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" L'Ordre des médecins est indispensable "

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SUITE DE LA PAGE 3 De son long passage (trois mandats de six ans), au Conseil provincial du Brabant wallon/Bruxelles, Jacques de Toeuf retient les bons côtés (l'éthique, le sevrage des toxicomanes...) et les mauvais côtés (le disciplinaire et le fait de côtoyer les brebis galeuses de la profession médicale). Il en a vu des vertes et des pas mûres.

20 juin 2019

Le journal du Médecin : Votre passage à l'Ordre des médecins, c'est aussi une forme de pigeon voyageur qui crée des liens...

Jacques de Toeuf: C'est une nouvelle fois le Dr Farber qui m'y a poussé. J'ai démarré au Conseil national de l'Ordre du Brabant wallon/Bruxelles... Toutes les " crasses " qui atterrissent dans les conseils provinciaux, c'est assez incroyable... Je n'ai pas du tout aimé le côté disciplinaire. C'est très désagréable. Se farcir une heure de plaidoirie d'avocats défendant l'indéfendable en voulant démontrer que son client est le meilleur médecin du monde. J'ai découvert ce dont certains médecins étaient capables ! C'est instructif ! Mais sous la présidence de Robert Kahn, nous avons été créatifs. On a écrit des textes de consentement sur la greffe d'organes par exemple, inspirés de la Déclaration d'Helsinki rédigée sous l'égide de l'Association médicale mondiale. Ceci a débouché sur la première loi sur la greffe d'organes. Robert Kahn l'a négocié avec les ministres de l'époque.

Le GBO défend l'exceptionnalisme du généraliste alors que pour nous c'est une 'simple' spécialité.

En matière de toxicomanie, vous avez joué un rôle...

En effet, mon autre sujet de satisfaction, c'est la drogue. Il existait à l'époque des médecins qui faisaient des prescriptions morphiniques dans l'arrière-salle de cafés, notamment Gare du Midi devant 50 personnes debout faisant de la méditation yoga. Ils payaient une consultation importante et reprenait le train pour Paris. On a nettoyé et contribué à deux avancées : on a discuté avec l'ensemble des acteurs de la toxicomanie. Aussi bien ceux qui étaient dans la logique du sevrage que ceux qui étaient favorables à la méthadone ou l'entretien médical de la toxicomanie. Pour comprendre. Ensuite, Robert Kahn et moi-même sommes allés voir le procureur du Roi de Bruxelles. Pour avoir un accord avec lui. Qu'il arrête de pourchasser les toxicomanes comme des délinquants. Concernant les médecins qui prescrivaient à tout crin, l'Ordre s'est engagé à gérer la situation via le disciplinaire mais tout en ne faisant pas obstacle aux dénonciations aux Parquets des prescriptions abusives. Il n'y eut pas de protocole solennel ou de communication à la presse. Ça a tout à fait calmé le jeu.

Comment Magda De Galan est intervenue à l'époque ?

Elle était ministre de la Santé de la Communauté française. On a rédigé cette année-là un arrêté qui prévoit qu'un médecin qui prend en charge des toxicomanes doit avoir la formation ad hoc et doit se faire superviser. Nous avons travaillé avec toutes les associations de terrain. Il y eut un texte de consensus là-dessus en 1994. C'est la partie intéressante de l'Ordre.

Combien de temps y êtes-vous resté ?

Trois mandants de six ans. Le dernier mandat, c'était plutôt pour rendre service car je n'avais aucune envie de le faire. C'était pour contrer l'influence des tenants de la médecine anti-âge.

Vous concluez donc à l'indispensabilité de l'Ordre en matière disciplinaire pour s'occuper des brebis galeuses, les tribunaux étant déjà en surcharge ?

Oui. D'ailleurs les professionnels de soins qui n'en ont pas, en demande un : les dentistes, etc. Attention, le code de déontologie est un référentiel, pas une bible. Il faut cesser de tout judiciariser et d'invoquer l'article un tel à tout bout de champ. Le rôle de l'Ordre est de faire de l'intermédiation patient-médecin mais aussi entre médecins. Ça marche ! Le président Machiels a créé une cellule d'aide aux médecins en difficulté. Une centaine de médecins en difficulté par an passe à l'Ordre du Brabant pour recevoir de l'aide. Donc c'est utile. C'est un bureau d'aide sociale géré par des indépendants qui se sont frottés au métier et sont donc expérimentés. Il y a quand même un code de déontologie médicale de référence. Or, celle-ci est différente de la déontologie de tout un chacun. Elle est parfaitement légitime. Le code se base sur l'éthique médicale mondiale, la lutte contre la torture, le consentement éclairé... D'ailleurs le Comité permanent des médecins européens invite maintenant des représentants de l'Ordre des médecins. On a besoin d'un Ordre des médecins comme référent. Mais si on part dans l'aspect punitif on est foutu...

C'est plus l'esprit des dirigeants actuels de l'Ordre...

C'est correct. En revanche, ce que je regrette un peu, c'est que l'Ordre adapte son code de déontologie chaque fois que la loi change. Et on perd l'idée du référentiel à côté des lois. Mais les derniers cas que j'ai eu à gérer, c'étaient souvent des règlements de compte. Des médecins qui portent plainte contre des travailleurs au noir alors qu'eux-mêmes travaillent au noir. Ou alors, l'Ordre tape sur les mécréants pendant trois ans parce que dirigé par des cathos puis les trois années suivantes c'est l'inverse. On peut en sortir en veillant à l'équilibre ULB-UCL au niveau des postes à responsabilité...

Opposition avec le Cartel

Comment avez-vous vécu l'opposition avec le Cartel ? La guéguerre avec le GBO ?

Cette guéguerre se joue plus sur la place du médecin généraliste contre le médecin spécialiste plutôt qu' avec. Ou l'exceptionnalisme du généraliste alors que pour nous c'est une " simple " spécialité. Notre différence majeure c'est que le Cartel prône des paiements forfaitaires et un peu à l'acte pour le côté dynamique. Notre vision du paiement à l'acte, c'est en fait à l'activité. Je ne suis pas contre un forfait rémunérant un épisode de soins en matière de maladie chronique par exemple. Mais nous sommes contre le fait de recevoir de l'argent sans justification. L'audit des maisons médicales est à cet égard un scandale. Commanditée par le Cabinet De Block, la firme d'audit va voir les maisons médicales, mandaté pour demander les comptes et celles-ci répondent : " Vous ne les aurez pas. " Ils n'ont eu les comptes que de deux ou trois maisons médicales... C'est ce qui nous différencie du Cartel. Lorsqu'on court derrière des subsides, il y a un cahier des charges et on oublie de soigner les malades. Un dossier médical c'est à vie, pour le Cartel. Pour nous, le médecin n'est pas l'archiviste du dossier du malade (...).

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