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La climatisation favoriserait-elle la transmission du coronavirus ?

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D'après une étude préliminaire (1), la climatisation dans un restaurant de Canton expliquerait comment une seule personne infectée au virus SARS-CoV-2 aurait pu contaminer neuf autres personnes issues de trois familles. Un résultat inquiétant mais à prendre avec des pincettes.

Luc Ruidant - 4 mai 2020

On sait que le coronavirus se transmet notamment via les gouttelettes expulsées par un malade. Mais avec le retour des beaux jours et la sortie du confinement, une nouvelle question risque de se poser : la climatisation favorisera-t-elle la transmission par voie aérienne du SARS-CoV-2 ? La question est d'autant plus pertinente que le virus est dans l'air, au sens propre.

Une équipe chinoise vient encore récemment d'en apporter la preuve. (2) L'analyse des mesures de concentration du virus dans l'air de deux hôpitaux de Wuhan révèle que si l'air d'un grand nombre de pièces est exempt de virus, quelques lieux se démarquent par une concentration qui n'est pas nulle, comme des toilettes provisoires, des vestiaires ainsi que l'entrée d'un magasin.

Une équipe américaine a aussi trouvé des traces virales dans des échantillons d'air et sur des surfaces, dont des pales de ventilateur, du centre médical de l'université du Nebraska. (3)

D'autres scientifiques chinois suggèrent désormais que la climatisation pourrait jouer un rôle dans la dissémination des sécrétions respiratoires contenant de l'ARN viral. Ils se sont intéressés au repas de fête d'une famille (A) venue de Wuhan qui s'est déroulé dans un restaurant de Guangzou, le 24 janvier 2020. Plus tard dans la journée, une femme de 63 ans, issue de cette famille, s'est mise à tousser et a développé de la fièvre. Emmenée à l'hôpital, elle a été testée positive au COVID-19. En date du 5 février, le même diagnostic avait été posé pour quatre autres membres de la famille A, trois d'une famille B et deux d'une famille C qui s'étaient installées sur deux tables voisines de la famille A au cours du repas du 24 janvier. Les familles A et B ont "cohabité" pendant 53 minutes et les familles A et C pendant 73 minutes.

La salle du restaurant d'une surface de 145 m2 abrite 15 tables espacées d'un mètre. L'établissement ne comporte pas de fenêtre, mais un système de climatisation, dont les grilles d'entrée et de sortie se trouvent au-dessus de la table de la famille C.

Pour les chercheurs, même si d'autres hypothèses ne doivent pas être écartées (contamination directe, puis contamination intra-famille, autres scénarios), c'est la sexuagénaire qui a contaminé sa famille, mais aussi plusieurs membres des familles B et C, et le système d'aération du restaurant serait en cause. Il aurait favorisé, par le flux d'air, la transmission d'aérosols (petites gouttes inférieures à 5 micromètres de diamètre pouvant être projetées à plus d'un mètre) contaminés vers les autres tables. Les auteurs rappellent que des contaminations suspectes similaires ont déjà été observées avec le MERS-CoV.

Mais il y a tout de même un hic : c'est l'absence de contamination évidente des 73 autres convives ayant pris part au repas ce jour-là dans la même salle et ayant été placés en quatorzaine par la suite, ainsi que des huit membres du personnel dont certains sont pourtant venus près de la dame, et ont touché son assiette et ses couverts. De plus, trois échantillons prélevés par frottis sur l'entrée d'air du climatiseur et trois autres sur la sortie se sont également révélés négatifs au COVID-19. Enfin, il n'y a pas eu d'expérimentation simulant la voie de transmission aéroportée ni d'études sérologiques, avec écouvillon, sur des membres asymptomatiques de la famille de Wuhan ou d'autres convives pour estimer le risque d'infection directe.

Même si la possible transmission du coronavirus par aérosols n'est qu'une hypothèse, qui n'a pas encore été prouvée scientifiquement, la question de la climatisation est tout sauf anodine et les chercheurs s'appuient tout de même sur leurs résultats pour formuler des recommandations pour les lieux clos. Ils préconisent la prise de température des clients et leur installation à plus d'un mètre de distance et l'amélioration de la ventilation.

(références :

(1) Emerging infectious diseases, juillet 2020, doi : 10.3201/eid2607.200764,

(2) Nature, 27 avril 2020, doi : 10.1038/s41586-020-2271-3,

(3) medRxiv, 26 mars 20320, doi : 10.1101/2020.03.23.20039446)

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