Et les nominés néerlandophones sont...

Après vous avoir proposé les médecins francophones nominés dans cinq éditions successives, nous vous présentons maintenant les médecins nominés néerlandophones dans cinq éditions : Luc Colemont, Marc Moens, Chantal Mathieu, Geert Verleden et Geert Dom.

De super spécialiste à médecin de prévention
Lorsque fin 2015, Luc Colemont annonça sa décision de mettre un terme à sa carrière de spécialiste au Sint-Vincentiusziekenhuis à Anvers, et de désormais sillonner les routes pour lutter contre le cancer colorectal grâce à ses discours, certains se sont montrés sceptiques. Un peu moins de quatre ans plus tard, le Dr Luc Colemont est nominé par ses collègues à la prestigieuse distinction du Specialist van het jaar (l'équivalent du Prix du Spécialiste de l'année organisé par le Artsenkrant) et s'il y a bien un thème qui est mis en avant à tous les échelons des soins de santé comme remède pour l'avenir, c'est bien la prévention !
Aujourd'hui, les gens ne parlent plus que de médecine préventive comme solution à un tas de problèmes. En ce sens, on pourrait dire qu'avec les conférences que vous donnez et les actions que vous entreprenez, vous faites toujours de la médecine...
" Tout à fait ! ", s'exclame le Dr Colemont. " Tandis qu'auparavant, je traitais des patients atteints d'un cancer colorectal, j'essaie aujourd'hui d'empêcher que les gens attrapent ce cancer. Après le cancer du poumon, il s'agit du cancer numéro deux en termes de décès, hommes et femmes confondus, dans notre pays ! Oui, oui, le cancer colorectal touche un sur vingt de vos lecteurs. Dans un état providence, c'est totalement inacceptable parce que la maladie peut être dépistée de manière très simple, à un stade précoce. Je crois que nous pouvons être fiers du niveau de la recherche scientifique en Belgique. Mais c'est en même temps incroyable qu'un test de selles aussi simple ne soit pas encore partout entré dans les moeurs. Peut-être est-ce trop simple et pas assez 'high tech'. "
Storytelling
Luc Colemont a le don du verbe et la force de conviction. Depuis le 1er janvier 2016, il a donné pas moins de 475 conférences sur le sujet en Belgique et à l'étranger en néerlandais, en français, en anglais et... en italien. Ce que nous aimerions toutefois savoir, c'est comment un médecin qui a donné des exposés scientifiques pendant des années, peut passer aussi facilement à un discours plus populaire pour le grand public.
" C'est une bonne question. Et je dois encore entretenir les gens pendant une heure environ sur le cancer colorectal. Le mieux est de commencer par faire rire votre public, avant même de lui montrer des dias. En tant que spécialiste, j'essayais aussi toujours avec mes patients de briser la glace en échangeant quelques mots. Je connaissais la profession et les hobbys de tous mes patients. Quelqu'un m'a même appelé un jour 'Dr Calmant' (rires). "
" Lorsque je donne une conférence, c'est en fait une forme d' 'infotainment'. Je commence par détacher ma cravate, puis, je l'enlève. Le reste est surtout de l'improvisation. La clé est le storytelling : cela doit être une histoire que l'on raconte. Ce qui n'empêche pas qu'il s'agisse d'un sujet extrêmement sérieux. Les images sont aussi importantes. Je pense de façon imagée. Lorsque je dis que depuis le début de cette année, il y a eu dans notre pays 2.394 morts par cancer colorectal et 6.118 nouveaux cas (au 24 septembre NDLR), je montre un faire-part de décès. Chaque jour, j'adapte mes dias. Une conférence n'est jamais deux fois la même. Le plus difficile est quand vous avez la chance de pouvoir aller porter votre message devant la Commission européenne et que vous n'avez pour ce faire que... cinq minutes de temps de parole. "

Médias sociaux
Les médias sociaux sont peut-être encore plus importants que les conférences pour avoir de l'impact sur la société. Dans ce domaine, Luc Colemont se distingue au quotidien, ce qui est particulièrement étonnant pour quelqu'un qui est né en 1957 ( rires).
" Honnêtement, je n'y connaissais pas grand-chose. Je m'y suis mis grâce à trois jeunes étudiants qui avaient à peine 17 ans, qui ont, en quelques jours, conçu le site internet de mon asbl Stop Darmkanker. Grâce à eux, j'ai compris l'importance des médias sociaux. Notre page Facebook a - voyons sur mon smartphone - 123.571 followers. Il ne se passe pas un jour sans que je tweete un message. C'est d'ailleurs via Twitter que je suis entré en contact avec Marc Coucke. "
Luc Colemont est reconnaissant envers deux personnes qui sont à la base de sa reconversion professionnelle : son épouse qui lui a clairement fait savoir qu'il travaillait trop et qu'il devait faire des choix, et Marc Coucke, qui a facilité son choix en faisant un don généreux à l'asbl Stop Darmkanker, " ce qui lui a donné l'opportunité de quitter l'hôpital ".
Un pas vers la politique ?
" Si je suis devenu un autre homme par cette reconversion ? " (hésitant) " Je n'ai plus le stress et les responsabilités de l'hôpital où l'organisation a été rudement mise à l'épreuve par les péripéties des fusions, où l'on voyait tomber des gens en raison du burnout... J'ai maintenant un autre type de stress où profession, mission, vocation et passion constituent un équilibre. Les Japonais appellent cela Ikigai, votre raison d'exister. Si vous le trouvez et si vous en faites le moteur de votre vie, une longue et heureuse vie vous attend. "
Vous vous occupez maintenant de prévention, dans le sens où vous tentez de convaincre les gens, des organisations et 'les politiques'. Vous feriez aussi le pas vers la politique ? " Lors des dernières élections, un parti m'a proposé une place de choix pour le Parlement européen. Je les ai remerciés chaleureusement. Il est vrai que ces dernières années, je me sens davantage politicien, mais à cette différence que je n'ai qu'un seul point à mon agenda : Stop darmkanker ! Notre problème, le cancer colorectal, est un problème commun à tous les partis. Le temps des 'white papers' et des 'tables rondes' est derrière moi. Nous avons besoin d'actions. De temps en temps, il faut pouvoir prendre des initiatives. Je ne pense pas que la politique soit quelquechose pour moi. Nous sommes notre propre parti ! "
