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Le sucre, ennemi du cancer ?

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NUTRITION Le 26 octobre dernier, le groupe Epicura a organisé 'Les jours épicuriens', une journée dédiée à la nutrition et au cancer, destinée aux professionnels mais aussi et surtout aux patients. Le Pr Nicolas Charette (CHU Charleroi) est venu y tordre le cou aux notions erronées relatives au sucre.

14 novembre 2019

"Le sucre cause-t-il le cancer ? " La réponse n'est pas simple, oui et non, nuance le Pr Nicolas Charette, gastro-oncologue au CHU Charleroi. " Il y a un lien indirect : la consommation de sucre raffiné est associée à l'obésité qui est un facteur de risque pour la plupart des cancers. Aux États-Unis, l'obésité est aujourd'hui considérée comme le premier facteur de risque évitable de cancer, devant l'alcool et le tabac. Ensuite, une fois que le cancer est là, il n'y a aucun intérêt à éviter le sucre."

Pr Nicolas Charette: "La consommation de sucre raffiné est associée à l'obésité qui est un facteur de risque pour la plupart des cancers.

À l'appui de sa démonstration, le gastro-entérologue rappelle que les cellules cancéreuses semblent utiliser principalement la glycolyse anaérobie, soit l'effet Warburg. " Le Prix Nobel Otto Warburg s'est basé sur l'observation de cellules cancéreuses en culture, et les causes et conséquences de cet effet sont très largement incomprises. On en a quand même tiré du positif, le petscan étant basé sur l'avidité des cellules cancéreuses pour le sucre. Cependant, met-il en garde, à côté, il y a du moins bon: tous les messages d'autorités morales telles que les Drs David Kahyat, David Servan-Schreiber... qui prônent de manger un régime pauvre en sucre. Les 'anti-sucres' se basent largement sur des études faites chez l'animal ou in vitro, en ignorant celles qui ne les arrangent pas."

Régime inutile

" Cela fait près d'un siècle qu'on connaît l'effet Warburg et, depuis, aucune étude chez l'être humain n'a pu démontrer l'efficacité et l'innocuité d'un régime pauvre en glucides. Le cancer aime le sucre, mais il n'est pas le seul, le cerveau aussi en a besoin!"

De plus, un régime équilibré pauvre en glucides s'accompagnera d'une réduction des apports alimentaires et d'une réduction du poids, facteur de mauvais pronostic1.

Dans ce contexte, que penser du jeûne ? Lorsqu'il est très long (plus de trois-quatre jours), le corps s'adapte en faisant appel à la cétogenèse. " Malheureusement ", précise-t-il, " quand il y a un syndrome inflammatoire, l'adaptation normale au jeûne prolongé ne se fait pas : c'est pourquoi, si on jeune longtemps quand on a un cancer, on ne va pas produire de corps cétoniques, on va continuer à puiser dans les muscles. En jeûnant, on aide probablement la tumeur en lui permettant de mobiliser des lipides et des acides aminés qui lui sont indispensables, notamment de la glutamine, dont elle est très avide. Même si le régime cétogène fonctionnait et était supportable, il n'est donc pas certain qu'il ne soit pas bénéfique à la tumeur. 2 "

Et que penser du jeûne avant une chimiothérapie ? Le rendrait-elle plus efficace? " Non", répond le Pr Charette. " Cela dépend du type de tumeur et de la chimiothérapie, ensuite cela peut être délétère parce que si vous mangez moins, vous risquez de perdre du poids et on sait que chez les patients sous chimiothérapie un des gros enjeux c'est de conserver son poids. Ensuite, sur les modèles animaux de cancer induit par des toxiques, si on leur impose un jeûne avant d'administrer les toxiques, ils font plus de cancers. C'est très inquiétant parce qu'il y a un effet secondaire rare de certains types de chimiothérapie qui est l'induction de cancer secondaire. Si vous jeûnez avant de recevoir cette thérapie-là, vous augmentez potentiellement le risque (jusqu'à x20). Par conséquent, si on implémente cela largement maintenant, on risque d'avoir des catastrophes plus tard."

Pas si mauvais

Une étude récente sur un modèle de cancer de la peau chez la souris3 vient de jeter un pavé dans la mare. " Cette étude est hyper-intéressante parce qu'elle démontre que le glucose n'est probablement pas aussi important pour les cellules cancéreuses qu'on a pu le croire, s'enthousiasme l'oncologue. Les chercheurs ont supprimé l'activité d'une enzyme, la Ldh (lactate déshydrogénase), essentielle à la glycolyse, comme si on donnait un médicament empêchant l'utilisation du sucre uniquement dans les cellules tumorales. Ceci pour voir ce qui se passe dans une cellule cancéreuse dans un organisme vivant quand elle n'a plus accès au glucose."

Résultat ? Que les souris puissent utiliser le sucre ou pas, elles développent le même nombre de tumeurs, de même taille et au même moment. " Donc, quand on empêche l'utilisation du glucose dans les cellules tumorales, il ne se passe rien. Les chercheurs ont observé que l'activité des enzymes responsables du métabolisme de la glutamine augmente et que quand on trace la glutamine, on voit qu'elle est beaucoup plus captée par les tumeurs que par les cellules qui peuvent utiliser le glucose. "

Conclusion? " Empêcher la cellule cancéreuse d'utiliser le glucose ne marche pas parce qu'elle utilise alors la glutamine à la place et que cela a exactement le même effet sur elle", commente le spécialiste.

Préférez...

" Il y a un faisceau d'arguments qui tend à montrer que l'exercice physique est bénéfique quand on a un cancer. Notamment en matière de cancer du sein, faire de l'exercice est quasiment aussi efficace qu'une chimio adjuvante. Là, il y a une piste : si vous voulez priver votre tumeur de sucre, mangez-en et faites de l'exercice ! " Recommande le gastro-entérologue.

Le message final du Pr Nicolas Charette est on ne peut plus simple: ne faites pas de régime restrictif et suivez plutôt les conseils du Réseau français NACRe (National Alimentation Cancer Recherche) (inra.fr/nacre)

Coordination: michele.langendries@roularta.be

epicura.be

1. Hiesmayr M & al, Clin Nutrition 2008

2. Bonuccelli G & al, Cell cycle 2010

3. Flores A & al, Nature Communications 2019

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