Littératie en santé : vers un plan d'action

Le niveau de littératie en santé, soit la capacité d'une personne à comprendre les informations relatives à sa santé et d'en tirer les enseignements pour améliorer sa santé, semble problématique, selon le KCE (Centre fédéral d'expertise des soins de santé) qui a mené des comparaisons internationales. Ce " niveau de littératie " poserait problème pour 30 à 45% de la population belge. D'où la nécessité de poser les premiers pas d'un véritable plan d'action belge d'amélioration de cette littératie.
Le terme " littératie en santé " a fait son apparition dans la presse à la fin du 20e siècle et est aujourd'hui bien connu des médecins mais pas forcément de la population. Il définit " la capacité d'une personne à comprendre et à assimiler les informations relatives à la santé, de manière à pouvoir ensuite poser des choix appropriés pour maintenir ou améliorer sa santé et sa qualité de vie ".
Dans le contexte de " l'empowerment " des patients et de l'auto-prise en charge de la maladie, notamment chronique, par le patient lui-même, cette littératie est fondamentale. Dans le cas contraire, on parle même d' " analphabétisme en santé ". Il peut provoquer un moindre recours à la prévention, une qualité de vie moindre et une espérance de vie plus courte également.
" Analphabètes sanitaires "
Les " analphabètes " sanitaires ont en effet plus de mal que les autres à entrer en contact avec les professionnels de soins ou à les comprendre. Ils ont plus de mal aussi à respecter les traitements qui leur sont donnés.
Selon le KCE, ces personnes seraient entre 35 et 40% de la population, légèrement au-dessus de la moyenne européenne. Le niveau d'éducation du citoyen-patient est lié au degré de littératie (lire encadré).
Or le concept a évolué. à la " simple " compréhension de l'information en santé, s'est ajoutée la compréhension de l'organisation du système des soins de santé et de l'information y afférente. " Un tournant s'est alors opéré dans les esprits ", explique le KCE, " la littératie en santé devenant une responsabilité partagée entre les individus et le système de santé dans lequel ils évoluent. "
Une étude portant sur six pays
La Belgique n'ayant pas de plan d'action national mais plutôt une série d'initiatives éparses, le KCE a été chargé d'évaluer la situation dans six pays étrangers plus avancés que nous en la matière. " Dans quatre d'entre eux (Australie, Autriche, Portugal, Écosse), des plans d'action spécifiques ont été mis en place par les gouvernements. Dans les deux autres (Pays-Bas, Irlande), il n'y a pas de plans d'action à proprement parler, mais une activité intense émanant de la société civile (secteur associatif). "
Ces plans contiennent trois niveaux d'action repérés par le KCE :
1) L'interaction individuelle entre le citoyen/patient et les professionnels de santé. Ce niveau vise " trivialement " à fournir des infos santé de qualité pour permettre au citoyen-patient de s'engager à prévenir les maladies éventuelles et gérer lui-même sa santé. Le KCE estime à ce niveau qu'il faut préalablement combler la " fracture numérique " des citoyens-patients et pratiquer à leur égard, un " principe de précaution " sanitaire partant du principe que les problèmes de communication et de compréhension sont réels.
2) Le niveau intermédiaire. Il concerne les organisations sanitaires tels les hôpitaux et les mutualités dont on attend qu'ils créent une " culture en littératie ". Tout le personnel doit y être formé. La hiérarchie donne le " la ". " Il peut s'agir, par exemple, de faciliter l'emploi du système de rendez-vous, de revoir la signalisation d'orientation dans les hôpitaux, de repenser l'intelligibilité du matériel d'information distribué, etc. L'implication des associations de patients est une garantie supplémentaire que les mesures mises en place correspondront aux besoins des usagers. "
Dans le contexte de " l'empowerment " des patients et de l'auto-prise en charge de la maladie, notamment chronique, par le patient lui-même, cette littératie est fondamentale.
3) Les autorités politiques. On attend d'elles la mise en place d'un cadre général d'amélioration de la littératie en santé suivant le principe de l'OMS " Santé dans toutes les politiques " (Health in All Policies). A défaut d'une politique globale rendue difficilement praticable en Belgique suite aux réformes de l'État (la 6e notamment), le KCE préconise d'intégrer le concept dans les normes de qualité, les mécanismes de financement, ou encore l'accréditation des professionnels de santé. La conférence interministérielle Santé publique sera aux premières loges.
" Recenser les forces vives, évaluer les actions en cours et réfléchir ensemble à optimaliser les efforts à l'avenir ", telles sont les pistes proposées par le KCE.
Taux de littératie et niveau de santé
Parmi les personnes qui consultent plusieurs fois par mois leur médecin généraliste, seules 39 % ont un niveau suffisant de littératie en santé, tandis que parmi celles qui ne consultent qu'une fois par an (ou moins), ce pourcentage est de 63 %.
Parmi les personnes qui ont les scores les plus élevés de littératie en santé, seuls 20 % se disent sédentaires (aucune activité physique), tandis que parmi les personnes qui ont les scores les plus bas, plus de 75 % se déclarent sédentaires.
Parmi les personnes qui ont les scores les plus élevés de littératie en santé, plus de 80 % sont satisfaites de leur état de santé, tandis que parmi les personnes qui ont les scores les plus bas, seules 30 % considèrent que leur santé est bonne ou très bonne.
Quatre techniques pour communiquer avec les patients
" Health literacy universal precautions " : chaque interaction entre patient et soignant peut donner lieu à des difficultés de compréhension et à des malentendus. Par conséquent, ces " précautions universelles " consistent à communiquer systématiquement de façon à ce que tout le monde puisse (se) comprendre, et à confirmer ensuite que l'on s'est bien compris (cf Teach-back ci-après).
" Teach-back " : demander au patient d'énoncer dans ses propres mots les points clés de la discussion. Le cycle se poursuit jusqu'à ce que le prestataire de soins soit certain que les messages clés ont été transmis.
" Ask Me 3 " : le patient pose trois questions spécifiques au prestataire de soins afin de bien comprendre l'essentiel de son problème de santé et des solutions proposées. 1/ quel est mon principal problème ? 2/ que dois-je faire ? et 3/ pourquoi est-il important que je fasse cela ?
" Chunk & check " : couper le message en petits morceaux (chunks) et de vérifier (à l'aide de Teach back) chaque " morceau " avant de continuer.
Êtes-vous " literacy friendly " ?
Vous l'êtes si votre organisation :
- a un leadership qui considère la littératie en santé comme une part intégrante de sa mission, de sa structure et de son fonctionnement ;
- intègre la littératie en santé dans sa planification, ses évaluations, la sécurité des utilisateurs de ses services et son amélioration de la qualité ;
- prépare son personnel à devenir health literacy friendly et monitore les progrès accomplis ;
- inclut ses populations cibles dans la conception, la mise en oeuvre et l'évaluation de l'information et des services relatifs à la santé ;
- répond adéquatement aux différents niveaux de littératie en santé de son public, tout en évitant la stigmatisation ;
- conçoit et distribue de la documentation facile à comprendre et à utiliser, sous forme imprimée, audiovisuelle et de médias sociaux ;
- prête attention à la littératie en santé dans les situations à risque, notamment les transitions de soins, la communication au sujet des médicaments, etc ;
- communique clairement sur les services couverts par l'assurance-maladie et sur ceux qui devront être payés par les particuliers.