PremiumLe journal du médecin

Quatre ans, trois ministres, et toujours aucun résultat

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Mars 2016, une habitante de Cortil-Wodon s'inquiétait de la recrudescence de cancers et de pathologies neurologiques dans son quartier. Après une étude menée par l'Aviq jugée infructueuse, une équipe d'experts indépendants est mise sur pied. Mais l'enquête n'avance pas, faute d'autorisations manquantes et d'un mauvais suivi. Près de quatre ans plus tard, force est de constater l'échec de la Wallonie à répondre aux questionnements de la population locale, mais aussi des médecins.

30 janvier 2020

Cela fait bientôt quatre ans que le journal du Médecin suit cette affaire de près (voir rétroactes). Et le moins que l'on puisse écrire, c'est que l'affaire n'avance pas. Trois ministres wallons de la santé se sont succédé dans cette affaire : Maxime Prévot, Alda Greoli, et maintenant Christie Morreale. Aucun ne se révélera capable de fournir des résultats satisfaisants. " Ce dossier a connu, sinon des départs malheureux, en tout cas un suivi qui n'est pas du tout à la hauteur des espoirs qu'ont eu les riverains ", reconnaît l'actuelle ministre wallonne de la Santé, qui a donc du pain sur la planche.

Aveu d'impuissance

Si Christie Morreale estime que le dossier est " important ", elle regrette que l'autorisation manquante de la banque carrefour d'échanges de données ne lui est pas parvenue. " Ce qui nous étonne, ma collègue (Céline Tellier, ministre wallonne de l'Environnement, ndlr) et moi, c'est le temps que la mise en oeuvre qu'une telle étude peut prendre et les difficultés que les services ont à obtenir les informations. "

" Dans ce cadre, le fait d'avoir dessaisi l'Aviq du dossier n'était pas une bonne idée. Avoir voulu gérer ce dossier en dehors du cadre administratif existant non plus ", estime la ministre PS, critiquant au passage la gestion du dossier par ses prédécesseurs du CDH. " Aujourd'hui, ni mon cabinet ni celui de Céline Tellier ne dispose du protocole scientifique de réalisation de l'étude ni du contrat qui a été passé avec les experts désignés par le précédent gouvernement. Il nous est dès lors difficile de répondre aux questions sur l'engagement des experts et la durée de leur mission. Cette situation ne paraît admissible pour aucune des deux ministres, mais elle ne l'est pas non plus pour ceux qui attendent des réponses à leurs questions légitimes. "

Un fait étonnant pour Hélène Ryckmans, députée Écolo qui suit le dossier depuis le début. " Je tombe des nues, c'est incroyable ! Je pense pourtant me souvenir que les personnes avant vous avaient dit qu'elles laissaient leur dossier en tout bon état et que tout serait accessible. C'est une situation qui n'est pas imaginable en Wallonie ", fustige la députée. " Je ne vois pas comment vous allez faire si ce n'est faire un appel officiel aux personnes qui vous ont précédée pour que les pièces du dossier vous soient transmises. "

Un protocole d'ici fin mars ?

Si l'étude patine, elle n'est pas abandonnée pour autant. " Réaliser cette étude nous semble indispensable pour les riverains, mais aussi pour une question de crédibilité ", indique Christie Morreale. " C'est pourquoi nos équipes travaillent conjointement à la rédaction d'un protocole d'accord entre les différents acteurs publics qui travaillent de près ou de loin sur les impacts de pollution environnementale sur la santé dont les principaux sont la Cellule permanente environnement santé, l'Aviq et l'Institut scientifique de service public (Issep). Nous leur avons demandé d'aboutir à un protocole finalisé ce printemps, de sorte que nous aurons un arbre décisionnel précis sur qui fait quoi et éviter de la sorte des échanges stériles entre les services. "

Une fois la première ébauche de cet arbre décisionnel rédigé, la ministre s'est engagée à faire le point sur Fernelmont. Rendez-vous au début du printemps pour le prochain épisode d'une saga mouvementée

Et les médecins dans l'histoire ?

" Nous n'avons aucune nouvelle information ", nous indique le Dr Étienne Bolly, médecin généraliste à Fernelmont, qui suit également le dossier avec attention. " J'ai eu l'occasion d'en discuter avec Gilles Colemonts qui était l'autre porte-parole du groupe des médecins. Nous en sommes arrivés à la conclusion que nous avions fait notre travail de médecin après l'alerte lancée. Même si nous sommes déçus et inquiets par la façon dont ce dossier est traité, nous pensons que nous quitterions notre rôle de médecin en voulant intervenir dans les méandres politico-administratifs. "

" Au moins il semble que les politiques veulent mieux faire la prochaine fois ", se console le Dr Bolly. " Mais il reste beaucoup de questions quant à l'utilisation du registre du cancer, l'opposition entre la nécessaire protection de la vie privée et la mise en évidence d'un problème de santé publique, sans parler du manque d'efficacité des pouvoirs publics. "

D'autres sont plus critiques. " C'est déplorable effectivement...Le problème est de très grande envergure et le lobby bien installé, quand on voit les décisions européennes et des pays limitrophes (ou non)...Le courage est rare en politique ", estime le Dr Caroline Durieu, également généraliste à Fernelmont.

Rétroactes

En mars 2016, la commune de Fernelmont, interpellée par une habitante, a sollicité l'aide du Service public de Wallonie (SPW) dans le cadre de la suspicion d'un excès de cancers sur le territoire communal. Sans autre vérification des propos de la lanceuse d'alerte, une investigation a été menée par l'Agence pour une vie de qualité (Aviq) sur base des données sanitaires. Elle n'a pas mis en évidence d'excès statistiquement significatifs de cancers sur l'entité de Fernelmont, mais des interrogations subsistaient parmi la population et les médecins, tant sur les résultats que sur la méthode appliquée. Le ministre wallon de la Santé d'alors, Maxime Prévot, a donc décidé de mettre en place un comité d'experts indépendant chargé d'évaluer plus en profondeur la situation.

Néanmoins, les médecins restaient pour le moins dubitatifs quant à la méthodologie employée. En cause : l'étude se focalisait uniquement sur les cancers et non les pesticides, et la zone analysée se limitait à trois rues du quartier de Cortil-Wodon entre 2008 et 2016.

Depuis 2017, faute à des autorisations qui tardent à tomber, notamment du côté de la commission de la Vie privée et du registre du cancer l'étude patine.

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