PremiumLe journal du médecin

Un été 2020 riche en rebonds

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Durant cet été 2020, peu de gens se seront déconnectés longtemps de l'actualité. Quelques jours à l'écart des news auront en effet suffi à perdre le fil. Dans la littérature scientifique également, les publications sur le coronavirus n'ont cessé de paraître. Une petite sélection s'impose.

19 août 2020

Dans le numéro de juillet d' Acta Obstetricia and Gynecologica Scandinavica, l'Agence nationale suédoise de santé public a calculé que les femmes enceintes couraient 5,4 fois plus de risques d'attraper le Covid-19 et d'atterrir en soins intensifs que les autres femmes en âge de fécondité. Le danger pour ces femmes est aussi plus important en Suède que pour la grippe saisonnière entre 2015 et 2016.

Cette sensibilité accrue s'explique par plusieurs facteurs. Tout d'abord, de nombreux changements surviennent au niveau du système immunitaire pendant la grossesse, afin d'éviter les réactions immunitaires contre le foetus. En outre, la hausse de la circulation d'oxygène met les poumons sous pression, tout comme l'augmentation de volume de l'utérus à mesure que l'accouchement approche. Enfin, la coagulabilité du sang s'accentue elle aussi, alors même que la thrombose constitue un facteur pathogénétique important dans le cas du Covid-19 1.

L'étude sur la dexaméthasone publiée

À la mi-juin, l'étude randomisée britannique Recovery affichait enfin un premier résultat encourageant avec la dexaméthasone. Ce médicament diminue la mortalité d'un tiers chez les patients mis sous respirateur ou ayant reçu une oxygénothérapie non mécanique. La nouvelle a été rendue public dans un communiqué de presse.

Un petit mois plus tard, on a pu lire plus de détails sur la question dans le New England Journal of Medicine. Les auteurs indiquent que l'effet positif de la dexaméthasone intervient probablement chez les patients souffrant du syndrome hyperinflammatoire, également appelé choc cytokinique. Voilà qui cadre avec la constatation selon laquelle la médication ne fonctionne que chez les patients en manque d'oxygène : ce manque est également concomitant au syndrome hyperinflammatoire. Les patients ne manquant pas d'oxygène courraient davantage de risques avec la dexaméthasone que sans ce produit.

Les chercheurs de l'étude Recovery mettent en garde : il ne faut pas trop vite généraliser et étendre ces résultats à d'autres maladies infectieuses.

Les chercheurs de l'étude Recovery mettent en garde : il ne faut pas trop vite généraliser et étendre ces résultats à d'autres maladies infectieuses. Le déroulement en deux temps (d'abord une phase virale, puis hyperinflammatoire), est en effet une caractéristique typique du Covid-19. De trop fortes doses administrées au cours d'une phase de réplication virale sont plus nocives que bénéfiques.

Le schéma de traitement présenté dans l'étude Recovery prévoit 6 mg de dexaméthasone par jour pendant dix jours. Dans l'article paru dans le New England Journal of Medicine, ces résultats sont qualifiés de préliminaires. Un suivi sur six mois est prévu 2.

Recovery

Dans la revue Science, un commentaire souligne la grande productivité de l'étude Recovery qui, en quelques semaines, a non seulement mis en lumière les effets bénéfiques de la dexaméthasone, mais aussi le manque d'efficacité de hydrochloroquine et du lopinavir/ritonavir. Selon le commentateur, cela est en partie dû au travail global du National Health Service, qui pilote les 176 hôpitaux participants par le biais d'un seul système de soins. L'étude Solidarity de l'OMS, par exemple, doit faire face une multitude de réglementations, différentes dans chaque pays. En même temps, et assez paradoxalement, le Royaume uni a dû faire face, du fait de son système de santé en berne, à un afflux massif de patients hospitalisés. Du pain béni pour Recovery 3.

Suite par ailleurs

1.Acta Obstet Gynecol Scand. 2020 ; 99(7) : 819-822.

2.New Engl J Med. 2020 ; DOI : 10.1056/NEJMoa2021436.

3.Science 2020 ;doi : 10.1126/science.abd6417

À contre-courant

Une percée intéressante a été réalisée en Belgique. Des chercheurs de l'Université catholique de Louvain (UCL) ont en effet découvert qu'une évolution défavorable du Covid-19 n'était pas tant due à la réponse hyperinflammatoire qu'à l'affaiblissement progressif de l'immunité par le Sras-CoV-2. Leurs affirmations reposent, entre autres, sur la constatation que chez la plupart des patients décédés de cette maladie, les poumons étaient attaqués par d'autres virus. En outre, le dossier médical fait état d'une infection hospitalière chez environ la moitié des patients ayant succombé au Covid-19. Le virus détruit les lymphocytes, estiment les auteurs de l'étude. Cela vient contredire la théorie selon laquelle la lymphopénie chez les cas graves de Covid-19 est due à une migration massive des lymphocytes vers les poumons.

Les chercheurs belges ont donc traité les patients lourdement atteints par le Covid-19 avec de l'interleukine 7, qui améliore la survie et la prolifération des lymphocytes. Il avait déjà été montré par le passé que cette substance améliorait aussi le pronostic en cas d'infection virale mortelle.

Ce traitement a permis, dans l'étude de l'UCL, de doubler le nombre de lymphocytes dans le sang périphérique, comparé aux patients ayant reçu le traitement habituel. Aucune différence n'a pu être constatée en termes de mortalité, mais les groupes de recherche étaient restreints. Une grande étude clinique a actuellement lieu sur le sujet au Royaume uni.

JAMA 2020 ; https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2768536 .

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