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La chimiothérapie pendant la grossesse endommage-t-elle l'ADN du foetus ?

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RECHERCHE La Fondation contre le Cancer nous a invités à visiter le laboratoire où se déroule l'un des projets qu'elle finance en exclusivité. À l'UZ Leuven, nous avons visité le labo où le Pr Frédéric Amant et son équipe étudient les effets d'une chimiothérapie administrée pendant la grossesse sur le matériel génétique de l'enfant à naître.

18 décembre 2019

Chaque année en Flandre, un cancer est diagnostiqué chez une soixantaine de femmes enceintes1. Les cancers les plus fréquents chez les femmes enceintes sont le cancer du sein, suivi du lymphome et du cancer du col utérin.

Une enquête européenne montre qu'un nombre considérable de médecins hésitent à entamer un traitement anticancéreux pendant la grossesse. L'interruption de grossesse reste souvent l'option choisie, ainsi que le report du traitement anticancéreux ou un accouchement prématuré iatrogène2.

L'équipe du Pr Amant mène des études sur la grossesse et le cancer depuis 2005. Elle a entre-temps conduit des études novatrices qui montrent qu'un traitement anticancéreux est relativement sûr pour l'enfant à naître, à partir de 14 semaines de grossesse. En septembre 2019, l'équipe a démarré une étude qui examine si la chimiothérapie administrée aux femmes enceintes endommage l'ADN des bébés.

Relativement sûre à court terme

Précédemment, l'équipe avait examiné l'effet à court terme d'un traitement anticancéreux administré pendant la grossesse sur le développement de l'enfant3. Un suivi effectué à 18 et/ou 36 mois auprès d'un groupe témoin a montré que le développement neurocognitif et cardiaque ne se distinguait pas de celui des nourrissons issus d'une grossesse normale, quel que soit le nombre de cycles de chimiothérapie reçus par la mère. Cependant, le risque de naissance prématurée était plus élevé, avec un risque accru de retard de croissance. Un suivi à long terme est actuellement en cours : des enfants âgés de 6 ans et plus sont également suivis tous les 3 ans (jusqu'à l'âge de 18 ans inclus) en vue d'examiner leur état de santé général, leur croissance, leur comportement, leur audition, la neurocognition et leur fonction cardiaque.

Pr Frédéric Amant
Pr Frédéric Amant© UZ Leuven

" Nous avons testé 21 types de chimiothérapie, mais les résultats doivent être interprétés avec prudence, car seul un petit groupe d'étude était disponible pour certains types de chimiothérapie. Cependant, la majorité de la population totale de l'étude était atteinte d'un cancer du sein ; dès lors, nous pouvons dire que la chimiothérapie administrée pour ce cancer précis est inoffensive pour le foetus ", a souligné le Pr Amant.

Les modèles animaux et le modèle de perfusion placentaire ex vivo montrent également que le placenta protège le foetus contre la plupart des agents chimiothérapeutiques4-7. Il semblerait cependant que les dérivés du platine soient associés à un transfert transplacentaire élevé.

Étude actuelle

La grande question qui se pose actuellement est de savoir si la chimiothérapie peut causer des dommages au niveau génétique et si d'éventuelles anomalies pourraient ne se manifester qu'à long terme (e.a. sous la forme d'infertilité, de fausses couches, de troubles du développement et de cancer). C'est le sujet d'étude de l'équipe du Pr Amant.

Les chercheurs analysent les cellules du sang de cordon et le placenta des femmes enceintes cancéreuses qui soit reçoivent une chimiothérapie, soit n'en reçoivent pas, ainsi que des femmes enceintes non malades. Ils prélèvent également des cellules chez les nouveau-nés (écouvillon des joues) et examinent leurs selles afin de déceler la présence de traces de chimiothérapie. Concernant la population d'étude, ils ciblent des femmes enceintes ayant reçu au moins 3 cycles de chimiothérapie.

Les cellules sont examinées individuellement dans le but de déceler des anomalies génétiques, au moyen du séquençage unicellulaire, une méthode de type Next Generation Sequencing. Afin d'exclure d'autres causes d'anomalies génétiques éventuelles, ils examinent également l'ADN des parents. 2.000 cellules sont analysées pour chaque personne. Si des anomalies sont repérées, l'équipe procédera à des tests supplémentaires avec une technique légèrement moins coûteuse (en fonction de l'anomalie).

Des facteurs tels que le sexe, le moment de la naissance et le niveau d'instruction des parents sont également pris en compte. L'objectif : le suivi à long terme des enfants pour ce qui concerne la mémoire, l'attention et le comportement, l'intelligence, ainsi que l'audition et la fonction cardiaque (jusqu'à l'âge de 18 ans inclus)

Par ailleurs, les combinaisons de chimiothérapie administrées sont consignées, afin de pouvoir réaliser des associations entre certaines chimiothérapies et d'éventuelles anomalies. " Étant donné que nous ne savons pas très bien ce que nous allons trouver, et que les tests sont très coûteux, nous commençons avec une population de 10 bébés, à laquelle il faut ajouter les deux autres bras. En principe, ce nombre progressera, mais une population de 10 enfants peut déjà s'avérer instructive : en effet, nous allons examiner les cellules au niveau le plus profond, et caractériser le gène entier. Nous pourrons donc observer les changements les plus minimes. "

Ces résultats auront bien évidemment un impact clinique majeur. " Si aucun dommage à l'ADN n'est constaté, ni dans le placenta, ni dans le sang foetal, et si les enfants se portent bien à long terme, nous aurons des preuves assez concluantes qu'un traitement anticancéreux peut être administré pendant la grossesse ", a déclaré le Pr Amant.

Références :

1. Kankerenzwangerschap.be

2. Han SN et al. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol 2013 ; 167 : 18-23

3. Amant F et al. N Engl J Med 2015 ; 373 : 1824-1834

4. Van Calsteren K et al. Reprod Sci 2011 ; 18 : 57-63

5. Van Calsteren K et al. Neurotoxicology 2009 ; 30 : 647-657

6. Van Calsteren K et al. Gynecol Oncol 2010 ; 119 : 594-600

7. Van Calsteren K et al. Acta Obstet Gynecol Scand 2010 ; 89 : 1338-1345

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