Maggie : par ici la sortie...

Lorsqu'une ministre déclare, comme Maggie De Block à l'entame du week-end dernier, "Je ne pense pas qu'on me demandera encore d'être ministre. Il est sain aussi qu'un parti procède à une relève de la garde", c'est que les carottes sont cuites. " Maggie " ne rempilera vraisemblablement pas dans un prochain gouvernement. Médecin généraliste, elle pourra se targuer d'avoir été la première ministre de la Santé publique issue des rangs libéraux depuis des décennies. La libérale aura finalement été symboliquement terrassée par un micro-organisme.
On se souvient de la passation de pouvoir entre Laurette Onkelinx et Maggie De Block voici six ans : quelques retards à l'allumage dans l'ascenseur avant que cette dernière ne paraisse, bouquet de fleurs à la main pour la ministre " sortante ", Laurette Onkelinx, une habituée des maroquins ministériels puisque ministre d'au moins quelque chose depuis plus de 20 ans sous les couleurs du Parti socialiste.
La Santé publique et les Affaires sociales qui ne soient dirigées ni par un socialiste ni par un écologiste ni par un chrétien-démocrate mais par une libérale flamande, c'était une révolution en soi.
Pour ceux qui voulaient du changement, Maggie De Block ne va pas les décevoir. Bénéficiant de près d'un an d'opinions favorables surtout de la part des nombreuses professions libérales qui gravitent autour de la Santé publique, elle lance plusieurs chantiers d'envergure (réforme de la nomenclature, réseaux hospitaliers, esanté, Ordre des médecins, PMG...) Alors que jusqu'ici les ministres successifs plutôt de gauche rénovaient l'existant, De Block met à l'honneur l'innovation et la créativité avec en ligne de mire la responsabilité individuelle, pierre angulaire de sa philosophie libérale.
Mais qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe. Comme tous les réformateurs, Maggie De Block est rattrapée par l'immensité du chantier et par les mesures d'économies exigées depuis près de 50 ans maintenant à ce secteur de la Santé publique Ô combien indispensable mais qui est aussi le plus gros budget géré par un ministre. Et puis, cette représentante d'un parti désormais lilliputien (l'Open-VLD) vit sous la menace permanente de sa puissante belle-mère N-VA qui voit dans ce secteur qui cimente notre pays la main d'une Wallonie fragile et dispendieuse.
Alors que le capital confiance est déjà fameusement entamé, arrive cette terrible pandémie. Qu'on prend pour une " grippette " sans conséquences... On pérore que les masques sont inutiles parce qu'on en a plus en stock...
C'est finalement un micro-organisme qui aura eu raison du Dr De Block. Pourtant médecin de première ligne, Maggie De Block ne voit pas, comme tant d'autres, venir la menace que représente le Sras-Cov-2 d'un point de vue sanitaire mais aussi politiquement. Elle réagit trop tard et achève d'irriter le peuple médical qui était déjà au bord de la crise de nerf. Ce sont d'ailleurs ses confrères et consoeurs généralistes qui portent l'estocade alors que le président de la SSMG s'exclame dans nos colonnes : " Dehors ! Maintenant ! ".
En ces temps de féminisme retrouvé, que deux femmes - Sophie Wilmès et Maggie De Block -, puissent servir à ce point de cible démontre qu'il n'y a pas vraiment de recette " masculine " ou " féminine " pour exercer le pouvoir. Ni pour le perdre.