Un mouvement citoyen en quête de tests rapides généralisés

Le Dr David Bouillon et Frédéric Baugniet, têtes pensantes de United People (UP), mouvement citoyen apolitique, ont dénoncé avec une grande véhémence, lors d'une conférence de presse lundi 17 août, " les freins mis par les autorités belges à l'utilisation des tests rapides Covid ". Ils égratignent au passage l'AFMPS et un de ses directeurs généraux, Hugues Malonne, déjà mis en cause par Le Vif-l'Express et Knack quant "au choix inapproprié" du test sérologique DiaSorin. Malgré ses excès, UP s'appuie sur des arguments qu'on retrouve partiellement dans la bouche de certains politiciens et sous la plume de certains journalistes voire de juges (lire encadré). Il nous a donc paru intéressant de les soumettre aux lecteurs du journal du Médecin.
Dans une enquête récente menée de concert par Le Vif-l'Express et Knack, les magazines de Roularta Media Group (qui édite également le jdM), David Leloup et Thierry Denoël affirment le 19 août que la Belgique "a dépensé 7 millions d'euros pour un test sérologique plus qu'hasardeux, le DiaSorin ".
Nos confrères du Vif écrivent encore : " En avril dernier, Hugues Malonne, directeur-général à l'Agence fédérale des médicaments avait déclaré lors d'une visioconférence réunissant 120 biologistes cliniques que ce test était fiable à 100 %. Il se basait sur l'étude réalisée, à la demande de l'agence, par le labo des Hôpitaux Iris-Sud (HIS) dirigé par sa propre épouse. Outre le parfum de conflit d'intérêt que tout cela exhalait, les résultats des HIS avaient déjà été remis en cause par une évaluation comparative de 7 tests sérologiques différents à l'hôpital AZ Delta de Roulers. Ce dernier avait conclu que le produit Liaison-SARS-Cov2 de DiaSorin montrait une sensibilité et une spécificité significativement inférieures aux autres. Ce test n'avait pas non plus été bien coté par la "task force serology" des Pays-Bas. "
Le jdM avait publié le 9 juillet les arguments de l'AFMPS niant les accusations de conflit d'intérêt : " L'AFMPS a analysé en profondeur les décisions qui ont été prises concernant la validation et l'achat de tests sérologiques. L'AFMPS conclut qu'il n'y a pas le moindre conflit d'intérêts. Cette crise sans précédent a mis à rude épreuve les processus de travail de l'AFMPS et les décisions ont été prises dans des circonstances extrêmement difficiles, mais l'AFMPS est convaincue qu'elle a toujours conservé l'esprit de sa mission avec pour objectif ultime la protection de la santé publique. Entretemps, une enquête - à laquelle l'AFMPS coopérera pleinement -a été ouverte par le parquet". "
" Une perquisition inique "
Très remonté contre M. Malone, UP tenait lundi 17 août une conférence de presse au cours de laquelle ses dirigeants estimaient que " dans une démocratie normale, on exigerait la démission de ce conseiller ". Au lieu de quoi, le mouvement citoyen qui estime respecter la loi " a été perquisitionné sans mandat de perquisition pour avoir distribué le test rapide Medakit ". M. Braugniet juge le procédé pour le moins cavalier et constitutif de pressions politiques contre un mouvement qui, de par son côté subversif et très déterminé, inquiéterait, selon lui, la classe politique.
Le Dr David Bouillon affirme que le test Medakit est fiable, a passé toutes les évaluations de l'Institut Pasteur à Paris, et se demande pourquoi " la Belgique est le seul pays européen à décourager les tests rapides alors qu'ils sont indispensables pour éviter tout reconfinement et sont moins chers que les tests PCR ". Le dossier du Medakit a été déposé pour examen à l'AFMPS il y a quatre mois et UP affirme attendre toujours une réponse (selon nos informations, une proposition de rencontre a été faite au PDG de la firme Medakit, Mike Touzard, pour le mois d'août). " Or si les tests rapides avaient été lancés il y a 4 mois, on aurait pu sauver 7.900 vies ", ose Frédéric Baugniet.
