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Les médecins en formation invités à témoigner

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À l'initiative de jeunes médecins et fruit d'une longue gestation, le site internet de témoignages " lesendocs.be " est en ligne ce vendredi. Le GBO, qui encadre l'initiative, a pris toutes les précautions juridiques pour assurer son succès. Le syndicat de MG, associé au Modes (le Monde des spécialistes), espère faire avancer les choses et améliorer le statut et la vie de tous les jours des MG et des spécialistes en formation. Explications avec Alexia Orban, une des fondatrices, et Paul De Munck, président du GBO.

12 septembre 2019

"C e sont les jeunes qui voulaient faire bouger les lignes ", explique Paul De Munck. " On leur a laissé carte blanche, notamment concernant la construction du site. On leur a toutefois apporté notre expérience. En particulier, nous avons placé des garde-fous. Car ouvrir un site où des jeunes médecins en formation témoignent de leur vécu, leur perception des choses, leur ressenti parfois à propos de choses difficiles à dire, ce n'est pas évident. Il faut veiller à une anonymisation stricte. Je ne voulais pas que cela devienne une tribune pour des règlements de compte où l'on flingue tel ou tel maître de stage ou vice-versa. Je souhaitais aussi que les maîtres de stage puissent également témoigner. "

Le GBO a fourni notamment l'encadrement juridique tant en matière de RGPD que de bonne utilisation. " L'écueil à éviter est que Lesendocs devienne une plateforme de vécu sur des questions strictement médico-techniques ", reprend le Dr De Munck. " Ce n'est pas l'objet de ce site ! Témoigner à propos d'un patient qui présente telle pathologie spécifique et à qui on ne sait pas quoi dire relève de la relation avec le maître de stage. Par contre, si le stagiaire vit une situation difficile récurrente vis-à-vis d'une urgence pendant une hospitalisation et qu'il ne trouve pas de réponse à ses questions auprès de son maître de stage hospitalier, il peut s'en ouvrir sur le site. Dans les rubriques énumérées, on trouve également le harcèlement sexuel ! J'avoue que j'étais surpris de constater jusqu'où cela peut aller... Mais c'est un fait. "

Pas à l'abri d'un clash

Le site n'est pas à l'abri d'un dérapage, d'autant que l'identité du témoin n'est connue que s'il souhaite s'en ouvrir aux modérateurs. " Je pense que l'anonymat garantira qu'il n'ait pas de règlement de compte. "

Le GBO insiste par contre sur le fait que le témoignage peut déboucher sur une demande d'aide. " Le fait de pouvoir témoigner, c'est déjà formidable. Mais en tant que syndicat médical, il manque un point à notre mission si on s'arrête là. Nous voulons orienter le témoin s'il estime avoir besoin d'aide. On peut l'orienter vers " Médecins en difficulté " (géré par l'Ordre des médecins qui en a accepté l'augure, ndlr) si on estime que cela rentre dans leur champ de compétence et si le témoin le souhaite. On peut également fournir un premier avis juridique mais sans aller en justice car ce serait trop coûteux. "

Le GBO entend toutefois rester un intermédiaire. Il ne se soustrait pas, par exemple, à la CCFFMG (Centre de coordination francophone pour les médecins généralistes en formation), l'asbl qui gère notamment, en triangulation, le salaire versé par l'Inami et par le maître de stage au stagiaire.

Le témoin peut également demander de " parler entre quatre yeux " à un responsable du GBO, président y compris. Un bilan sera fait dans six mois déjà, puis dans un an. " Puis, un moment donné si on voit que cela s'éteint, on verra. On ne sera pas frustré si on se rend compte que cela n'est pas ce qu'il fallait faire. Ce n'est pas une idée de dinosaures qui se disent : 'on va faire cela pour les jeunes'. C'est une idée à eux. Les jeunes sont à la manoeuvre. "

Une approche 3.0

Les associations d'assistants, tel le Cimacs (Comité inter-universitaire des médecins assistants candidats spécialistes), sont au courant et ouvertes au projet. En parallèle, un compte Facebook est créé sur lequel la discussion peut continuer même s'il n'est pas conseillé de sortir de l'anonymat.

