La santé mentale dans un épais brouillard

Après le Livre noir de la Santé mentale à Bruxelles suivi du Livre blanc riche de solutions proposées par les médecins généralistes bruxellois (lire jdM n°n°2531 et 2590), le KCE (Centre d'expertise des soins de santé) s'est penché sur la santé mentale pour les adultes dans l'ensemble du pays. Faute de statistiques et de chiffres fiables et centralisés, le KCE ne peut que constater le brouillard qui entoure ce pan important de la santé publique dans notre pays. Les experts recommandent de clarifier les points d'accès pour les malades, de renforcer l'offre de soins (psychiatres, psychologues, généralistes...) et de centraliser les chiffres et les statistiques au sein d'un portail unique.
Appelé à clarifier la situation de la santé mentale dans notre pays, de " cartographier le paysage actuel de ces soins et d'en identifier les lacunes et les possibles recoupements ", le KCE n'a pu que constater qu'en réalité, les besoins de la population belge ne sont pas connus " car il n'existe pas de chiffres fiables sur ce sujet ". Le KCE n'a donc pas été en mesure de vérifier si l'offre de soins correspond aux besoins. Le KCE déplore " l'étendue, la grande diversité, mais aussi la complexité de l'éventail des soins de santé mentale proposés dans notre pays. Il en résulte une offre de soins peu visible et peu lisible, tant pour les citoyens que pour les prestataires de soins et les responsables politiques. "
Un tiers des adultes concernés
Ce que l'on sait, toutefois, c'est que sur fond de réformes nombreuses dont la dernière en date concerne les articles 107 (transformation de lits psychiatriques à disposition d'équipes ambulatoires) surtout à destination de personnes gravement malades, le nombre de lits psychiatriques par rapport au nombre d'habitants en Belgique est parmi les plus élevés des pays de l'OCDE. " Plus de 80 % des moyens financiers dévolus aux soins de santé mentale sont consacrés aux soins résidentiels (hôpitaux psychiatriques, maisons de soins psychiatriques, Initiatives d'Habitations Protégées). " Un tiers des adultes belges sont confrontés à des problèmes de santé mentale. " La prévalence des problèmes de santé mentale a considérablement augmenté en Belgique entre 2008 et 2013, dans toutes les régions. D'une manière générale, ces problèmes sont plus fréquemment mentionnés à Bruxelles et en Wallonie qu'en Flandre. "
Qui plus est, il n'y a pas consensus sur la définition de la santé mentale et sur les priorités. Les réformes visant la standardisation sont vécues comme une menace sur la créativité individuelle. La confiance entre acteurs de terrain et autorités est minée.
Il est doncsouhaitable selon le KCE de " clarifier les points d'accès aux soins et à l'information, qui doivent être facilementaccessibles pour toutes les personnes qui en ont besoin, mais aussi pour leurs familles et aidantsproches. Ces points d'accès pourraient être des médecins généralistes, des maisons médicales, desservices de santé au travail, des CPAS, etc ". À l'avenir, " il serait souhaitable que toutes les informations sur l'offre de soins de santé mentale et physique soient réunies en ligne sur un portail unique ".
Enfin, le KCE préconise de " renforcer l'offre de soins (psychologues, psychiatres, médecins généralistes, maisons médicales, services de santé mentale, équipes mobiles, centres de plannings familiaux, etc.) dans l'environnement proche des personnes confrontées à des problèmes de santé mentale, et de rendre cette offre financièrement plus accessible ".
Recommandations
1/ Consigner la prévalence, la nature et la gravité des problèmes de santé mentale et les besoins en soins d'une manière validée et systématique au cours d'un sondage représentatif, par exemple dans le cadre de l'Enquête nationale de santé périodique.
2/ Consigner également l'offre de soins de santé mentale dans un registre d'une manière systématique et facilement compréhensible pour les prestataires de soins et la population générale. Ce registre publiquement accessible doit inclure des informations sur les données de contact, la nature de l'offre de soins, les groupes cibles, les critères de dispensation des soins, la disponibilité et le délai d'attente.
3/Encoder l'utilisation des soins de santé mentale, en milieu hospitalier et en ambulatoire, de façon systématique, de manière à faciliter les échanges d'informations entre les prestataires de soins, à être en mesure de consigner les trajets de soins au sein du système et à pouvoir détecter les lacunes de ce même système.
4/ Renforcer la législation et les mesures de soutien financier aux services de santé mentale, initiatives d'accueil, équipes mobiles, soins psychologiques de première ligne, applications e-health et autres. Améliorer la continuité entre les traitements hospitaliers et ambulatoires.
5/" Déstigmatiser " les personnes atteintes de troubles mentaux, tant au sein de la population générale qu'auprès des employeurs et des prestataires de soins.
6/Renforcer l'offre de soins de santé mentale (psychologues, psychiatres, médecins généralistes, maisons médicales, CAW (Centrum Algemeen Welzijnswerk), services de santé mentale, équipes mobiles, etc.) dans l'environnement proche des personnes qui présentent des problèmes de santé mentale.
7/Faire connaître la fonction de case manager/personne de référence.
8/Augmenter l'offre d'habitats proposant un soutien psychosocial diversifié et adapté au sein de la communauté afin de pouvoir accueillir tous les types d'usagers, de favoriser la réintégration sociale et de prévenir l'institutionnalisation.