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L'ostéoporose du patient vivant avec le VIH n'est pas exclusivement liée à la perte en DMO

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Selon les résultats d'une méta-analyse très complète réalisée par une équipe d'investigateurs de l'hôpital universitaire de Aarhus au Danemark, le risque de fracture de fragilité lié à une ostéoporose est accru chez les patients vivant avec le VIH et traités. Un accroissement qui, selon les auteurs, ne peut être expliqué par le seul fait de la diminution de la densité minérale osseuse (DMO).

Jean-Luc Schouveller - 26 février 2020

Comprendre les liens entre ostéoporose et VIH

Grâce aux traitements antirétroviraux actuels, la plupart des personnes vivant avec le VIH bénéficient d'une espérance de vie identique (ou quasi) à celle de la population générale. Dès lors, une part de plus en plus importante des soins apportés à ces patients cible la prévention et le traitement des affections et troubles associés à l'âge dont l'ostéoporose et les fractures de fragilité qu'elle occasionne. Pour mieux comprendre les tenants et aboutissants de la santé osseuse des personnes vivant avec le VIH, le Dr Jakob Starup-Linde de l'hôpital universitaire de Aarhus a mené une vaste méta-analyse de la littérature ayant trait à ce topique. Sur près de 150 publications inclues dans cette revue systématique de la littérature scientifique (jusque et y compris 2018), les auteurs ont retenu 87 articles éligibles afin de les analyser en profondeur.

La baisse de la DMO, coupable mais pas seulement

Des innombrables données distillées par cette analyse, deux sont particulièrement interpellantes. Premièrement, l'augmentation de 22% de la prévalence des fractures vertébrales, comme observée lors de cette méta-analyse, ne s'explique pas par la seule diminution constatée de la DMO, cette dernière n'expliquant qu'une augmentation de, tout au plus, 15% de la prévalence. Il y a donc d'autres facteurs de risque qui, pour les auteurs, sont le virus du VIH lui-même ainsi que certains types de traitements antirétroviraux lesquels constitueraient, dès lors, des facteurs de risque d'ostéoporose souvent ignorés ou sous-estimés. Deuxièmement, la baisse en terme de DMO n'est pas significativement plus élevée qu'au sein de la population non infectée par le VIH et de même âge mais, par contre, une plus grande proportion de personnes vivant avec le VIH présentent des baisses très importantes et rapides de la DMO. Ces données laissant supposer une intervention directe du virus sur la santé de l'os sont en ligne avec de récentes découvertes faites par l'équipe du Dr Isabelle Maridonneau- Parini (INSERM, Toulouse) montrant que le virus VIH infecte aussi les ostéoclastes. Ce faisant, le VIH décuple l'efficacité de ces cellules qui deviennent hyper efficaces pour dégrader structurellement le tissus osseux.

Orientations pour une meilleure gestion de fragilité osseuse

Dans leurs conclusions, les investigateurs estiment que les résultats observés par cette étude ont des implications pour les soins de routine du patient vivant avec le VIH. Ils ont, de ce fait, émis une série de suggestions pour améliorer plus encore la prise en charge de la santé osseuse des patients vivant avec le VIH.

  • Recommandation pour une surveillance basée sur l'imagerie par DXA ainsi que sur les valeurs du score FRAX.
  • Le dépistage est recommandé pour les hommes de 50 ans et plus ainsi que pour les femmes ménopausées. L'imagerie par DXA est, de plus, recommandée, dès 40 ans, pour les personnes présentant un risque très élevé de fractures de fragilité, entre autre chez les patients ayant des antécédents d'évènements SIDA.
  • Les seuils pour envisager un traitement spécifique de l'ostéoporose comprennent un score T de - 2,5 ou plus bas, des antécédents de fractures de la hanche, des fractures de fragilité et un score FRAX élevé.
  • Les traitements à envisager, dans ce cas, seraient l'alendronate ou le zolédronate.
  • Sur le plan des traitements antirétroviraux, le TAF devrait remplacer le TDT ou, mieux, ni TAF, ni TDF, mais se tourner vers les nouveaux 2DRs centrés sur le dolutégravir.
  • Enfin, un volet important de la prise en charge proposée concerne la lutte contre certains facteurs de risque: arrêt du tabac, diminution de la consommation d'alcool, apport nutritionnel correct et complet, augmentation de l'activité physique, précaution concernant la prescription de somnifères, d'anxiolytiques et des substances pharmacologiques ayant un impact sur l'éveil, l'équilibre, la motricité et la sensibilité. Ceci afin d'éviter au maximum le risque de chutes et donc de fractures.

Réf: Starup-Linde J et al. Journal of AIDS 2020; 83: 1-8.

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