PremiumLe journal du médecin

Euthanasie, une histoire de timing

ÉTHIQUE Une médecin néerlandaise était accusée d'avoir euthanasié une personne atteinte d'Alzheimer sans s'être suffisamment assurée de son consentement.

19 septembre 2019

C'est une première pour les Pays-Bas. Le 11 septembre, la justice néerlandaise a acquitté une médecin accusée d'avoir donné la mort en 2016 à une patiente atteinte de la maladie d'Alzheimer. Le parquet lui reproche de ne pas s'être suffisamment assurée de son consentement.

La patiente, âgée de 74 ans, après avoir été diagnostiquée de la maladie d'alzheimer, avait exprimé son souhait d'être euthanasiée plutôt que d'être placée dans une maison de retraite spécialisée. Elle avait toutefois précisé vouloir décider du moment de sa mort tant qu'elle avait " encore tous ses esprits " selon la radio-télévision publique néerlandaise NOS.

Les Pays-Bas sont le premier pays à avoir dépénalisé l'euthanasie en 2002, suivi de près par la Belgique.

" La loi ne donne pas de réponse claire "

" Nous concluons que toutes les exigences de la législation sur l'euthanasie ont été satisfaites. Par conséquent, la suspecte est acquittée de toute charge ", a déclaré la juge Mariette Renckens à La Haye. " Nous pensons que, étant donné l'état de démence profonde de la patiente, la médecin n'avait pas besoin de vérifier son désir d'euthanasie ", a-t-elle expliqué.

Des applaudissements ont éclaté dans la salle d'audience après la lecture du verdict. L'affaire, qui a fait grand bruit aux Pays-Bas, n'a pas manqué de relancer le débat sur le droit des personnes atteintes de démence à décider de leur propre sort.

Exerçant à l'époque dans une maison de retraite, la médecin, dont l'identité n'a pas été dévoilée, avait ajouté du Dormicum, un anesthésiant, dans le café de la patiente. Cette dernière avait dû être maîtrisée par son époux et enfant quand elle avait commencé à se débattre. La médecin, désormais âgée de 68 ans et à la retraite, était accusée d'avoir " supposé que la dame voulait toujours mourir sans vérifier cela avec elle " après l'apparition de la maladie neurodégénérative. Le parquet, qui n'avait requis aucune peine à son encontre, estimait qu'elle aurait dû avoir une discussion " plus poussée " avec la patiente. " Cette demande d'euthanasie a été faite lorsque la patiente était encore en possession de tous ses moyens ", a affirmé la juge. " La loi ne donne pas de réponse claire (...) Nous allons maintenant étudier attentivement le verdict et décider plus tard si nous allons faire appel ou non ", a réagi Sanne van der Harg, la porte-parole du parquet.

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