, Budapest et Dubai.

La revue Nature se montre par contre moins enthousiaste, même si celle-ci n'entend pas militer contre les médecines traditionnelles, car ces dernières sont les seules auxquelles les gens ont accès dans certaines régions du monde. Un argument assez faible en soi, si ce n'est que les médecines traditionnelles utilisent des produits parfois (très) efficaces. Nature fait ainsi référence à l'artémisinine, le traitement standard contre la malaria dans la médecine traditionnelle chinoise, et que l'on prépare à partir de l'absinthe chinoise (Artemisia annua).

De nombreux autres traitements prescrits dans la médecine traditionnelle orientale n'ont, par contre, pas encore fait leur preuve. Il serait dangereux de qualifier ces traitements de médecine douce et sans effets secondaires. Les autorités chinoises reçoivent chaque année plus de 200.000 plaintes liées aux effets secondaires indésirables des méthodes traditionnelles.

Lutte de pouvoir

Les intérêts sont aussi politiques. La Chine se décrit comme une ardente défenseuse de la médecine evidence-based, mais investit pourtant des millions de yuan dans la promotion de sa médecine traditionnelle à travers le monde. L'objectif est, d'une part, de grappiller encore plus de terrain dans la lutte de pouvoir au niveau international et, d'autre part, de booster la vente des produits et des soins made in China.

Aujourd'hui déjà, les centres touristiques chinois attirent des milliers d'étrangers venus vérifier les bienfaits de la médecine orientale. Au cours de l'année passée, la Chine a ouvert des centres de médecine traditionnelle dans plus de vingt villes étrangères, dont Barcelone, Budapest et Dubai.

Nature craint que ce nouveau chapitre de l'ICD-11 ne fasse qu'accélérer le phénomène. La revue pointe un doigt accusateur sur Margaret Chan, la doctoresse canado-chinoise directrice de l'OMS de 2006 à 2017, et insinuant que les origines chinoises du Dr Chan expliquerait l'élargissement de l'ICD-11. Dans un rapport du 4 avril 2019, l'OMS déclare pourtant que le code ne vise à favoriser aucune forme de traitement. Le but est plutôt de cartographier les méthodes existantes, afin de mieux en étudier les avantages et inconvénients, ainsi que leur potentiel danger.

Nature 570, 5 (2019).

Nature 561, 448-450 (2018).

Lancet 2019 (393) : 2275.

La cuisson de la peau de l'âne permet de concocter l'ejiao, sorte de gélatine, très utilisée comme traitement de divers troubles de la santé comme les saignements, la toux et le cancer.
La cuisson de la peau de l'âne permet de concocter l'ejiao, sorte de gélatine, très utilisée comme traitement de divers troubles de la santé comme les saignements, la toux et le cancer.© Belga Image

Pot d'ânes

La médecine traditionnelle chinoise n'est pas seulement potentiellement dangereuse pour les patients. Les ânes eux aussi en font les frais, puisque leur peau est utilisée pour préparer toutes sortes de produits. La cuisson de la peau de l'âne permet en effet de concocter l'ejiao, sorte de gélatine, très utilisée comme traitement contre des troubles comme les saignements, la toux et le cancer.

En Chine, la population d'ânes a diminué de moitié au cours du siècle précédent et les Chinois les importent aujourd'hui d'Afrique. Le prix d'un âne a tellement explosé que les animaux sont régulièrement " kidnappés ". Certains pays africains, dont le Nigéria, la Tanzanie et le Botswana, ont depuis interdit l'exportation des ânes, afin de protéger leur propres animaux.

Un petit pot de 250 gr d'ejiao coûte plusieurs centaines d'euros. Avec l'explosion du nombre de consommateurs aisés en Chine, le chiffre d'affaires annuel s'élève aujourd'hui à 15 milliards de yuan (environ 2 milliards d'euros).

D'autres animaux sont aussi mis en danger par l'explosion de la médecine traditionnelle en Chine. Selon Nature, le secteur est en partie responsable du risque d'extinction des tigres, des rhinocéros, des hippocampes et des pangolins. Il n'existe aucune preuve définitive de l'efficacité de l'ejiao...

Nature 570, 5 (2019)

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