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Mon corps à la science

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DROIT En Belgique, tout le monde est donneur d'organes, mais celui qui veut spécifiquement léguer sa dépouille à la science doit en prendre l'initiative. Quelles démarches un patient doit-il entreprendre ?

26 septembre 2019

De par leur formation, les médecins savent que des corps sont offerts à l'université, mais que répondre à des patients en quête d'informations sur la question ? Renseignons-nous auprès du Pr Leen Popleu, chargée de cours à la Faculté de médecine et des sciences de la vie à l'UHasselt.

Le journal du Médecin : De combien de corps avez-vous besoin ?

Pr Leen Popleu : Chaque année, on ouvre de 80 à 100 nouveaux dossiers, ce qui équivaut plus ou moins à la demande en corps de l'UHasselt.

Quel conseil un médecin peut-il donner à un candidat donneur ?

La donation émane souvent du " propriétaire ". Il est rare que la demande nous parvienne par le généraliste. Il s'agit surtout de gens avec une grande sensibilité sociale, désireux d'aider la société après leur mort. La plupart y ont donc murement réfléchi. Si le généraliste se voit tout de même interroger sur la question, il doit d'abord s'enquérir de l'université à laquelle le corps sera légué. Celle-ci a toujours une page dédiée à la donation sur son site internet. Le médecin peut y trouver des informations précieuses ou informer le patient de son existence.

Quelles sont les conditions pour léguer son corps ?

Il faut avoir 18 ans minimum et rédiger de son vivant un acte testamentaire stipulant la volonté de donner son corps. La famille du défunt seule ne peut pas prendre cette décision après le décès. Celui qui souhaite léguer son corps à une université doit prendre contact avec celle-ci, afin de discuter des modalités et de répondre aux interrogations. Ensuite, le donneur remplit et signe un questionnaire. Il reçoit alors une preuve qu'il doit conserver avec sa carte d'identité, qui confirme que l'intéressé cède bien son corps à l'université et qui renvoie aussi à une personne de confiance, qui veillera à ce que le corps soit acheminé vers l'université concernée en cas de décès. Il n'y a pas d'âge maximum pour donner son corps. La donation n'est jamais indemnisée. Qui plus est, chacun peut finalement refuser par écrit la donation du corps.

Certains corps sont-ils " refusés " ?

Un corps se voit refusé en cas de décès à l'étranger ou d'accident de la route. Ou en cas d'autopsie, avec certaines infections, quand l'infrastructure ne l'autorise pas, après un don d'organe ou si le corps n'est pas arrivé dans les 48 h à l'université.

Pourquoi donner son corps ?

Donner son corps, c'est former les jeunes médecins. Cela sert à la recherche scientifique et au développement de nouvelles techniques chirurgicales. C'est la seule manière de donner des cours d'anatomie détaillés et qui collent à la réalité.

Que se passe-t-il quand un corps arrive à l'université ?

Nous l'embaumons pour le conserver plus longtemps et arrêter la décomposition. Puis, le corps est placé pendant trois à quatre mois en chambre froide. Ensuite, nous discutons, mes collaborateurs et moi, de la future utilisation de la dépouille. Pour conserver une forme de neutralité, les étudiants ne connaissent jamais l'identité, l'historique médicale ou la situation familiale du donneur. Bien entendu, en cas de décès soudain, c'est la donation d'organe qui prime, car elle peut sauver des vies.

La famille du défunt se montre parfois réticente au don du corps, car elle doit s'en défaire très vite après le décès. Peut-elle empêcher la donation ?

Voilà un point compliqué. Le corps doit impérativement nous parvenir dans les 48 h. Si la famille éprouve des difficultés à vivre l'enterrement ou le service sans la présence du corps, ou qu'elle ne peut/veut pas faire ses adieux au défunt dans les 48 h, elle peut renoncer à la donation.

Qu'advient-il du corps par le suite ?

Celui-ci est incinéré. L'enterrement est aujourd'hui interdit, car l'embaumement empêche le corps de se décomposer normalement. La personne qui fait le don de son corps doit décider en amont de ce qu'il adviendra au final : dispersion publique ou retour de l'urne à la famille après la crémation.

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