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Modifications apportées à la pratique urologique dans l'épicentre italien de la pandémie de Covid-19

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Le professeur Luigi Filippo Da Pozzo (chef du service d'urologie à l'hôpital Papa Giovanni XXIII de Bergame) a partagé son expérience tirée de la crise du coronavirus en Italie, le premier pays occidental à avoir été lourdement touché par le Covid-19.

Iris Schrooten - 20 mai 2020

Le Prof. Da Pozzo parle clairement d'une catastrophe. Au 11 mai 2020, sa région, la Lombardie, comptait déjà plus de 81 871 cas confirmés de Covid-19, un chiffre qu'il considère encore sous-estimé. À Bergame même, le nombre de décès recensés au mois de mars 2020 était cinq fois supérieur à celui de mars 2019. Le Prof. Da Pozzo travaille dans le plus grand hôpital de la région, qui fut aussi le premier hub hospitalier européen à être confronté à l'épidémie de Covid-19. "Nous ne savions pas ce qui nous arrivait", a-t-il expliqué. "Et dans un premier temps, il est clair que l'hôpital a eu sa part de responsabilité dans la propagation du virus. Heureusement, l'hôpital a réagi rapidement et comme il fallait à cette pandémie. Au plus fort de la crise, deux tiers des lits étaient réservés aux patients corona et les lits en soins intensifs, dont le nombre avait plus que doublé, étaient pratiquement tous occupés par des patients atteints du Covid-19. Nous avions quadruplé les effectifs du service des urgences, qui se consacrait à 100 % au Covid-19, avec 90 hospitalisations par jour." La Covid-19 Bergamo Hospital Crisis Unit a fourni de plus amples informations sur la gestion de la crise du coronavirus à Bergame dans The New England Journal of Medicine (https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMc2011599).

Absence de directives

Le Prof. Da Pozzo a reconnu que l'épidémie de Covid-19 avait également eu un impact considérable sur le service d'urologie. En mars-avril 2020, le service comptait 80-90 % de lits en moins par rapport à la même période l'année précédente. Parmi le personnel médical du service, 60 % ont été contaminés par le virus et 30 % du personnel restant a dû se consacrer entièrement au Covid-19. Résultat : le service s'est vu contraint de réduire ses activités urologiques et il a fallu sélectionner les patients qui ont tout de même pu être opérés. Le Prof. Da Pozzo a insisté sur le fait qu'à ce moment-là, il ne disposait d'aucune directive pour le guider et que les choix n'ont pas été faciles. À la fin mars, le service réalisait déjà 90 % de procédures urologiques en moins. Il a été décidé de donner la priorité aux procédures oncologiques, plus précisément aux cystectomies radicales et aux résections transurétrales dans le cadre du cancer de la vessie à haut risque, du cancer du rein localement avancé, du cancer du testicule, du sarcome et du cancer de la glande surrénale. Mais là aussi, il fallait tenir compte d'une restriction importante, car il n'était possible d'opérer que les patients cancéreux ne nécessitant pas de soins intensifs post-intervention. Le service a également réduit ses consultations de plus de 50 %. Seuls les consultations d'urgence et les examens uro-oncologiques urgents ont continué à se faire.

Le Prof. Da Pozzo termine son discours avec un clin d'oeil vers l'avenir. En Lombardie et à Bergame, la situation s'améliore et le taux de reproduction de base du virus est aujourd'hui de 0,57. La reprise comporte cependant son lot de défis, compte tenu d'une éventuelle deuxième vague de Covid-19. Les autorités régionales centrales italiennes ont décidé que l'hôpital du Prof. Da Pozzo resterait un hub pour les patients Covid-19, avec quatre zones dédiées. Il en résulte que la pratique journalière ne pourra reprendre que jusqu'à 70 % de la normale dans les prochaines semaines. Chaque patient en attente d'une opération devra se soumettre à un frottis de dépistage du Covid-19 72 heures avant l'intervention, y compris dans le cadre des procédures ambulatoires.

Chiffre préoccupant

Le Prof. Da Pozzo a déclaré que le nombre de frottis positifs chez les patients asymptomatiques s'élevait toujours à 15 % dans son hôpital, un chiffre qu'il estime préoccupant. Lorsqu'un patient est testé positif au Covid-19, une équipe pluridisciplinaire décide si l'intervention peut avoir lieu ou doit être reportée. Le Prof. Da Pozzo a également insisté sur le fait que son service n'allait plus réaliser tous les types d'opérations urologiques, mais se focaliser principalement sur les opérations oncologiques et les procédures plus complexes. Les interventions de petite et moyenne envergure seront réalisées dans d'autres hôpitaux de la région. Il en sera de même pour les consultations.

Par sa présentation, le Prof. Da Pozzo nous a clairement fait comprendre que l'Italie s'était retrouvée face à un défi de taille en étant le premier pays européen à être touché de plein fouet par la pandémie de Covid-19. Il a admis qu'ils s'étaient battus contre un ennemi invisible et avaient commis des erreurs car ils n'avaient pas toutes les données en main au début. Le retour à la normale est difficile car il demande un délicat exercice d'équilibre entre l'assouplissement des mesures et la prise en compte du risque d'une nouvelle vague, que nous tenons bien sûr tous à éviter.

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