"Nous retournons à l'essence de notre politique de santé"

Au 19e siècle et au début du 20e siècle, on a obtenu le plus grand gain de santé en travaillant dur pour améliorer l'hygiène. Nous sommes devenus trop laxistes en la matière. Pendant des décennies, il n'y a plus eu d'infections, et donc, nous l'avons un peu oubliée. Aujourd'hui, nous y sommes à nouveau confrontés."
Aujourd'hui, l'Europe a la chance d'ancrer les choses définitivement. Investir dans le financement et le remboursement dans l'assurance maladie reste bien sûr crucial. De nombreux leviers pour la santé publique ne se trouvent toutefois pas dans le système de soins. " L'hygiène générale, la prévention et un environnement de vie et d'habitat sain arriveront plus haut dans l'agenda ", pense Pedro Facon.
Le chaînon le plus faible
Le directeur général soins de santé au SPF Santé publique est néanmoins tout à fait conscient que la force de la chaîne dépend du chaînon le plus faible. " Dans certains environnements de vie, les gens vivent très proches les uns des autres dans des conditions lamentables. Je pense ici aux grandes villes, aux sans-abris dans les centres d'accueil et les formes d'habitation illégales. Nous devons veiller encore plus à ces maillons faibles, pour des raisons à la fois humanitaires et épidémiologiques. Sinon, une épidémie pourrait resurgir. "
Concrètement, cela implique pour Erika Vlieghe que l'on trouve aussi les groupes vulnérables sur le plan social et qu'on les atteigne avec des messages de prévention. " Une partie de l'exercice que nous réalisons implique aussi que chacun ait accès aux soins et au testing. Pour que les choses soient claires : au niveau épidémiologique, nous distinguons ces groupes à risques bien sûr des personnes âgées qui courent également un risque de maladie accru. "
Et Pedro Facon d'ajouter : " Nous voulons arriver à un système très maillé, avec une bonne politique de testing et de dépistage afin de détecter rapidement les foyers et les identifier. Nous pourrons alors y envoyer des équipes afin d'endiguer la contamination. Les éléments de base existent déjà : l'inspection de la santé et les données épidémiologiques de Sciensano. Il faut les renforcer afin de permettre des interventions plus locales et plus rapides. "
Le 18 juin, le journal du Médecin publiera une édition spéciale Covid-19. Vous pourrez notamment y découvrir la suite de cette interview.
Les maisons de repos comme talon d'Achille
S'il y a bien un endroit où les choses n'ont pas été sous contrôle durant la crise du Coronavirus, c'est bien dans les maisons de repos (lire en pages 2 et 3). Un débat en profondeur s'impose, estiment Pedro Facon et Erika Vlieghe.
Une des raisons importantes du cafouillage dans les soins aux personnes âgées est, selon Pedro Facon, le manque de coordination émanant d'un seul point, surtout au début de la crise. " Et il ne s'agit alors pas de la répartition des compétences parce que les hôpitaux et la première ligne ne sont pas purement une compétence fédérale ou fédérée. "
En outre, il constate que les hôpitaux - notamment grâce à l'accréditation - sont davantage professionnalisés que certaines maisons de repos. Il manque aussi une planification d'urgence et donc, ils sont moins préparés aux catastrophes.
Situation à domicile
Erika Vlieghe souligne la plus grande hétérogénéité du secteur des maisons de repos. " Un certain nombre de centres fonctionnent selon des normes hospitalières, de manière très professionnelle. Il y en a hélas aussi d'autres. Contrairement aux hôpitaux - à contrôler cliniquement - les maisons de repos constituent une situation de substitution du domicile. Le gens y habitent tout un temps. Cela a compliqué depuis longtemps l'introduction de mesures de prévention des infections. Le secteur vacille entre les soins et le bien-être. Il a d'autres intérêts, d'autres préoccupations et un autre staff que dans les hôpitaux. Une très bonne auto-analyse pour l'avenir s'impose. Nous devons toutefois éviter que les soins aux personnes âgées deviennent encore plus 'stérilisés' sur le plan clinique. D'ailleurs, la question se pose : une maison de repos est-elle bien la meilleure forme d'habitat ? Ne devrions-nous pas nous diriger vers de plus petites unités d'habitat ? "
Fonctions de liaison
Pedro Facon acquiesce et constate que les pays qui avaient davantage investi dans les soins aux personnes âgées dans l'environnement familial en ont récolté les fruits. " Mais même si nous gardons plus de personnes plus longtemps chez elles, il y aura encore des maisons de repos. La question est de savoir comment on pourrait mettre la planification d'urgence et la prévention et le contrôle des infections à disposition des maisons de repos et de la première ligne. Une collaboration avec la deuxième ligne permet de mettre l'expertise à disposition à partir des hôpitaux. "
Le DG du SPF voit dans les réseaux hospitaliers une voie d'avenir. " Ils permettront d'établir des fonctions de liaison. A partir de procédures, nous pouvons établir quand une maison de repos, une zone de première ligne, une institution pour personnes handicapées, ... peut y faire appel. C'est crucial. Car bien sûr, chaque maison de repos ou chaque zone de première ligne ne pourra pas désigner un infectiologue ou une équipe de prévention et de contrôle des infections. "