Une "affaire" de famille

CINÉMA "À couteaux tirés" (Knives out en anglais) de Rian Johnson est un huis-clos palpitant basé sur le jeu de Cluedo, aux allures de petits meurtre entre nantis...
Un manoir néogothique dans la brume d'un matin d'hiver : deux molosses se coursent. Dans une ambiance de bibelots de fortune, le corps du vieil écrivain américain Harlan Thrombey est retrouvé sans vie dans son studio par sa bonne. Le propriétaire des lieux, qui a célébré la veille son 85e anniversaire entouré de toute sa famille et de sa jeune et dévouée infirmière uruguayenne Martha, s'est apparemment suicidé et égorgé.
Les deux agents chargés de ce qui semble être un contrôle de routine quant aux faits et gestes des personnes présentes - à savoir les enfants, leurs conjoints ou veuves, petits enfants du défunt - voient débarquer en arrièreplan la figure de Benoît Blanc (hommage à Maurice Leblanc ? ), détective vedette mandaté par un anonyme pour enquêter sur une possible... affaire de meurtre.
Très vite, il apparaît que chacune des personnes présentes au moment du drame, possède un mobile suffisant pour souhaiter la mort du vieil homme (Christopher Plummer impeccable), auteur de romans de détectives mondialement célébré... et donc fortuné.
Huis clos ou presque à la mécanique précise et implacable, Knives out est une sorte de Dix petits nègres ou plutôt de Cluedo rythmé et aux rebondissements en cascade digne de L'assassin habite au 21 de Stanislas-André Steeman (dont s'inspirait directement Quai des Orfèvres d'Henri-Georges Clouzot), lequel se révélait plus crédible dans ses intrigues que cette chère Agatha.

Une galerie de portraits bien typés et campés par des acteurs de renom (dont Don Johnson et Jamie Lee Curtis forment un duo assez méprisable... et donc formidable) qui ne s'en tient pas à la simple intrigue policière. Sous cet aspect simplement judiciaire, l'histoire met à jour l'hypocrisie américaine (Martha fait soi-disant partie de la famille), l'argent en jeu révélant les personnalités, la morgue (pas celle de l'hôpital) des nantis, leur auto-justification quant à leur fortune de self-made man ou woman qui n'ont fait au final que de profiter de la générosité de leur géniteur, et le racisme social et ethnique face aux enfants de migrants ou de pauvres, voire les deux. On ne s'y " Trump " pas !
Un film réjouissant et tonique aux rebondissements multiples savamment distillé par Rian Johnson qui a réalisé l'excellent dernier épisode en date de Star Wars, notamment grâce à l'interprétation de Daniel Craig. Notre James Bond s'est transformé en une sorte d'Hercule Poirot du Sud profond, arborant à la fois des allures de Churchill au cigare, de bourru à la Maigret et qui adapte pour l'occasion un timbre de baryton genre Iggy Pop, et trempe sa voix dans le bourbon.
Même s'il en fait des tonnes, l'acteur anglais se montre très à son... "affaire".