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Y penser avant, pendant et après un cancer

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NUTRITION Que manger pour prévenir le cancer et une fois la maladie déclarée ? L'objectif est de préserver la masse musculaire et de prévenir la dénutrition.

4 juillet 2019

"Dans la prévention du cancer, il faut penser à la nutrition le plus tôt possible ", précise le Dr Anne Boucquiau (Fondation contre le cancer). " Pendant la maladie, il faut réagir en fonction des symptômes parce que le défi est de préserver la masse musculaire ". Parler de la nutrition dans la prévention du cancer englobe à la fois l'alimentation et les boissons, mais aussi le statut nutritionnel (surpoids, maigreur...), l'activité physique et la sédentarité.

Il n'y a pas d'antidote au cancer, pas d'aliments anticancer, pas de réponse simple parce que c'est une maladie multifactorielle.

Selon l'evidence based medicine relative aux relations entre facteurs nutritionnels et risque de cancer, il existe des relations convaincantes pour le surpoids et l'obésité, les boissons alcoolisées, la viande rouge et la charcuterie, le sel et les aliments salés, et enfin, les compléments alimentaires à base de bêta-carotène.

Après le tabac, le surpoids est le deuxième facteur de risque le plus important pour les cancers : il augmente le risque de 8 à 55%, selon la localisation du cancer, pour toute augmentation du BMI de 5. Les mécanismes mettent en jeu une augmentation de la résistance à l'insuline, un état inflammatoire chronique avec libération de médiateurs inflammatoires procancéreux, et un effet hormonal.

" Concernant les boissons alcoolisées, le lien est tout à fait avéré sans valeur seuil, prévient-elle : dès qu'il y a consommation d'alcool, il y a risque, avec une augmentation de 9 à 168%, selon la localisation, par verre de boisson alcoolisée par jour. C'est pourquoi on recommande de ne pas consommer plus de dix verres/semaine, avec un à deux jours d'abstinence. Il n'y a pas d'effet protecteur, quelle que soit la boisson concernée ". Un verre standard correspond à 10 cl de vin ou de champagne, 25 cl de bière et 3 cl de whisky.

Avec modération

Les viandes rouges et la charcuterie entraînent une augmentation significative du risque de cancer colo-rectal : 29%/100 g de viande rouge (toutes sauf la volaille) et de 25%/50 g de charcuterie.

" Étant donné l'intérêt nutritionnel de la viande (protéines, fer, zinc, vitamine B12), on recommande de ne pas consommer plus de 500g/semaine de viande rouge, d'alterner les différents types de viande avec le poisson, les oeufs et les légumineuses, de limiter la consommation de charcuterie, surtout grasse et salée (max 150g/semaine, le moins, c'est le mieux), et de varier les modes de cuisson ".

Le sel provoque une augmentation probable du cancer de l'estomac. Les mécanismes mettent en cause une altération de la muqueuse gastrique et une synergie avec des pathogènes cancérogènes (composés N-nitrosés, Helicobacter pylori).

Enfin, les compléments alimentaires sont déconseillés, notamment ceux contenant du bêta-carotène parce que si, à dose nutritionnelle (700-900 µg), ils ont un effet protecteur, à forte dose (20-30mg/j), des études montrent qu'ils provoquent une augmentation du cancer du poumon chez les gros fumeurs et en cas d'exposition à l'amiante.

" Le plus important est d'avoir une alimentation équilibrée", conclut le Dr Boucquiau, "en évitant les aliments ultratransformés. Il n'y a pas d'antidote au cancer, pas d'aliments anticancer, pas de réponse simple parce que c'est une maladie multifactorielle. Enfin, il faut penser à redonner ces conseils nutritionnels aux patients après un cancer."

Conférence " Nutrition & cancer ", Bruxelles, 4 juin.

Code européen contre le cancer, 4e version

Rapport d'experts WCRF/AICR, mai 2018

Dépistage du risque nutritionnel

De son côté, Elodie Lecourt, diététicienne en oncologie digestive à l'Institut Roi Albert II (St Luc, Bruxelles), a rappelé qu'en prévention primaire, NACRe (Réseau National Alimentation Cancer Recherche, France) recommande d'augmenter la consommation de fruits et légumes (au moins 5/j), de légumes secs (richesse en fibres, au moins 2 fois/semaine), des fruits à coques (noix, pistaches non salées..., richesse en oméga 3, une petite poignée/j), le " fait maison " et l'activité physique (30 minutes dynamiques/jour), en limitant le temps passé assis (marcher un peu toutes les 2h).

" Il est très important de déterminer l'état nutritionnel du patient parce qu'il va influencer son pronostic (efficacité du traitement, qualité de vie, comorbidités...). C'est pourquoi, avant tout conseil, il faut faire son bilan diététique et prendre connaissance de ses habitudes alimentaires. "

" On craint le risque nutritionnel ", insiste Élodie Lecourt, " il doit donc être détecté le plus tôt possible et il ne faut pas un diététicien pour le repérer : dès le diagnostic, toute personne en contact avec le patient peut le faire. Comment ? En posant deux questions simples : 'Y a-t-il une perte d'appétit ?' et 'Y a-t-il une perte de poids involontaire ?' Si l'une des réponses est 'oui', il y a un risque de dénutrition nécessitant une évaluation qui, elle, doit être faite par un professionnel ". Concernant le jeûne, la diététicienne explique que les données disponibles actuellement sont insuffi santes et n'apportent pas de preuve de l'effet (bénéfique ou délétère) du jeûne pour la prévention des cancers chez l'homme, ni du jeûne intermittent sur l'efficacité des traitements anticancéreux ou le pronostic du cancer. En revanche, il fait courir un risque majoré de dénutrition. Il en va de même pour le régime cétogène.

Enfin, elle souligne qu'il faut inciter les patients à signaler s'ils prennent des compléments alimentaires (les plus fréquemment consommés sont sur www.cancer.be).

www6.inra.fr

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