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Les pédiatres un peu oubliés

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Les pédiatres francophones regroupés au sein du Groupement belge des pédiatres de langue française ont mis en place un groupe de travail post-covid. L'objectif est de sérier les problèmes qu'affrontent les pédiatres en cette période de sortie de crise pandémique. Au menu : le testing, la consultation ONE, les écoles et le bien-être psychosocial des enfants. Explications avec le Dr Marianne Michel, chef du service de pédiatrie de la Clinique Saint-Pierre d'Ottignies et co-coordinatrice du groupe de travail.

Nicolas de Pape - 17 juin 2020

L e journal du Médecin : Le premier problème soulevé concerne les testings... L'information arrive dans les logiciels des généralistes mais pas dans les vôtres.

Dr Marianne Michel : La question doit être posée aux MG. Il nous est revenu que ce n'est pas si simple de récupérer les résultats, il faut les bons formulaires. Concrètement pour les pédiatres, la plateforme de tracing a été organisée à partir des dossiers médicaux des MG. On a un problème technique. Nous n'avons pas la possibilité d'ouvrir un DMG. Certaines informations passent par le DMG. D'où nos difficultés. En particulier si le pédiatre est 100% en ambulatoire. Avec l'accord du laboratoire de l'hôpital le pédiatre hospitalier parvient à trouver l'information. Sauf si cela concerne la pratique ambulatoire du pédiatre hospitalier (puisque vous savez que beaucoup de confrères travaillent en partie en ambulatoire).

Vous ne revendiquez pas de tester vous-mêmes les jeunes patients ?

Si, on le revendique. D'autant plus si le problème persiste. Notre agenda prévoit d'avoir une personne de contact concernant les plateformes informatiques officielles comme eHealth. Tout tourne autour de droits d'accès. Ce n'est pas sorcier.

À moyen terme ?

Oui si une problématique Covid perdure l'automne et l'hiver prochains. À partir du moment où les infections respiratoires apparaîtront. Les pédiatres sont amenés à voir des enfants malades. La pédiatrie belge ne fait pas seulement de la médecine préventive mais aussi de la médecine curative. Les enfants fébriles, avec rhume, gastro-entérite, cela reste un gros morceau. Sans oublier l'épidémie de bronchiolite qui arrive tous les hivers entre octobre et mars. Il faudra tester ce virus-là également. Notre approche n'est pas forcément à visée épidémiologique mais plutôt diagnostique et sanitaire. On demandait parfois des frottis pour le virus de la grippe, soit pour orientation diagnostique soit pour cohorter les patients. Toute cette stratégie de diagnostic et de suivi des maladies respiratoires de l'enfant est sous pression dès que l'automne arrive. Des hospitalisations pour maladies infectieuses ne sont pas rares.

Comment se passe la fin de la pandémie ?

La problématique des enfants est particulière : peu d'enfants tombent malades du Covid, une infime partie en meurt... Néanmoins, peut-on dresser un bilan des effets secondaires du virus même sur les enfants asymptomatiques ? On parle d'atteintes aux voies respiratoires pour les adultes même peu touchés par la maladie elle-même...

Concernant les dommages collatéraux, on n'est pas très inquiets sur le plan de l'agressivité de la maladie chez les enfants. A priori, on ne s'attend pas à des effets secondaires du type hyperréactivité bronchique ou poumons abimés. Par contre, les "dommages collatéraux" concernent davantage pour nous ceux qui font suite au confinement et aux reports de soins : appendicites qui nous arrivent perforées, déshydratations, dégâts sur le plan psycho-social, maltraitance, négligence, etc. Donc on parle bien de patients non-covid qui ont postposés les soins. Par contre il existe bien un registre de suivi pour les enfants testés covid qui étudie leur morbidité, le fait qu'ils aient été hospitalisés. Ces données sont enregistrées par les laboratoires mais pas encore publiables. Le but est de renforcer la 1ère ligne en fonction des données récoltées.

Le confinement a pu avoir aussi des effets positifs... Le fait de se retrouver en famille... L'absence de pression, de stress professionnel...

Absolument. Certaines familles ont réfléchi sur elles-mêmes. Certaines personnes se retrouvent... C'est en fonction des fragilités propres... Face à un bouleversement pareil il est intéressant d'analyser comment la cellule familiale s'est adaptée.

Concernant le retour des enfants à l'école depuis plusieurs jours. Le délai est court mais avez-vous des retours d'information ? Comment cela se passe ?

Les retours qu'on a en consultation des parents qu'on est amenés à revoir sont bons. Remarquons que beaucoup de parents n'ont pas remis leurs enfants à l'école. "A quoi bon les remettre à l'école pour quelques jours, cela ne vaut pas la peine", entend-on. Globalement, les retours à l'école se passent bien dans la grande majorité des cas. On avait toutefois anticipé des problèmes avec le respect de la distanciation notamment. Les enfants, d'une manière générale, sont contents de retrouver leurs amis. Par contre, le retour des rythmes est plus problématique. Les enfants sont allés se coucher beaucoup plus tard. La question des troubles du sommeil pendant le confinement se pose également.

Globalement, les pédiatres se sont-ils sentis écoutés dans leurs relations avec les autorités et Sciensano ?

Plutôt. Il y a plusieurs chantiers en cours. On remet des avis. Mais le travail supplémentaire est considérable. Dans chaque groupe de travail, il y a minimum six pédiatres dont un infectiologue pédiatre, des pédopsychiatres, des représentants de l'ONE... Tous travaillent d'arrache-pied pour suivre la littérature et remettre des avis en temps utile. Globalement, cela fonctionne bien. C'est très large comme approche : médecine curative, préventive, centres de réadaptation pour enfants, protection de la jeunesse, maisons de répit, pouponnières... A chaque fois, c'est une mode de fonctionnement spécifique. La pédiatrie est une spécialité large si on englobe également la médecine scolaire, la coordination de la santé au niveau des camps de jeune, etc.

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