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Pénurie : la Wallonie entend bien innover

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La Wallonie manque de médecins généralistes. Singulièrement en zones rurales, mais pas uniquement. Pour pallier ce problème, la Wallonie, à l'instar de Bruxelles, mise sur les trois volets d'aides que compose Impulseo. Des aides qui s'avèrent insuffisantes. La région mise donc sur d'autres moyens pour attirer - et surtout garder - les médecins généralistes dans les zones sensibles.

Laurent Zanella - 21 novembre 2019

Impulseo a des effets positifs. Nonobstant, l'aide n'est pas suffisante. Un constat partagé par la députée Rachel Sobry (MR) en Commission wallonne de la santé. " Certaines zones rurales manquent encore cruellement de médecins généralistes. Nous constatons donc que ce qui a déjà été mis en oeuvre n'est malheureusement pas suffisant pour combler la pénurie de médecins dans certaines zones. On constate aussi que les demandes des aides Impulseo sont en augmentation. Ainsi, à Bruxelles, par exemple, il s'avère que le budget ne permettra pas de satisfaire toutes les demandes d'aide formulées (voir encadré) . "

La voie de la DPR

L'installation de médecins généralistes dans les zones rurales fait partie d'un projet global du gouvernement wallon décliné en plusieurs objectifs dans la Déclaration de politique régionale (DPR). C'est donc à travers une approche transversale que la Wallonie entend combattre le fléau de la pénurie. Cela passera, entre autres, par l'amélioration de l'accès aux soins, la garantie du choix du patient, le développement des pratiques multidisciplinaires de première ligne et l'installation de maisons médicales (par l'entremise des associations de santé intégrée, ASI).

À côté de ces grands projets, le gouvernement s'est également engagé à améliorer les dispositifs d'attractivité pour l'installation en zones de pénurie de métiers de première ligne, dont font bien entendu partie les médecins généralistes. " Dans cette perspective, une évaluation du nouveau dispositif Impulseo sera réalisée et, le cas échéant, les aides seront adaptées ", annonce Christie Morreale (PS), ministre wallonne de la Santé. Mais le processus s'avère complexe, notamment parce que la période de validité des listes de communes en pénurie est établie sur des bases qui se chevauchent dans le temps, et que les médecins peuvent demander leur prime pendant les cinq années qui suivent leur installation. " Il faudrait donc un recul d'au moins cinq ans pour avoir une idée pertinente de l'évolution du dispositif depuis son application des nouveaux critères définis par la Région. "

Penser au fonds européen

Mais, on l'a dit, Impulseo seul ne suffit pas. Pourquoi ? Parce qu'attirer un médecin dans une zone en pénurie, c'est bien. Mais le convaincre d'y rester, c'est mieux. Or, les derniers chiffres du cadastre montrent qu'il est difficile de remplacer un médecin cessant son activité (voir encadré).

" Il faut également tenir compte du vieillissement de la population des médecins, combiné au non-remplacement en suffisance des médecins qui prennent leur pension ou optent pour une réorientation professionnelle ", ajoute la ministre. " C'est pourquoi d'autres projets, qui ne sont pas clairement dédiés à faciliter l'implantation de médecins en zone de pénurie, répondent toutefois à une demande des praticiens pour éviter le surmenage et des cessations d'activité précoces, ce qui serait un facteur aggravant de pénurie. "

Christie Morreale évoque deux pistes d'actions : les nouvelles ASI ainsi que l'accès, pour ces opérateurs, au Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader). " En 2019, quatre nouvelles structures ont reçu l'agrément d'ASI, portant à 82 le total de ces opérateurs. De plus, 19 ASI ont été sélectionnées pour recevoir une intervention Feader afin de réaliser leur projet d'investissement en infrastructure et en équipement. "

Collaboration et assises

Dernière piste d'action envisagée : la collaboration infirmier-médecin. Le cabinet de la ministre analyse actuellement le rapport du projet Coming (voir jdM n°2591), rapport qui répertorie les éléments nécessaires à l'implémentation d'un dispositif soutenant la collaboration entre médecins généralistes et infirmiers.

" En tout état de cause, les aides à l'installation ainsi que les autres leviers pour les professions de santé en pénurie seront discutés avec le secteur lors des Assises de la première ligne que je compte mettre en place au premier trimestre 2020 ", conclut Christie Morreale.

Les derniers chiffres du cadastre

Le cadastre wallon est actualisé chaque année depuis 2016 en mettant à jour la liste des médecins actifs par commune. Selon les derniers chiffres distillés par la ministre en Commission wallonne de la santé, il y avait, au 31 décembre 2018, 3.507 médecins généralistes actifs en Wallonie, contre 3.460 en 2017 et 3.467 en 2016.

Au niveau des communes, la pénurie poursuit sa lente mais constante progression. Pour l'année 2018, 149 communes wallonnes sont en pénurie, dont 53 en pénurie sévère. " Parmi ces 149 communes, 134 sont en pénurie depuis 2016, trois le sont depuis 2017 et 12 le sont depuis 2018 ", détaille la ministre. " Parmi les 53 communes en pénurie grave, 43 le sont depuis 2016, cinq depuis 2017 et cinq le sont devenues en 2018. "

C'est le détail qui est intéressant. Concernant les 12 nouvelles communes en pénurie, deux communes sont touchées par la baisse de densité et l'augmentation de la population sans installation de nouveaux médecins et pour les dix communes restantes, on constate que 17 médecins ont cessé d'y exercer sans qu'ils soient suffisamment remplacés.

Les causes de cessations d'activités chez ces médecins sont :

le départ à la pension pour huit médecins ;

un décès ;

un arrêt maladie de longue durée ;

une réorientation de carrière professionnelle pour deux d'entre eux ;

un déménagement pour cinq d'entre eux.

Assez de fonds pour Impulseo ?

Début septembre, Bruxelles constatait à ses dépens le succès d'Impulseo. Un succès qui contraignait Alain Maron, ministre bruxellois de la Santé (Écolo), à demander une rallonge d'un million d'euros à la Cocom (Commission communautaire commune) pour répondre aux attentes des médecins. Un scenario envisageable en Wallonie ? C'est la question qu'a posée Rachel Sobry lors de la dernière Commission santé wallonne.

" Malgré le succès grandissant de la mesure, le Gouvernement a établi un budget permettant de rencontrer toutes les demandes d'intervention qui émaneraient des médecins généralistes ", rassure Christie Morreale. " Nous ne sommes pas dans la même situation que la Région de Bruxelles-Capitale. "

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