PremiumLe journal du médecin

La politique incomprise et mal aimée

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1/Les raisons de ne pas comprendre la politique

Déconnexion. " Eloignés du terrain ". Aux temps des " piliers "1 nés des clivages gauche/droite et raison/foi, les partis connaissaient leurs électeurs. Les certitudes idéologiques tenaient lieu de culture politique. Le système de santé belge remonte à cette époque. Les médecins, très unis, s'étaient imposés comme interlocuteurs. Les temps ont changé. Les élus s'abritent derrière une complexité institutionnelle et juridique censée répondre à la complexité du terrain. Complexité en haut, complexité en bas et jargons partout rendent la politique incompréhensible.

Complexité artificielle et complexité réelle. L'inflation de règles édictées sans dialogue accentue l'opacité du politique. Ses interventions réglementaires intempestives, techniquement illégitimes, sur les pratiques médicales, nuisent à la fois au travail des professionnels et à sa mission difficile - éthiquement légitime - de garantir des soins de santé efficaces, accessibles et payables à leur juste valeur pour toutes les parties.

Médias et langue de bois. Ronron des informations : les débatteurs s'interrompent sans cesse. Message subliminal : "N'essayez pas de comprendre, pauvres citoyens "lambda", la politique est affaire de spécialistes." D'où les réactions enragées des réseaux sociaux, provocations et fake news répondant à l'arrogance perçue. Heureusement, des voix parfaitement crédibles peuvent aussi se faire entendre sur la toile.

Confusion entre savoir et pouvoir. Les professionnels s'estiment immunisés de la politique par leurs compétences, attestées par un diplôme légal. Mais la politique intervient au-delà des savoirs-pouvoirs techniques, elle doit trancher les désaccords entre experts. Ignorer ce fait attise les malentendus entre gouvernants et praticiens de disciplines spécifiques.

Rien à comprendre. Si l'incertitude est le terrain de la politique, alors il n'y a rien d'autre à comprendre. Il faut faire preuve d'initiative avec les moyens du bord. Cela semble une lapalissade, mais la montée des peurs autour du Covid-19 révèle combien les succès de la science ont fait oublier ses limites.

A la science et aux procédures techniques, les certitudes ; au sens et à la politique, les choix face à l'inconnu. Tout pouvoir doit s'appuyer sur une combinaison de rationalité scientifique et autre, faite d'empirisme, d'intuition et de sens commun dans le climat capricieux de la neuropsychologie des egos, du réel à l'état brut.

La politique a donc pour mission de piloter ses entités dans les vents contraires de l'incertain et de l'ambigu. En dépit de toutes les analyses savantes, elle navigue sur des courants d'émotions. Elle n'est pas un métier adossé à un savoir établi, mais une fonction exigeant des dispositions caractérielles pour résister aux tensions du pouvoir.

2/Les raisons de ne pas aimer la politique

Par nature, la politique suscite la méfiance sur sa probité :

Trop liée à la science. Elle intervient sur les applications de la science pour diverses raisons : protection des consommateurs, propriété intellectuelle, concurrence, orientation de la recherche.... La science-fiction des théories du complot et les craintes de dérives technocratiques y trouvent du grain à moudre. Les critiques du confinement ou du traçage au nom de la liberté ou de la vie privée, illustrent combien les décideurs jouent les funambules entre nécessités techniques et principes démocratiques.

Trop liée à l'argent. La politique manipule d'énormes flux d'argent, de quoi la rendre suspecte.

Hiatus entre promesses et réalisations. La déception des électeurs, peu conscients des freins à la réalisation des promesses les plus sincères, nuit à la légitimité du politique. Les déceptions ne manquent pas non plus dans nos vies quotidiennes, mais la spécificité du politique est d'offrir ses services à toute la société.

3/Conclusion : la crise du Covid-19 a rappelé trois choses :

1.La politique opère aux limites de la science, du droit et de la finance, dans la dureté du réel.

2.La politique doit gérer les egos, du réel psychosocial, avec un empirisme rationnel, du virtuel.

3.La confiance est aux relations entre profanes et spécialistes, entre malades et médecins par exemple, comme la légitimité est aux relations entre les citoyens et les politiciens.

La suite décrira les liens entre confiance et légitimité, culture politique et politique officielle.

1. Piliers, terme inconnu des jeunes générations : communautés d'où émanaient des partis porteurs de convictions fortes. La fragmentation de la société les a fortement ébranlés.

Prochain article : la culture politique à l'hôpital et alentour.

Résumé de l'épisode précédent

La société-crocodile : les humains vivent entre le réel, rempli d'objets techniques et le virtuel, inondé de produits de la pensée, comme entre deux mâchoires. Pour les maintenir écartées, des bâtons composés d'un subtil alliage de binômes, du plus virtuel & plus réel : Science & technique - sens & politique - valeur & argent.

Les egos agitent des forces sociales difficilement maîtrisables. Un virus nous le rappelle à coups de réputations scientifiques, d'ambitions politiques et d'intérêts économiques. Ce minuscule organisme montre que tout se tient.

Des chercheurs inquiets ont eu beau brandir les bâtons de la science, la politique ne les a guère soutenus. A sa décharge, des scientifiques minimisaient le péril. Puis dans l'urgence, des experts ont dû étayer les mesures politiques de données scientifiques. Malgré l'indifférence des dirigeants à leur égard et une valorisation financière médiocre, les praticiens armés de courage et de conscience professionnelle, se sont battus auprès des malades.

Après cette crise, il faudra s'efforcer de mieux concilier technique, politique et argent pour garder la société ouverte et heureuse.

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