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La thérapie cellulaire, du pipeau ?

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CELLULES SOUCHES Si les résultats se vérifient chez les êtres humains, la nouvelle pourrait provoquer un véritable tsunami. Des chercheurs ont découvert que le réparation cellulaire liée à la transplantation de cellules souches chez les souris n'avait que peu à voir avec les cellules souches elles-mêmes.

12 décembre 2019

La thérapie cellulaire permet de soigner quelque peu le muscle cardiaque endommagé des animaux de laboratoire, en tout cas à court terme. Chez l'homme, son effet est limité. On a pensé un temps que les cellules souches se différenciaient en cardiomyocytes. Il n'en est peut-être rien. Il y un an environ, l'équipe du chercheur américain Jeffery Molkentin a effet publié des résultats montrant que des cellules souches injectées dans le coeur de souris contribuaient peu à la reconstruction de la population de cardiomyocytes. S'agissant de techniques expérimentales, il incombe de faire preuve de prudence quant à l'interprétation de ces résultats.

L'effet du zymosane était comparable à celui des cellules souches... et durait même un peu plus longtemps.

Les cellules mortes également utiles

Les Américains n'en sont par restés là. Pour asseoir leur découverte, ils ont ensuite publié une nouvelle étude sur des souris dans la revue Nature. Celle-ci indique que ce ne sont pas les cellules souches elles-mêmes qui permettent la reconstruction d'un myocarde expérimentalement abîmé, mais bien la réponse immunitaire à l'injection. Deux types de cellules souches ont ici été testées. Des monocytes d'une part, provenant de la moelle osseuse (la technique la plus fréquemment utilisée dans les études cliniques sur la thérapie cellulaire) et des cellules mésenchymateuses, d'autre part. Ces deux catégories de cellules ont été injectées dans des souris chez qui l'hypoxie du muscle cardiaque avait été provoquée pour simuler une infarctus. Les dites souris allaient beaucoup mieux avec le vrai traitement qu'avec le placebo.

Toutefois, les chercheurs n'ont décelé aucun nouveau cardiomyocyte dans le tissu cardiaque. À l'inverse, les macrophages se répandaient dans le tissu du myocarde. Molkentin et son équipe ont ensuite analysé les avancées potentielles d'une injection de zymosane dans le muscle cardiaque, au lieu de cellules souches. Le zymosane est un extrait de cellules de levure utilisé depuis des décennies dans le recherche fondamentale pour induire une inflammation. Dans cette nouvelle étude, le zymosane a donné des résultats ahurissants. Son effet était comparable à celui des cellules souches... et durait même un peu plus longtemps ! Preuve supplémentaire : même l'injection de cellules mortes améliorait la fonction cardiaque. Enfin, chez certaines souris au fonctionnement macrophagique affaibli, ni les cellules souches, ni le zymosane n'avait eu d'effet.

La mort d'un business

" Nos résultats montrent qu'il n'est plus nécessaire d'injecter des cellules vivantes", claironne Jeffery Molkentin dans une interview publiée dans la revue Nature. L'intéressé estime en outre que ces résultats pourraient même s'appliquer à d'autres organes. S'il devait en être ainsi (et que cela se confirme par d'autres preuves cliniques), le business juteux des cellules souches (on parle de milliards d'euros) pourrait s'effondrer comme un château de cartes. Aujourd'hui déjà, des cliniques proposent, dans certains pays, un traitement cellulaire aux maladies cardiaques, sans résultats probants.

Début septembre, la presse annonçait que l'ex-champion du monde de Formule 1, Michael Schumacher, avait été admis à l'hôpital Georges Pompidou de Paris pour traiter son insuffisance cardiaque par thérapie cellulaire. Son cas était entre les mains du chirurgien cardiaque Philippe Ménasché, pionnier de la thérapie cellulaire. Suite à un accident de ski en 2013, et bien que ces proches soient restés discrets sur la question, il semblerait que Michael Schumacher souffre de graves séquelles cérébrales. Le manque d'exercice physique aurait aussi affaibli son coeur. Le Dr Ménasché avait déjà traité d'autres patients avec la même technique dans le cadre d'une étude interrompue depuis lors. L'efficacité de la méthode n'est donc pas démontrée.

Nature - doi : 10.1038/d41586-019-03645-7.

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