Pourquoi avoir créé une interface intermédiaire et ne pas faire confiance, par exemple, à Médecins en difficulté ? " Je pense qu'en tant que syndicat, on peut défendre l'intérêt d'un médecin en formation ou installé ", reprend Paul De Munck. " S'ils écrivent à l'Ordre des médecins directement, ils sont en terre inconnue. Ils ont peur de déclencher quelque chose à laquelle ils ne s'attendaient pas... même si Médecins en difficulté n'est pas l'Ordre, cela peut créer la confusion... Les jeunes utilisent des canaux qui sont les leurs... Ils se branchent là-dessus. Pourquoi n'en parlent-ils pas à leur maître de stage directement ? Pourquoi ne s'ouvrent-ils pas au Département de médecine générale ? Parce qu'ils n'ont pas confiance. Idem si c'était abrité par le SPF Santé publique ou l'Inami. Pourquoi s'adresseraient-ils par ailleurs à une commission dont ils ne connaissent pas l'existence ? Non, je crois que Lesendocs répond vraiment à un besoin... "

Alexia Orban
Alexia Orban© DR.

" Nous sommes partis d'un constat amer "

Alexia Orban, assistante en médecine générale, membre du GBO et coconceptrice du site internet Lesendocs.be explique la genèse du site.

jdM : D'où vient le nom " lesendocs " ?

On a pensé à " endoctriner " pour montrer l'aspect un peu psychologique délétère dans lequel on baigne. On dénonce aussi un mode de fonctionnement.

Comment est venue l'idée de créer ce site ?

D'un constat assez amer à partir de situations vécues : soit de nos proches soit de nos propres réalités. Les horaires sont lourds, les jeunes médecins sont en perte de sens. On vit une déshumanisation marquée des soins de santé. Nous subissons beaucoup de pressions pendant le stage d'assistanat. L'idée d'un site de témoignages est née d'une réalité qui nous rend perplexe. C'est alarmant... Ça nous a donné envie de faire quelque chose, de laisser les stagiaires en parler. On espère que les stagiaires (y compris en master) et les maîtres de stage vont témoigner. Ils peuvent le faire librement et anonymement. Il faut que les langues se délient. Sur le terrain, nos maîtres de stage sont tout de même souvent nos superviseurs, ce n'est pas toujours évident d'exprimer nos difficultés sur le terrain avec eux.

J'imagine que le but est de faire bouger les choses et de ne pas en rester à des témoignages...

Dans un premier temps, le but est de faire sortir des jeunes qui sont en situation d'isolement. Qui se sentent seuls face à une réalité, qui ont l'impression de porter beaucoup de choses en eux. On veut leur faire réaliser qu'ils ne sont pas tous seuls.

Ils sont anonymes sur le site mais connus du GBO ?

Non : ils restent anonymes. Une charte de bonne conduite (ndlr : lire en couverture) est prévue. On vérifie qu'ils respectent la charte. Ceux qui ne la respectent pas seront dépubliés.

Comment être sûr que ce n'est pas un imposteur ? Un plaisantin ?

On en sera jamais sûr. On prend le risque. On vérifie les propos tenus. S'ils ne respectent pas la charte (injure, racisme...) de toute façon on ne le publie pas. On n'a pas spécialement peur des plaisantins. Le risque est faible à mon avis.

Le modérateur va se rendre compte avant de publier qu'il s'agit de quelque chose d'inventé ?

C'est peu probable que quelqu'un invente... La personne ne peut pas signer de son nom sur le site mais si elle veut apparaître, elle peut se rendre sur notre compte Facebook. Là elle peut révéler son identité.

Qu'attendez-vous des maîtres de stage, puisque, eux aussi, peuvent témoigner ? Qu'ils dénoncent aussi leurs " conditions de travail " ?

Qu'ils puissent dénoncer leur réalité en général. Qu'ils ne soient pas forcément perçus comme le " méchant maître de stage ". Il faut sortir un peu de ce manichéisme... Le site est également là pour les assistants spécialistes et les étudiants en master qui réalisent déjà un stage...

Qui est l'éditeur responsable ?

Le GBO.

Quels seront les modérateurs : des médecins membres du GBO ?

Ça dépendra de la demande. Du sujet traité. Qu'il s'agisse de harcèlement, de non-respect des horaires... En fonction de la problématique, on renverra vers Médecins en difficulté, le GBO ou le Modes.

Ces témoignages pourraient servir de campagnes plus politiques à l'attention du ministre de tutelle ou des autorités académiques d'une université ? Si un problème particulier est mis en exergue, le GBO pourrait faire pression pour faire avancer les choses ?

Si un étudiant sort de l'anonymat et met en lumière un problème spécifique par rapport à son contrat de travail, il pourrait recevoir une aide du GBO pour rédiger une lettre contre le maître de stage par exemple.

Vous êtes optimiste sur l'impact de ce site ?

Si c'est un flop, on verra. Les choses prennent du temps. Le site a le mérite d'exister.

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