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L'Asie circonspecte sur l'attitude de l'Europe

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L'Europe croise les doigts pour que l'épidémie s'épuise avant la frontière (lire page 10, ci-contre). En attendant, le Japon et Taïwan, proches voisins de la Chine, luttent pour contenir l'expansion du virus. Et s'étonnent de voir le peu de précautions prises sur le Vieux continent.

20 février 2020

Penchons-nous d'abord sur le cas du Japon, où depuis quelques jours, la propagation du virus a atteint une nouvelle phase, celle de l'épidémie nationale. Le Japon est le deuxième pays le plus touché derrière la Chine. La gestion de l'épidémie, surtout concernant le bateau de croisière Diamond Princess, est fortement critiquée.

Pas de panique

Malgré 66 cas recensés sur ses terres, le pays ne semble pas paniquer. " Les Japonais ne craignent pas le coronavirus pour l'instant ", explique Akira Maemura, journaliste chargé de suivre le coronavirus pour le Nihon Keizai Shinbun, l'un des plus grand média économique au monde. " Le pays était préparé à ce que des patients sans contact avec la Chine soient infectés en février. On s'attend d'ailleurs à voir poindre le pic de l'épidémie courant du mois. Cependant, grâce à l'expérience du Sras en 2003 et de la grippe A en 2009, le système de prise en charge des maladies infectieuses a grandement été amélioré, tout comme la sensibilisation du grand public. "

Cette sensibilisation a d'ailleurs des effets positifs inattendus. " Des données intéressantes montrent que cette année, l'épidémie de grippe est à son niveau le plus bas depuis dix ans. Les experts estiment que les mesures de prévention telles que le lavage des mains pour prévenir le coronavirus pourraient en être la cause. "

Taïwan relativement épargné

Taïwan compte 20 cas de coronavirus, dont un mort le week-end dernier. Pour éviter la propagation à l'intérieur du pays, il a été décidé de faire un tri pour répartir au mieux les ressources médicales qui ne sont pas extensibles. Les patients qui ont eu des contacts avec la Chine sont traités de manière prioritaires. Les autres patients présentant des symptômes inquiétants sont traités dans un second temps.

La différence entre la petite île et la Belgique est grande, mais est compréhensible estime le Dr Harry Tseng, ambassadeur de Taïwan auprès de l'Union européenne et de la Belgique. " Vous avez très peu de cas. Seulement un en Belgique. Mais le fait qu'il y ait toujours des vols allant et venant de Chine vers l'Europe, sans frein à l'immigration est un peu inquiétant. Personne n'est immunisé. Et trop peu de précautions sont prises. À Taïwan, la crainte est présente. Chaque jour apporte sa nouveauté. Nous devons être très prudents. Il y avait des interactions fréquentes entre nos deux pays. Il a donc été décidé d'interdire l'entrée à Taïwan pour les Chinois et les habitants de Hong Kong et Macao. Cela va impacter notre économie, mais il faut choisir : l'économie ou la santé publique. "

Critique des mesures chinoises

Taïwan comme le Japon critiquent la prise en charge de l'épidémie par les autorités chinoises. Au niveau des installations sanitaires notamment. " Ils parlent d'hôpitaux mis sur pied en deux semaines, voire en dix jours. Mais peut-on appeler ça des hôpitaux ? Le but n'est d'ailleurs pas de soigner, mais de mettre en quarantaine, de faire un tri. Dans ces hôpitaux, il n'y a même pas de rideaux pour séparer les lits. C'est un grand plateau où chacun peut contaminer son voisin ", commente le Dr Tseng. " Des patients gravement malades sont isolés dans des installations sans que des soins y soient prodigués. Nos experts estiment d'ailleurs que le nombre de décès va augmenter en Chine à cause de failles dans le système de santé ", ajoute Akira Maemura. " D'aucuns estiment par ailleurs que les problèmes de pollution en Chine aggravent l'état des patients qui contractent une pneumonie. "

Autre grand grief : la communication opaque de la Chine. Xi Jinping, président chinois, était par exemple au courant de l'épidémie naissante deux semaines avant de communiquer à ce sujet 1. " La Chine voulait cacher l'épidémie. Pourquoi ? Plusieurs hypothèses sont possibles ", répond l'ambassadeur taïwanais. " Certains faits laissent songeurs, comme la rapidité de la Chine à réagir aux injonctions de l'OMS, ou encore à séquencer le génome du coronavirus. Ce séquençage n'a pris que quelques jours. Comment ont-ils fait pour être si rapides ? Des recherches étaient-elles menées sur le virus bien avant que l'épidémie soit publique ? C'est une explication plausible. Autre explication plausible du report de l'annonce publique : l'accord commercial partiel entre la Chine et les États-Unis signé le 15 janvier à Washington. L'information d'un début d'épidémie aurait démoli les bases de négociations autour de cet accord. "

1. New Timeline of Events as Xi Says He Led Fight Against Virus Early On, page 8 du New York Times du 16 février 2020.

Taïwan, seul territoire impacté par le virus non invité par l'OMS

Taïwan, considéré comme territoire chinois par la Chine, a toutes les peines du monde à se faire reconnaître à l'international, d'aucuns craignant un retour de flamme de l'Empire du Milieu. Le pays est donc absent à l'OMS, qui a récemment tenu deux comités d'urgence sur le coronavirus. Taïwan était le seul pays, ou territoire, touché par le virus à ne pas prendre part à ces réunions. " À cause de cette absence, nous sommes forcés de travailler seuls sur notre système de santé ", explique Harry Tseng. " Il doit être auto-suffisant et ordonné. Il est vrai que sans l'OMS, le système de santé taïwanais est actuellement très efficient, mais quid si l'épidémie perdure ? De plus, le but n'est pas de regarder son nombril mais d'apporter notre expertise à d'autres. En 2003, Taïwan a recensé 73 victimes du Sras, soit un dixième des décès à l'échelle mondiale. Cela nous a apporté une certaine expérience. Si nous n'avons pas de transmission communautaire du coronavirus - on touche du bois - c'est parce que nous faisons du bon travail. Nous voulons partager cette expérience avec le reste de la communauté internationale. Car à la fin, cela nous bénéficie également. Nous sommes une petite île. Nous avons besoin du reste du monde. "

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