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Le concept d'orthoptiste-optométriste à nouveau sur la sellette

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Le nouvel arrêté royal de février 2019 portant sur la formation d'orthoptiste-optométriste ne fait pas que des heureux. Les commissions paramédicales ad hoc et l'Académie royale de médecine de Belgique émettent, dans un avis récent, des réserves et des recommandations. Le titre même d'orthoptiste-optométriste pose question et la formation prévue n'embrasse pas toute la complexité des deux composantes, optométriste et orthoptiste.

Nicolas de Pape - 30 octobre 2019

L'orthoptiste est une profession paramédicale reconnue depuis 1997. Les orthoptistes sont les seuls paramédicaux à pouvoir assister les ophtalmologues dans l'exercice de leur profession. Cette assistance s'impose comme une évidence dès lors que les examens techniques ont connu un fort développement. Toutefois, il y a relativement peu d'orthoptistes sur le marché faute d'un bachelier spécifique, créé entre-temps à Liège et à Bruxelles.

Face à cette pénurie, Conseil fédéral et Commission technique des professions paramédicales ont rendu un avis sur des exigences minimales exigées et les actes nécessitant une prescription médicale préalable. Suite à cet avis, la ministre De Block a révisé l'arrêté royal ad hoc de 1997 en rédigeant un AR le 7 juillet 2017. La réglementation autour des soins oculaires étant encore trop strict, les deux instances paramédicales et le Conseil supérieur des médecins spécialistes et généralistes ont publié un avis conjoint sur les nouvelles professions en optique et optométrie. Cet avis propose de ne pas ajouter une nouvelle profession à celle d'orthoptiste mais de rendre les soins oculaires plus accessibles.

La ministre De Block a alors décidé d'adapter une nouvelle fois la profession d'orthoptiste en février 2019 : celle-ci s'y voit attribuer une plus grande autonomie notamment quant à des actes qui ne nécessitent plus la prescription médicale d'un oculiste. " Le titre professionnel est modifié en orthoptiste-optométriste afin de faire clairement la distinction entre le prestataire de soins de santé d'une part et l'opticien d'autre part. Il en résulte une réduction des compétences de l'orthoptiste. " Ce professionnel doit désormais posséder un diplôme de l'enseignement supérieur de minimum 180 crédits plus une formation continue d'au moins 15 heures par an.

Inconvénients

L'Académie royale de médecine de Belgique voit dans ce nouvel arrêté (du 27 février 2019) un seul avantage et pas mal d'inconvénients. L'avantage est qu'après près de 30 ans de discussion, les optométristes acceptent enfin leur statut de paramédical, ce qui leur donne un cadre juridique. Une commission d'agrément verra le jour prochainement.

L'inconvénient est que ce nouvel arrêté introduit une profession " totalement inconnue au niveau mondial ". De fait, cette profession n'existe réellement nulle part sur la planète. Les commissions estimaient qu'il aurait mieux valu utiliser l'appellation optométriste ET orthoptiste plutôt que le trait d'union. En effet, l'orthoptiste détermine les divergences pathologiques en termes de motilité et réfraction oculaire et donc travaille sous prescription d'un ophtalmologue. L'optométriste adapte les divergences de réfraction pour l'oeil normal au moyens de lunettes et de lentilles. Donc, il se limite à la correction d'yeux normaux. En cas de pathologies oculaires il renvoie vers l'ophtalmologue.

Dangers du concept

Mais l'Académie voit également dans cet arrêté certains dangers.

Premièrement, le terme même d'orthoptiste-optométriste dérouterait la population. En commission, d'ailleurs, les optométristes ont reconnu leur incompétence en " orthoptie ". Or ils ne doivent pas rattraper les cours d'orthoptie dans leur bachelier d'optométrie déjà réalisé. Les mesures transitoires ne le prévoient pas. Ils estiment cependant que les optométristes n'empiéteront pas sur les plates-bandes des orthoptistes...

Sauf qu'environ 500 optométristes devraient demander un visa et n'avoir donc aucune compétence en orthoptie tout en portant le titre d'orthoptiste-optométriste. D'ailleurs, 180 crédits ne semblent clairement pas suffisants pour enseigner à la fois les deux disciplines.

Certes, la philosophie de l'AR du 27 février 2019 est de faire de l'orthoptiste-optométriste un auxiliaire de l'ophtalmologue. Mais ce faisant, si l'optométriste reçoit un cadre légal pour des activités antérieurement commerciales, l'orthoptiste, lui, " descend de niveau et reçoit davantage une formation en optométrie avec un niveau très limité d'orthoptie ", pointe l'ARMB.

En tout état de cause, l'orthoptiste-optométriste parlera de son " patient " plutôt que de son " client ". Toutefois, s'il découvre une pathologie, il ne peut pas poser un diagnostic et doit renvoyer vers l'ophtalmologiste. Les orthoptistes-optométristes travaillant en hôpital peuvent évoluer et travailler dans une boutique commerciale. Mais intrinsèquement, ils sont en concurrence avec les actuels infirmiers en ophtalmologie. Enfin, au cabinet de l'ophtalmologiste, l'orthoptiste-optométriste n'a pas la formation suffisante pour être opérationnel pour sous-traiter par exemple le strabisme ou la neuro-ophtalmologie.

Tronc commun

En conclusion, aucune des deux parties n'est réellement satisfaite de l'arrêté de 2019. La plupart des optométristes n'ont pas d'intérêt réel pour l'" orthoptie " et la formation actuelle d'orthoptiste-optométriste ne couvre pas la charge la nouvelle profession éponyme. Assimiler les deux professions est une erreur. Pour autant, les optométristes ne veulent pas l'abandon de l'arrêté de 2019 pour un nouvel arrêté, de peur de perdre leur statut paramédical.

"La peur étant mauvaise conseillère", l'Académie royale de médecine croit toutefois qu'on pourrait arriver à une formation avec un tronc commun plus une certification de formation spécifique en tant qu'orthoptiste, spécialiste low vision, etc., qui garantisse la sécurité du patient et soulage néanmoins la charge des ophtalmologistes trop peu nombreux.

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