Dans sa politique de dépistage, UP demande 20 euros pour le test rapide (le prix de revient est de 10 euros mais il faut également couvrir les frais de distribution). Tandis que " avec la visite chez le médecin, le test par PCR coûte environ 100 euros ". Le Dr Bouillon affirme même que " les tests PCR n'ont qu'une efficacité relative car ils dépendent étroitement, via l'écouvillon, de la présence nasale du virus ".
Tester les enfants
Le Dr Bouillon se demande au passage pourquoi on remet tous les enfants à l'école sans les tester au préalable. " Une politique irresponsable car les enfants, peu touchés par le covid, peuvent contaminer leurs parents et surtout leurs grands-parents. "
UP croit également dans l'efficacité de la bithérapie du professeur marseillais Didier Raoult (HCQ + AZ + ECG préalable) au démarrage de la maladie mais, affirme sans ambages Frédéric Baugniet, " le gouvernement belge a interdit ce traitement par décret car il ne coûte pas assez cher (sic !) ".
En attendant le mouvement UP annonce qu'il va sillonner la Belgique avec une ambulance et entend bien poursuivre sa politique de test. Un dépistage massif de la population permettrait en effet, selon le Dr Bouillon, d'éviter le port généralisé du masque (à Bruxelles par exemple). Baugniet menace : " Quiconque osera nous insulter ou nous empêcher de sauver des vies sera traîné en justice. "
L'organisation dispose pour ce faire d'une cellule juridique forte de plusieurs avocats, une cellule santé publique et, vraisemblablement, bientôt une cellule communication...
Covid-19 : quand la Justice craint un " basculement totalitaire "
Bien que condamnés à verser des indemnités de 1.440 euros à l'Etat belge et à la Région wallonne, l'asbl Lagardère et le Dr David Bouillon ont reçu le 5 août le soutien " philosophique " du Tribunal de première instance francophone de Bruxelles ayant à statuer sur une action du Dr Bouillon et de son asbl visant à lui laisser faire des tests de dépistage covid à l'Aéroport de Charleroi.
Après avoir rappelé l'impératif kantien et le principe de la séparation des pouvoirs de Montesquieu qui interdisent au juge de se substituer aux autorités politiques pour déterminer s'il convient de tester ou non les passagers arrivant à l'aéroport de Charleroi, le juge Collignon s'estime en droit de faire les observations suivantes à propos de la crise pandémique (je cite) :
" -L'insécurité juridique est complète, car les règles changent sans cesse ;
- un site officiel (https://www.info-coronavirus.be/fr/faq/) en fait une lecture qui est présentée comme la seule interprétation possible ;
- les atteintes à la vie privée sont multiples et loin d'être toujours justifiées en droit ;
- les voyageurs de retour de l'étranger sont fichés même s'ils ne reviennent pas d'une zone à risque ;
- l'égalité devant la loi est un principe qui paraît ignoré : les magasins de produits non alimentaires ont dû fermer, quand la grande distribution était autorisée à vendre ces mêmes produits ; la foire du Midi est interdite, quand les parcs d'attraction sont ouverts ;
- les différents niveaux de pouvoir s'ignorent quelquefois (on voit jusqu'aux abords du palais de Justice, dans des artères commerçantes voisines, des affiches annonçant que le port du masque est obligatoire, mais sans indication des horaires auxquels cette mesure s'applique, alors qu'il s'agit d'une exigence légale (article 21bis, 9°, nouveau de l'arrêté ministériel du 30 juin 2020, tel que remplacé par l'arrêté du 28 juillet suivant) ;
Qu'un débat devrait aussi avoir lieu sur une conséquence possible du basculement de l'Etat de droit, qui est le risque d'émergence d'un Etat totalitaire ; que la mise en garde récente d'un philosophe n'a peut-être pas fait l'objet d'assez d'attention (André Comte-Sponville, " Laissez-nous mourir comme nous voulons ", le Temps, avril 2020), alors que des signes inquiétants se multiplient, qui révèlent la mise en place, discrète et doucereuse, d'un système étouffant, avec son vocabulaire trompeur (confinement pour " assignation à résidence " ; distanciation sociale pour " rupture des relations humaines "), ses signes de reconnaissance (le masque), sa gestuelle (les gestes barrières), ses formules de salutation (Prenez soin de vous - dans la version française du feuilleton le Prisonnier, on disait " Bonjour chez vous "). "