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Le KCE en faveur de la vidéo-consultation

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À la demande de l'Inami et du CHU de Namur, le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) a étudié l'impact des consultations vidéo sur la santé des patients atteints de maladies (somatiques) chroniques. Résultat : le KCE estime que " l'essor de la télémédecine semble désormais inéluctable ". Il rejoint les syndicats dans leur demande de pérennisation de l'utilisation de la technologie. La balle est désormais dans le camp du Groupe de travail télémédecine de l'Inami.

1 juillet 2020

La vidéo-consultation a depuis longtemps ses partisans. Ses avantages sont nombreux : éviter des déplacements aux personnes moins mobiles, aider à limiter le problème des salles d'attente bondées, des longs trajets et des délais d'attente. Mais aussi limiter le risque de contagion.

Merci au Covid ?

Ce dernier avantage a été mis en lumière par la pandémie de Covid-19. Alors que la télémédecine était considérée avec " une certaine suspicion mêlée d'expectative " par les soignants, qui restaient assez réticents à utiliser les nouvelles technologies, la pandémie a chamboulé les habitudes.

Chez nous comme dans le monde entier, des mesures drastiques de 'distanciation sociale' ont été mises en place pour contenir sa progression. Dans le domaine de la télémédecine, certaines décisions comme l'autorisation et le remboursement des consultations par téléphone ou par vidéo ont été prises en l'espace de quelques jours alors qu'elles semblaient encore hautement hypothétiques - voire inacceptables, notamment aux yeux de l'Ordre des médecins - peu de temps auparavant. " L'essor de la télémédecine semble désormais inéluctable, tant elle paraît prometteuse pour rendre les soins de santé plus accessibles et contribuer à leur amélioration ", estime même le KCE.

Nonobstant, il ne s'agit pas pour le Centre fédéral d'expertise de donner son blanc-seing à la télémédecine. "Les soins à distance soulèvent également de nombreuses questions concernant leur sécurité, leur qualité et leur efficacité, le bien-être des patients, le respect de la vie privée, le remboursement du prestataire de soins, les responsabilités et les assurances. Il est donc bien nécessaire de réfléchir à la meilleure façon de les intégrer dans l'organisation actuelle de nos soins de santé."

" Les vidéo-consultations méritent d'être davantage encouragées"

Pour arriver à cette affirmation, le KCE s'est penché sur les vidéo-consultations entre des prestataires de soins et des patients atteints de maladies chroniques. Les chercheurs ont analysé la littérature scientifique internationale et ont étudié la manière dont les consultations vidéo sont organisées et remboursées en France et aux Pays-Bas. Ils ont également consulté les parties prenantes belges et étrangères.

Résultat: " Les vidéo-consultations méritent d'être davantage encouragées", estime le KCE. " Malgré de nombreuses recherches déjà effectuées, il n'existe encore aucune preuve formelle que les vidéo-consultations soient équivalentes ou meilleures que les consultations en face à face. Mais rien ne prouve non plus qu'elles puissent avoir un impact négatif sur la santé des patients, qui pour leur part s'en montrent globalement satisfaits."

Le KCE recommande donc de développer une politique de remboursement des vidéo-consultations et plus généralement pour l'ensemble de la télémédecine, et de la mettre en oeuvre étape par étape et de manière réfléchie.

Les conditions du succès

Le KCE estime que le consentement éclairé du patient est essentiel dans l'implémentation des vidéo-consultations. La technologie doit également être au rendez-vous : l'équipement doit fonctionner correctement, être pratique à l'usage et s'intégrer facilement dans les soins habituels. Il est également question des compétences dont doivent disposer à la fois le médecin et le patient pour utiliser les nouvelles technologies. Des critères de bonne pratique pourraient par exemple être définis.

Le KCE pointe également la pléthore d'applications disponibles sur le marché qui ne facilite pas une vision claire de la situation. " Il serait souhaitable qu'un organisme officiel indépendant les évalue de manière transparente et publie une liste de celles qui satisfont certaines conditions, c'est-à-dire, au minimum, être conformes à la législation sur la protection de la vie privée, être compatibles avec le système belge eHealth et pouvoir s'inscrire dans le portail de santé personnel des patients. Ceci afin d'éviter qu'un patient ou un prestataire de soins doive utiliser plusieurs applications différentes."

Enfin, le KCE précise que " les vidéo-consultations ne sont pas censées remplacer toutes les consultations classiques. Les contacts interpersonnels, l'examen physique et la communication en face à face restent les fondements des soins de santé. Mais les vidéo-consultations peuvent en être une modalité complémentaire utile."

Cadre budgétaire

Enfin, mHealth Belgium, plateforme qui rassemble Agoria et beMedTech pour gérer les applications santé, souhaite qu'un cadre de financement structurel soit introduit pour les applications qui permettent la télémédecine (voir jdM n°2634). " Le remboursement temporaire des téléconsultations pendant la crise du coronavirus constitue certainement un pas dans la bonne direction. Cependant, il est important de financer également la technologie qui rend cette télémédecine possible, comme les applications médicales. " La balle est dans le camp de l'Inami et du Groupe de travail télémédecine récemment créé.

Les syndicats également pour une pérennisation

L'Inami rembourse depuis le 16 mars la téléconsultation attestée en tiers-payant. Une honoraire de 20 euros par consultation a été fixé. Pour l'Absym, favorable à la pérennisation de la télémédecine, ces 20 euros ne sont pas suffisants. "Pour éviter toute distorsion, le tarif d'une téléconsultation doit être le même que celui d'une consultation ordinaire", plaident Philippe Devos et Marc Moens, respectivement président et président d'honneur de l'Association belge des syndicats médicaux. "Le ticket modérateur doit aussi être le même."

Fixer le même tarif pour les deux types de consultation serait neutre budgétairement avance l'Absym, puisque les téléconsultations remplaceraient un certain nombre de consultations classiques.

L'Absym émet toutefois des conditions à cette pérennisation : un médecin ne pourrait pas facturer de téléconsultation sans une consultation physique avec le patient au préalable. " Les téléconsultations conviennent pour le suivi des patients atteints d'une maladie chronique mais pas pour de nouveaux patients qui consultent pour la première fois un médecin. " En outre, seuls les médecins ayant un numéro Inami et qui exercent en Belgique pourront les pratiquer.

Le GBO rejoint l'Absym. " Ces consultations 'à distance' ont eu l'occasion de faire leurs preuves pendant cette crise et il nous paraît intéressant d'examiner s'il n'y a pas lieu de pérenniser ce principe, sous respect bien évidemment de conditions très réglementées et très précises et notamment si le prestataire est titulaire du DMG du patient concerné. "

" Dans le contexte particulier de la crise, la téléconsultation a démontré à la fois son efficacité mais aussi ses limites ", ajoute le Dr Lawrence Cuvelier, vice-président du GBO (voir jdM n°2634). " On ne peut pas tout faire par téléconsultation. Mais dans le contexte particulier que nous vivons, cette dernière s'est avérée indispensable pour éviter une prise de risques trop importante de la part du personnel de santé. Au-delà, la téléconsultation permet un échelonnement, qui n'est pas parfait bien sûr, mais permet au système de santé de gagner en efficience. À condition qu'elle soit neutre d'un point de vue financier. "

Du côté des hôpitaux, et plus spécifiquement en santé mentale, on notera également que la vidéo-consultation a permis et permet toujours la continuité de l'activité des psychiatres, entre autres, au même titre que la continuité des soins.

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