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Le grand retour du BCG

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CORONAVIRUS Le temps est à la récup' ces jours-ci, dans l'espoir d'en finir au plus vite avec la pandémie. On ressort même le vaccin contre la tuberculose. Loin d'être un médicament miracle a priori, il pourrait toutefois, selon les chercheurs, offrir un réel soutien.

1 avril 2020

Quatre pays prennent part à une étude sur le vaccin BCG, initialement développée au cours de la première décennie du siècle passé. Celui-ci pourrait bien protéger contre le Sras-CoV-2. La population étudiée se compose de médecins, de membres du personnel infirmier et de personnes âgées.

Le vaccin BCG contient une souche vivante, mais affaiblie, de Mycobacterium bovis, bactérie apparentée à Mycobacterium tuberculosis. Le vaccin est peu onéreux et sûr, mais son efficacité n'est pas maximale : il protège quelque 60% des enfants vaccinés, avec une répartition importante entre les pays.

Immunité acquise

Le travail du chercheur danois Peter Aaby constitue le point de départ de cette étude. Au début des années 80 déjà, ce scientifique avait découvert que les vaccins ne protégeaient pas seulement contre les agents pathogènes initialement visés, mais armaient aussi le système immunitaire contre une série d'autres maladies infectieuses. En collaboration avec Christine Stabell Benn, Aaby a mis en lumière que le vaccin contre la tuberculose permettait de se prémunir, au cours de la première année de vaccination, contre 30% des infections, peu importe l'agent pathogène. Certains ont émis des doutes quant à la méthodologie de cette étude. En 2014, une review de l'Organisation mondiale de la santé a ainsi conclu que le vaccin diminuait certes la mortalité chez les enfants, mais que la force probante des données était trop basse. Il fallait donc attendre des études cliniques.

Les preuves irréfutables de l'effet protecteur plus large du vaccin contre la tuberculose restent rares. En 2018, le Radboud University Medical Center de l'Université de Nimègue s'y est essayé. Dans une étude randomisée contre placebo, Mihai Netea et ses collaborateurs ont pu démontré que le vaccin donnait lieu à une charge virale en baisse dans le sang des personnes infectées par une souche affaiblie du vaccin contre la fièvre jaune. Ils ont constaté que l'expression des gènes de monocytes changeait sous l'influence du vaccin. Un mois après vaccination, la production de cytokine des monocytes était toujours en hausse contre une série de pathogènes, lors des tests ex vivo en tout cas. Mihai Netea a ainsi apporté la preuve que l'immunité innée avait elle aussi une mémoire, alors qu'on a toujours prêté cette propriété à la seule immunité acquise.

Etude à huit mains

Mihai Netea se présente donc comme l'inspirateur de l'actuelle étude réalisée dans quatre pays. Aux Pays-Bas, elle a débuté la semaine passée, avec les prestataires de soins comme public cible. L'étude était déjà en chantier avec l'explosion du coronavirus, mais la pandémie constitue l'occasion idéale de clarifier encore l'effet du vaccin contre la tuberculose, s'il existe vraiment. Il s'agit d'un essai randomisé et contrôlé contre placebo. Les chercheurs travaillent en aveugle, mais les participants sauront vite par contre s'ils ont reçu effectivement le vaccin ou le placebo : la piqûre du BCG occasionne une pustule qui subsiste pendant des mois et laisse ensuite une cicatrice.

Les prestataires de soins, renvoyés chez eux pour cause de maladie, sont ici la cible finale. Pour des raisons budgétaires, les chercheurs ne sont pas en mesure de vérifier que l'absentéisme de ces derniers est bien due à Covid-19 et n'ont à d'autres infections.

Des recherches similaires ont débuté également à Melbourne et à Exeter. Berlin grimpe elle aussi dans le train, avec une population d'étude supplémentaire : les personnes âgées. Mihai Netea espère lui-même pouvoir lancer la recherche sur une population de personnes âgées aux Pays-Bas.

Son enthousiasme trouve résonance ailleurs dans le monde. Eleonora Fish, immunologue canadienne, objecte qu'il est peut-être non éthique d'écarter certains prestataires du vaccin. Toutefois, de telles considérations ne permettent justement pas de vérifier la véracité de l'hypothèse, estime Netea à raison.

Science - Can a century-old TB vaccine steel the immune system against the new coronavirus ?

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